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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300564

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300564

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2023, Mme A B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que son droit d'être entendu n'a pas été respecté ;

- il n'est pas possible de vérifier, en l'absence de production par la préfecture de l'avis de la commission du titre de séjour, que celui-ci remplit les conditions de forme et de fond prescrites par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 8 mars 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les observations de Me Basili substituant Me Tourbier, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise (RDC), née le 24 novembre 1997, est entrée sur le territoire français le 25 août 2011 à l'âge de treize ans, selon ses déclarations, démunie de visa. Le 28 octobre 2016, elle a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 2 février 2017 du tribunal administratif d'Amiens et par un arrêt du 13 avril 2017 de la cour administrative d'appel de Douai. Le 30 août 2022, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 30 janvier 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

2. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

3. En l'espèce, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que celui-ci fait suite à une demande, le 30 août 2022, de délivrance d'un titre de séjour. La requérante a donc nécessairement été mise en mesure de faire valoir ses observations orales et écrites au sujet de la mesure d'éloignement à laquelle elle s'exposait en cas de rejet de sa demande. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si Mme B soutient que l'absence de production de l'avis de la commission du titre de séjour ne permet pas de vérifier que celui-ci remplit les conditions de forme et de fond prescrites par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'apporte aucune précision quant à ce moyen malgré la communication, par le préfet de la Somme, dans le cadre de la présente instance, de l'avis en cause. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les textes dont il fait application, notamment les articles L. 435-1, L. 611-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne les conditions d'entrée et de séjour de Mme B sur le territoire français. Il précise les éléments pertinents relatifs à sa situation administrative, professionnelle et personnelle, notamment qu'elle n'exerce aucune activité professionnelle et ne justifie pas de recherches d'emploi ou de formation, qu'elle est mère de deux enfants mineurs scolarisés en France, qu'elle n'a aucun contact avec leurs pères, que le père de son premier enfant est un ressortissant angolais en situation irrégulière et que le père de son second enfant est inconnu du fichier national des étrangers. L'arrêté attaqué, qui n'est pas tenu d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme B fait valoir qu'elle est arrivée en France avec sa mère en 2011, alors qu'elle était âgée de treize ans, qu'elle est mère de deux enfants nés en 2013 et 2017 à Amiens, scolarisés en France, et que l'arrêté attaqué aura pour conséquence de séparer ses enfants de leurs pères respectifs. Si la requérante se prévaut de ce que, par jugement du 25 juin 2014, le juge aux affaires familiales a accordé au père de sa première fille un droit de visite, elle ne conteste toutefois pas les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels elle n'a plus de contact avec ce dernier qui, de nationalité angolaise, est en situation irrégulière sur le territoire français. La requérante ne conteste pas davantage qu'elle n'a plus de contact avec le père de son second enfant et n'établit pas l'effectivité d'une relation entre l'enfant et son père. Si la requérante soutient qu'elle sera isolée en cas de retour en République démocratique du Congo, il ressort des pièces du dossier que trois membres de sa fratrie y résident et elle ne conteste pas les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels toute sa famille possède la nationalité congolaise (RDC). Il ressort également des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que la sœur et la mère de la requérante se maintiennent sur le territoire français en situation irrégulière et que sa mère a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 22 septembre 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif d'Amiens du 11 juin 2022 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 7 juin 2022. Par ailleurs, Mme B ne conteste pas qu'elle n'exerce aucune activité professionnelle et ne fait valoir aucun obstacle à ce que ses enfants mineurs soient scolarisés en République démocratique du Congo. Enfin, la requérante a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 28 octobre 2016 à laquelle elle n'a pas déféré. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Somme a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle n'est pas non plus fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

signé

L. Bazin

La présidente,

signé

C. GalleLe greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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