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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300675

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300675

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2023, Mme B C, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités polonaises ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire bénéficiait d'une délégation de signature du préfet ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'elle n'a pas été destinataire de l'information prévue par ces dispositions dans une langue qu'elle comprend ;

- il est entaché d'erreurs de fait quant à la situation de son concubin ;

- le préfet a méconnu l'article 10 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'elle a indiqué lors de son entretien ne pas vouloir que sa fille et elle-même soient séparées de son concubin demandeur d'asile ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'examiner discrétionnairement sa demande d'asile sur le fondement du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que son concubin est demandeur d'asile en France, qu'il est le père de son enfant né le 12 janvier 2023 et que la cellule familiale a pu se reconstituer en un même hébergement alors même qu'ils sont arrivés de manière séparée sur le territoire français ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que le père de son enfant né le 12 janvier 2023 est demandeur d'asile en France.

Le préfet du Nord a produit des pièces enregistrées le 7 mars 2023.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour se prononcer sur les litiges mentionnés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Minet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Pereira, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, en abandonnant le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué et celui tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante congolaise née le 10 janvier 1999, a présenté une demande d'asile le 19 décembre 2022. Par un arrêté du 21 février 2023 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités polonaises en vue de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, Mme C a déclaré abandonner le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué et celui tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui au demeurant manquaient en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Si le demandeur a, dans un État membre, un membre de sa famille dont la demande de protection internationale présentée dans cet État membre n'a pas encore fait l'objet d'une première décision sur le fond, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ". Aux termes de l'article 2 du même règlement : " Aux fins du présent règlement, on entend par : () g) " membres de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des Etats membres : - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable () ".

4. Si Mme C soutient être en concubinage avec M. D, demandeur d'asile en France, il ressort du compte rendu de l'entretien de l'intéressée par les services de la préfecture le 20 décembre 2022 qu'elle s'est déclarée célibataire. En outre, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle entretient une relation stable avec M. D. Dans ces conditions, elle n'établit pas entrer dans le champ d'application des dispositions précitées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Mme C soutient que l'arrêté indique à tort que M. D s'est déclaré célibataire lors de sa demande d'asile dès lors qu'il a coché la case " concubinage " sur le formulaire de demande. Toutefois, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, comme il a été dit au point 4, Mme C s'est déclarée célibataire lors de l'entretien par les services de la préfecture le 20 décembre 2022 et n'apporte aucun élément permettant d'établir l'ancienneté et la stabilité de sa relation avec M. D. En outre, si elle fait valoir que ce dernier, père de son enfant né le 12 janvier 2023, a entrepris des démarches pour la rejoindre dans le centre d'hébergement où elle est prise en charge, cette circonstance ne saurait suffire à établir la réalité de leur concubinage, ni celle des liens de M. D avec l'enfant depuis sa naissance. Dans ces conditions, la décision décidant du transfert de Mme C en Pologne n'a donc pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni de l'article 3, paragraphe 1, de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet du Nord au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C doivent être rejetées, y compris celles tendant à ce que soient prescrites des mesures d'exécution au présent jugement, qui n'en appelle aucune, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, Me Pereira et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La magistrate désignée,

signé

A. A

La greffière,

signé

F. Cliquet

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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