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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300751

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300751

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2023, M. A C B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est illégale alors qu'il justifie du caractère réel et sérieux de ses études menées ces trois dernières années ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte-tenu de la présence en France de sa compagne enceinte et de l'enfant du couple.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- l'arrêté attaqué peut également être fondé sur le motif tiré de l'absence de moyens d'existence suffisants de l'intéressé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2023.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale entre l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel l'arrêté attaqué est fondé, et l'article 9 de l'accord franco-gabonais du 2 décembre 1992.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention conclue le 2 décembre 1992 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise, relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- et les observations de Me Pereira, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant gabonais, né le 26 mars 1994, est entré en France le 8 octobre 2013 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention étudiant. Il a été mis en possession d'un titre de séjour en ce sens jusqu'en 2018 et a depuis lors fait l'objet de deux mesures d'éloignement les 18 mars 2019 et 6 juin 2020. S'étant maintenu en France, il a sollicité son admission au séjour le 6 octobre 2022 mais a vu cette demande rejetée par l'arrêté attaqué du 15 décembre 2022 du préfet de la Somme qui lui fait également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et fixe le Gabon comme pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable ". Aux termes de l'article 12 de la même convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ". Aux termes de L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

3. Il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de la Somme a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B, présentée en qualité d'étudiant, exclusivement sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que ces dispositions ne sont applicables que subsidiairement à l'intéressé, de nationalité gabonaise. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. En l'espèce, il y a lieu de substituer à la base légale erronée de l'article L. 422-1 du code précité celle tirée de l'article 9 de l'accord franco-gabonais du 2 décembre 1992 dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation.

4. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser un titre de séjour en qualité d'étudiant à M. B, le préfet de la Somme s'est fondé sur le motif tiré de l'absence de sérieux des études suivies par l'intéressé au regard des échecs répétés qu'il a connus entre 2016 et 2020, le requérant ayant d'ailleurs fait l'objet d'un refus de renouvellement de son titre de séjour le 18 mars 2019 pour ce motif. Toutefois, comme le reconnait le préfet de la Somme dans l'arrêté attaqué, M. B, qui poursuit désormais des études en génie des procédés de l'environnement a validé sa deuxième année de licence au cours de l'année universitaire 2020-2021 et sa troisième année de licence au cours de l'année universitaire

2021-2022 et était inscrit en master au moment de la présentation de sa demande de titre de séjour. Par suite, compte-tenu de la progression réelle que connaissait le parcours de M. B depuis la rentrée 2020, celui-ci est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation.

5. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. En l'espèce, le préfet de la Somme se prévaut en défense d'un nouveau motif tiré de l'absence de moyens d'existence suffisants de l'intéressé. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B disposerait de ressources financières ou de moyens d'existence, l'intéressé n'ayant d'ailleurs déclaré aucun emploi dans le cadre de sa demande de titre de séjour et qu'il résulte de l'instruction que le préfet de la Somme aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder initialement sur ce motif, il y a, dès lors, lieu de procéder à la substitution demandée.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant :

" 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Si M. B se prévaut d'une relation ancienne avec une compatriote qui dispose d'un titre de séjour et avec laquelle il a eu un enfant et dont il a reconnu l'enfant à naitre, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est déclaré célibataire dans le cadre de sa demande de titre de séjour alors que sa supposée compagne réside chez un tiers dans le Doubs selon l'attestation de demande de titre de séjour établie le 29 septembre 2022, quelques semaines avant le dépôt de la demande du requérant. A cet égard, la seule production d'une attestation de l'intéressée ne saurait établir que cette relation, dont est issu un enfant, se poursuivait à la date de l'arrêté attaqué. En outre, en l'absence de résidence commune avec l'enfant ou d'autre élément, en dehors de l'attestation précitée, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B participerait à l'éducation et l'entretien de son enfant. Dans ces conditions, en dépit de l'ancienneté du séjour de l'intéressé, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Somme aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale qu'il tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué ne méconnait pas l'intérêt supérieur de son enfant en violation du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni n'est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, au préfet de la Somme et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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