mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2300484 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MANGOT-PAINEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 et 17 février 2023, M. G A D, représenté par Me Mangot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente pour ce faire ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable puisque tardive et que, en tout état de cause, les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2023 à 12h00.
M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 8 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les observations de Me Barloy substituant Me Mangot et représentant M. A D.
Considérant ce qui suit :
1. M. G A D, ressortissant marocain né le 18 mai 1988, déclare être entré en France à l'âge de onze ans. Par un arrêté du 13 février 2023, dont M. A D demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant trois ans.
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.
3. Par un arrêté du 5 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 8 de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. F B, sous-préfet hors classe, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'État dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". En outre, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".
5. Par ailleurs, l'article L. 432-1 de ce code dispose que : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présente en France constitue une menace pour l'ordre public ".
6. Pour rejeter la demande de M. A D, la préfète de l'Oise s'est fondée sur les circonstances, d'une part, que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public et d'autre part, que ce dernier ne fait pas état d'une intégration suffisante au sein de la société française.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A D, entré sur le territoire en 2000 alors qu'il était encore mineur, est père de deux enfants françaises nées respectivement en 2014 et 2018 d'une précédente union avec une ressortissante française. Si le requérant fait état d'un droit de visite et d'hébergement sur ses filles, à raison d'un week-end tous les quinze jours et la moitié des vacances scolaires, il ne peut être regardé comme en justifiant par la seule production des actes de naissance de ses enfants ainsi que d'un calendrier de visite établi par le service espace rencontre de l'association France Victimes 60 lequel, outre qu'il présente un caractère purement prospectif, prévoit de simples rencontres d'une heure, dans un premier temps, restreintes aux locaux de l'association puis, à compter du mois de mai, avec sortie autorisée. Par ailleurs, l'intéressé ne démontre pas davantage, par ces éléments, ni d'ailleurs aucun autre produit aux débats, notamment les quelques tickets de caisse d'une valeur probante limitée en l'absence de mention de son nom, de la réalité de sa participation aux besoins tant matériels qu'éducatifs de ses filles. Par ailleurs, si M. A D, séparé de sa précédente compagne, soutient avoir une relation de couple avec une ressortissante française avec laquelle il est prévu qu'il se marie le 21 juillet 2023, il n'établit toutefois pas, en se bornant à produire une unique attestation rédigée par cette dernière, la réalité, l'intensité et l'ancienneté des liens qui les lient à la date de l'arrêté attaqué ce alors que le requérant, étant hébergé par son père, ne se prévaut d'aucune communauté de vie avec sa future épouse.
8. En outre, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que l'intéressé, incarcéré du 3 août 2021 au 24 octobre 2022, a été condamné à quatre mois d'emprisonnement, par un jugement du 25 septembre 2020, pour des faits de violence sur une personne étant ou ayant été conjoint en récidive, à six mois d'emprisonnement, par un jugement du 28 décembre 2020, pour des faits de récidive de délit de fuite après un accident par véhicule terrestre et de récidive de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, à huit mois d'emprisonnement, par un jugement du 6 septembre 2021, pour des faits de menaces de mort réitérées commise par une personne étant ou ayant été conjoint suivi d'une incapacité n'excédant pas huit jours et de dégradation des conditions de vie altérant la santé et a six mois d'emprisonnement, par des arrêts correctionnels des 22 décembre 2021 et 14 janvier 2022, pour des faits de harcèlement de personne étant ou ayant été conjoint suivi d'une incapacité n'excédant pas huit jours, de dégradation des conditions de vie altérant la santé et de menaces de mort réitérées par une personne étant ou ayant été conjoint.
9. Dans ces conditions, eu égard aux nombreuses condamnations dont M. A D a fait l'objet, pour des faits graves reposant en majorité sur des atteintes à la personne de sa précédente conjointe, c'est sans méconnaître les stipulations et dispositions citées au point 4 que la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français, en dépit de l'ancienneté de son séjour en France et des efforts déployés par l'intéressé en vue de s'insérer professionnellement.
10. En troisième lieu, le point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, le requérant n'établit pas, par les seuls documents qu'il produit, la réalité du droit de visite et d'hébergement dont il se prévaut, ni davantage celle de sa participation à l'entretien et à l'éducation de ses filles. Par suite, l'arrêté en litige n'a pas méconnu les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le dernier moyen de la requête ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A D doivent être rejetées sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A D, à la préfète de l'Oise et à Me Mangot.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Beaucourt, conseillère,
- M. C, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La rapporteure,
signé
P. ELe président,
signé
C. BINAND
Le greffier,
signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026