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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300681

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300681

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300681
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLE CORRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mars et 1er avril 2023,

Mme B A, représentée par Me Le Corre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en la munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son village d'origine en Côte d'Ivoire ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation compte-tenu de sa situation professionnelle stable en France et des attaches qu'elle y a nouées ; sa situation remplit d'ailleurs les conditions posées par la circulaire du 28 novembre 2012 pour obtenir sa régularisation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte-tenu de son insertion professionnelle, des attaches personnelles qu'elle a nouées en France et dont elle ne dispose plus dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pierre.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 3 janvier 1990, déclare être entrée en France le 4 août 2016 et a été mise en possession à compter du 9 août 2021 d'un titre de séjour pour raison de santé valable jusqu'au 8 août 2022 dont elle a sollicité le renouvellement le 19 août 2022. Toutefois, par l'arrêté attaqué du 3 février 2023, la préfète de l'Oise a refusé cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et détaille la situation de Mme A. Il précise notamment que si un défaut de soin de l'intéressée pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut disposer d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, les exigences du secret médical interdisent de révéler des informations sur la pathologie de l'intéressée et sur la nature des traitements médicaux qui lui sont nécessaires. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué en tant qu'il porte refus de titre de séjour est suffisamment motivé, sans que la préfète de l'Oise n'ait eu à exposer les raisons pour lesquelles l'accès au soin était satisfait selon elle, et le moyen en ce sens doit être écarté.

4. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux.

5. Alors qu'il ressort du formulaire de demande de titre de séjour de Mme A que celle-ci a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'il appartenait au préfet de se saisir d'office des autres fondements du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels sa situation de salarié dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée aurait pu lui permettre, le cas échéant, de prétendre, alors même que des pièces en ce sens ont été produites dans le cadre de l'instruction de sa demande. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen personnel de la situation de l'intéressée doit être écarté. Pour les mêmes motifs, Mme A ne saurait utilement se prévaloir d'une méconnaissance du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aujourd'hui codifié à l'article L. 423-23 de ce code, sur lequel sa demande de titre de séjour n'était pas fondée et dont la préfète ne s'est pas saisie d'office.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que par avis du 19 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Cette appréciation n'est remise en cause par aucune des pièces du dossier alors que Mme A ne saurait se borner à faire valoir que l'accès aux soins qui lui sont nécessaires est difficile dans son village de naissance alors même qu'elle reconnait que des soins effectifs lui seraient effectivement accessibles en Côte d'Ivoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A est arrivée en 2016 sur le territoire français, elle n'a été en situation régulière que durant une année depuis cette date. En outre, si elle se prévaut d'une relation amoureuse avec un compatriote en situation régulière, la réalité de cette relation n'est pas établie par la production d'une unique attestation non détaillée de l'intéressé établie pour les besoins de la cause le 1er mars 2023. Enfin, si Mme A dispose d'un emploi d'agent d'entretien en vertu d'un contrat à temps partiel à durée indéterminée depuis le 21 octobre 2021, cette seule circonstance ne saurait établir une intégration intense et stable en France. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise aurait entaché son arrêté d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

10. En dernier lieu, si un étranger peut, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, la décision du préfet serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu, dans le cadre de la politique du Gouvernement en matière d'immigration, adresser aux préfets, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation de chaque cas particulier, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Il s'ensuit que Mme A ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012, et notamment de celles relatives à l'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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