mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2300780 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 mars 2023, M. B A, représenté par
Me David, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision le soumettant à un régime de fouille systématique telle que révélée par les décisions de fouilles intégrales prises à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale alors qu'elle est fondée sur les dispositions du code de procédure pénale ;
- l'identité et la compétence du signataire de la décision attaquée ne sont pas établies ; en tout état de cause, une simple publication au recueil des actes administratifs d'une délégation de signature ne saurait la rendre opposable aux détenus ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 225-1 du code pénitentiaire alors que les mesures de fouille n'étaient ni nécessaires, ni personnalisées ; en outre, leurs modalités d'exécution étaient, par elles-mêmes, attentatoires à sa dignité ;
- elle est entachée d'erreur de droit alors que les motifs ayant conduit à décider de sa fouille intégrale ne figurent pas à l'article L. 225-1 du code pénitentiaire ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors que les fouilles systématiques dont il fait l'objet auront pour effet à terme de décourager les parloirs familiaux.
Par ordonnance du 4 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mai 2024.
Un mémoire présenté par le ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice a été enregistré le 13 décembre 2024.
Par une décision du 22 mars 2023, M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- et les conclusions de M. Menet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est détenu au sein de la maison d'arrêt d'Amiens depuis le 12 juillet 2022. Il demande l'annulation d'une décision instaurant un régime exorbitant de fouilles intégrales systématiques, révélée par la réalisation des fouilles régulières dont il fait l'objet.
Sur l'existence de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. () ".
3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 225-1 du code pénitentiaire : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement pénitentiaire sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. / Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. / Elles peuvent être réalisées de façon systématique lorsque les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire l'imposent. Dans ce cas, le chef de l'établissement pénitentiaire doit prendre une décision pour une durée maximale de trois mois renouvelable après un nouvel examen de la situation de la personne détenue. ".
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que du 27 août 2022 au 17 février 2023, M. A a bénéficié de vingt-six parloirs afin de recevoir la visite de sa compagne. Pour vingt-et-un de ces parloirs, l'administration a édicté préalablement une décision de fouille intégrale individuelle, telle que le révèle le registre des fouilles produit par l'intéressé, en ordonnant la réalisation d'une fouille intégrale à l'issue du parloir, chacune de ces décisions étant prise au motif d'un " comportement suspect " de l'intéressé et bien que certaines de ces décisions n'aient toutefois pas été exécutées à l'issue du parloir, soit du fait d'un " manque de surveillants " soit sur ordre d'un gradé ou officier. Treize fouilles intégrales ont ainsi été effectivement exécutées sur la période du 16 septembre 2022 au 17 février 2023 sur la personne de M. A.
5. Il résulte de ce qui précède qu'une part substantielle des parloirs accordés à
M. A depuis le mois de septembre 2022 donne lieu à l'édiction d'une décision de fouille intégrale individuelle. Ainsi, l'existence d'une décision, non formalisée, par laquelle l'administration pénitentiaire a prescrit la réalisation de fouilles intégrales du requérant de manière systématique au sens de l'article L. 225-1 du code pénitentiaire à l'issue de la majeure partie de ses parloirs est révélée par l'ensemble de ces éléments.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Il résulte des dispositions de l'article L. 225-1 du code pénitentiaire précitées que si les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire peuvent légitimer l'application à un détenu de mesures de fouille, le cas échéant répétées, elles ne sauraient revêtir un caractère systématique et doivent être justifiées par l'un des motifs qu'elles prévoient, en tenant compte notamment du comportement de l'intéressé, de ses agissements antérieurs ou des contacts qu'il a pu avoir avec des tiers. Les fouilles intégrales revêtent un caractère subsidiaire par rapport aux fouilles par palpation ou à l'utilisation de moyens de détection électronique. Il appartient à l'administration pénitentiaire de veiller, d'une part, à ce que de telles fouilles soient, eu égard à leur caractère subsidiaire, nécessaires et proportionnées et, d'autre part, à ce que les conditions dans lesquelles elles sont effectuées ne soient pas, par elles-mêmes, attentatoires à la dignité de la personne.
7. En l'espèce, les décisions de fouilles intégrales individuelles concernant M. A sont justifiées par l'existence d'un " comportement suspect " de l'intéressé et un soupçon d'introduction d'objets non autorisés dans l'établissement. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'un objet interdit en détention aurait été retrouvé à l'issue de l'une de ces fouilles ou d'une des fouilles de cellule dont M. A a également fait l'objet. Aucun élément ne permet de justifier une telle mesure. Par suite, eu égard au caractère subsidiaire du recours à des fouilles intégrales, la mise en œuvre d'un régime exorbitant de fouilles intégrales systématiques à l'encontre de M. A à l'issue de ses parloirs n'apparaît ni nécessaire, ni proportionnée. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée, telle que révélée par les fouilles individuelles dont il fait l'objet, méconnait l'article L. 225-1 du code pénitentiaire.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le directeur de la maison d'arrêt d'Amiens a ordonné la mise en œuvre à l'encontre de M. A d'un régime exorbitant de fouilles intégrales à l'issue de ses parloirs doit être annulée.
Sur les frais d'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. A en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
10. En outre, aux termes de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat, ou à l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire () ".
11. En l'espèce, les conclusions de la présente requête correspondent à un litige similaire à celui enregistré sous le n° 2300779 et reposent sur les mêmes faits. Dans ces deux instances, M. A bénéficie de l'aide juridictionnelle et est représenté par le même avocat. En conséquence, il y a lieu, conformément aux dispositions ci-dessus rappelées, d'appliquer un abattement de 30 % sur le montant de l'aide juridictionnelle correspondant à la présente requête.
D É C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le directeur de la maison d'arrêt d'Amiens a placé M. A sous un régime exorbitant de fouilles intégrales à l'issue de ses parloirs est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Il est appliqué un abattement de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me David au titre de la présente requête.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice et à Me David.
Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Amiens.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026