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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300355

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300355

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300355
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 2 février 2023, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions du 11 janvier 2023 par lesquelles la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie a attribué une somme de 3 000 euros chacun à M. B C et à Mme A C en réparation des préjudices résultant de l'indignité des conditions d'accueil et de vie auxquelles ils ont été soumis.

Il soutient que :

- le montant accordé à sa famille n'atteint pas le montant de 8 600 euros par personne accordé en moyenne ;

- le montant alloué à sa mère par la commission est insuffisant compte tenu du montant perçu par d'autres personnes se trouvant dans la même situation qu'elle ;

- les dossiers les concernant sont " erronés ".

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, l'Office national des combattants et des victimes de guerre (ONACVG) conclut au rejet de la requête.

L'ONACVG soutient que le niveau de l'indemnisation est forfaitaire et résulte de l'application du décret du 18 mars 2022, et que le requérant n'indique pas en quoi la formule de calcul prévu par le décret aurait été mal appliquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 ;

- le décret n° 2022-394 du 18 mars 2022 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

2. Par des décisions du 11 janvier 2023, la commission indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie a accordé à M. B C et à Mme A C une somme de 3 000 euros chacun en application des dispositions de la loi du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français, au titre de la réparation des préjudices subis par l'intéressé, lors de son séjour, dans l'une des structures figurant en annexe au décret du 18 mars 2022. M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions en tant qu'elles leur attribuent une indemnisation d'un montant insuffisant compte tenu des préjudices subis.

3. Aux termes de l'article 1er de la loi du 23 février 2022 susvisée : " La Nation exprime sa reconnaissance envers les harkis, les moghaznis et les personnels des diverses formations supplétives et assimilés de statut civil de droit local qui ont servi la France en Algérie et qu'elle a abandonnés./ Elle reconnaît sa responsabilité du fait de l'indignité des conditions d'accueil et de vie sur son territoire, à la suite des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l'Algérie, des personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et des membres de leurs familles, hébergés dans des structures de toute nature où ils ont été soumis à des conditions de vie particulièrement précaires ainsi qu'à des privations et à des atteintes aux libertés individuelles qui ont été source d'exclusion, de souffrances et de traumatismes durables. " Aux termes de l'article 3 de la même loi : " Les personnes mentionnées à l'article 1er, leurs conjoints et leurs enfants qui ont séjourné, entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975, dans l'une des structures destinées à les accueillir et dont la liste est fixée par décret peuvent obtenir réparation des préjudices résultant de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans ces structures. / La réparation prend la forme d'une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures, versée dans des conditions et selon un barème fixés par décret. Son montant est réputé couvrir l'ensemble des préjudices de toute nature subis en raison de ce séjour. En sont déduites, le cas échéant, les sommes déjà perçues en réparation des mêmes chefs de préjudice ". L'article 4 de cette même loi institue une commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement sous statut civil de droit local et les membres de leurs familles, qui est chargée notamment de statuer sur les demandes de réparation présentées sur le fondement de l'article 3.

4. Enfin, aux termes de l'article 9 du décret du 18 mars 2022 relatif à la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles : " Le montant de la réparation mentionnée à l'article 3 de la loi du 23 février 2022 susvisée comporte les éléments suivants :/ 1° Une somme minimale, fixée à 2 000 euros lorsque le demandeur a séjourné dans les structures évoquées à ce même article pendant une durée inférieure à trois mois et à 3 000 euros pour une durée supérieure ;/ 2° Une somme proportionnelle à la durée effective du séjour, correspondant à 1 000 euros pour chaque année passée par le demandeur au sein de ces structures, toute année commencée étant intégralement prise en compte. "

5. Les dispositions de la loi du 23 février 2022 citées au point 3 instituent un mécanisme de réparation forfaitaire des préjudices résultant de l'indignité des conditions d'accueil et de vie dans les lieux où ont été hébergés en France, entre 1962 et 1975, les harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives et assimilés de statut civil de droit local qui ont servi la France en Algérie ainsi que les membres de leurs familles. Ce régime particulier d'indemnisation fait en outre obstacle, depuis son entrée en vigueur, à ce que la responsabilité de droit commun de l'Etat puisse être recherchée au titre des mêmes dommages.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne peut utilement faire valoir que le montant alloué par la commission de reconnaissance et de réparation serait entaché d'une erreur d'appréciation au motif qu'il n'atteindrait pas le montant moyen accordé à chaque personne concernée par ce dispositif, ou au motif que d'autres personnes dans la même situation que sa mère auraient obtenu une somme supérieure. D'autre part, si le requérant allègue que son dossier et celui de sa mère seraient " erronés " il ne précise pas en quoi la méthode de calcul fixée à l'article 9 du décret du 18 mars 2022 aurait été mal appliquée dans leur cas.

7. Par suite les moyens présentés par M. C doivent être écartés comme inopérants et manifestement non assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. La requête de M. C doit donc être rejetée en application des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à l'Office national des combattants et des victimes de guerre.

Fait à Amiens, le 20 juin 2024

La présidente de la 1ère chambre.

signé

C. Galle

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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