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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300382

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300382

vendredi 5 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 février 2023, M. A B, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Pakistan comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer le titre de séjour demandé ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la motivation de l'arrêté, stéréotypée, est insuffisante ;

- le refus de titre méconnait les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est motivé que par le manque de sérieux des études et le maintien de contacts avec sa famille restée au Pakistan, sans se prononcer sur son intégration, ni faire état de l'avis de la structure d'accueil ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il établit le caractère réel et sérieux de sa formation, compte tenu de son évolution depuis son arrivée sur le territoire français, que le fait de maintenir des liens avec sa famille dans le pays d'origine n'est pas de nature à fonder un refus de titre, que l'avis de la structure d'accueil n'a pas été mentionné et qu'il est intégré à la société française ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il a noué des liens privés et sociaux intenses en France.

La requête a été communiquée au préfet de la Somme, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par lettre du 16 mars 2023, des pièces ont été demandées au préfet de la Somme, qui les a produites le 17 mars 2023. Elles ont été communiquées le même jour.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

22 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- et les observations de Me Delort, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 8 juin 2004, déclare être arrivé en France le 9 juillet 2019, à l'âge de quinze ans. Il a été confié, le 16 juillet 2019, aux services de l'aide sociale à l'enfance du département des Ardennes puis, le 20 septembre 2019, à ceux du département de la Somme. Le 29 juin 2022, il a demandé à bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 janvier 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le Pakistan comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à

M. B vise les dispositions internationales, légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde et précise les éléments de la situation personnelle et les conditions d'entrée en France que le préfet a pris en considération pour le prendre. Par ailleurs, la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. En outre, en indiquant que M. B n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Pakistan, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Enfin, lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

4. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

5. M. B, qui est entré sur le territoire français en 2019, avant l'âge de 16 ans, a présenté une demande de titre de séjour dans le mois qui a suivi son dix-huitième anniversaire. S'il se prévaut de son inscription en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle de cuisinier depuis la rentrée scolaire 2020, et d'un contrat d'apprentissage auprès d'un établissement de restauration conclu jusqu'au 31 août 2023, il ressort néanmoins des pièces du dossier que, d'une part, M. B continue à éprouver des difficultés dans l'apprentissage de la langue française, alors même qu'il ne se rend que très rarement aux cours de soutien qui lui ont pourtant été proposés à cet effet et que, d'autre part, pourtant alerté tant par les structures scolaires dans lesquelles il a été inscrit, ainsi que par la structure au sein de laquelle il est accueilli, les résultats scolaires de M. B et les appréciations de ses professeurs relèvent un manque d'investissement de l'intéressé dans ses études, dont le caractère réel et sérieux n'est en conséquence pas établi. Par ailleurs, l'intéressé entretient des liens fréquents avec sa famille au Pakistan, où il indique d'ailleurs souhaiter se rendre, auprès de sa mère. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en se fondant sur ces considérations pour refuser sa demande de titre de séjour, et sans qu'il lui ait été besoin de relever le sens de l'avis de la structure d'accueil, le préfet de la Somme aurait méconnu les dispositions précitées.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Il ressort de ce qui a été exposé au point 5 du présent jugement, que si M. B se prévaut d'un contrat d'apprentissage en vertu duquel il touche une rémunération, il ne justifie pas d'attache particulière sur le territoire français. Par ailleurs, l'intéressé, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, entretient, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, des relations suivies avec sa famille au Pakistan. Par suite, l'autorité préfectorale n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et M. B n'est pas fondé à soutenir qu'elle aurait ainsi méconnu les stipulations précitées.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2023 doivent être rejetées, y compris celles à fin d'injonction. Par conséquent, les conclusions qu'il a présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Richard, premier conseiller,

- Mme Rondepierre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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