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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300888

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300888

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2023, M. B A D, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il fait état de considérations humanitaires au regard des conditions dans lesquelles il a rejoint son père sur le territoire français ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2023 à 12h00.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 22 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Beaucourt, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A D, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 16 avril 2002, déclare être entré en France le 28 avril 2018, dénué de tout visa régulièrement délivré, pour y rejoindre son père. Par un arrêté du 28 février 2023, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise en outre que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

3. L'arrêté attaqué cite les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, au demeurant, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développe les motifs retenus au soutien des décisions en litige. La préfète de l'Oise a ainsi indiqué, en particulier, que M. A D n'a pas été autorisé à séjourner en France au titre du regroupement familial et a mentionné les éléments constituant la situation personnelle du requérant. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, qui n'est pas rédigé de façon stéréotypé, doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, ou s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. Il ressort des mentions de la décision attaquée que la préfète de l'Oise, après avoir refusé la carte de séjour temporaire dont M. A D sollicitait la délivrance sur le fondement de l'article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a toutefois examiné d'office la demande de ce dernier à la lumière des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. M. A D, qui fait état d'une présence en France depuis avril 2018, soit près de cinq ans à la date de la décision attaquée, expose être arrivé sur le territoire français, après le décès de sa mère, pour rejoindre son père déjà présent en France " après avoir eu des problèmes dans son pays d'origine ". Toutefois, le certificat médical, postérieur à l'arrêté litigieux, indiquant que M. A D rapporte avoir été victime d'une agression par arme blanche à Kinshasa à l'âge de quatorze ans et attestant que l'intéressé présente des cicatrices au coude droit, de la fosse iliaque droite et du pli de l'aine, est insuffisant pour établir le bien-fondé des allégations du requérant sur ce dernier point. En outre, les autres circonstances invoquées par M. A D, à savoir la présence de son père sur le territoire français sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'en février 2029, l'obtention d'un diplôme de certificat d'aptitude professionnelle mention " monteur installations sanitaires ", la validation de son année de première de baccalauréat professionnel mention " technicien en installation des systèmes énergétiques et climatiques " ainsi que son inscription pour l'année scolaire en cours en terminale dans cette même filière sont insuffisantes pour caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Hormis la présence en France de son père en situation régulière sur le territoire ainsi que celle, non démontrée, de ses deux frères, le requérant n'établit pas, pas plus qu'il n'allègue, avoir tissé d'autres liens que familiaux sur le territoire français. En outre, si l'intéressé déclare avoir quitté son pays d'origine suite au décès de sa mère, sans produire, dans le cadre de la présente instance, aucun élément au soutien de cette allégation, il ressort des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir la préfète de l'Oise sans être contredite, qu'il a déclaré, dans le formulaire de demande de titre de séjour adressé aux services préfectoraux, la présence de sa mère en République démocratique du Congo. Par ailleurs, M. A D, qui justifie avoir poursuivi sa scolarité en France, ne fait toutefois état d'aucun d'obstacle à la poursuite de sa formation ou à l'exercice d'une activité professionnelle dans son pays d'origine, où il a d'ailleurs vécu jusqu'à l'âge de seize ans, au moins. Par suite, compte tenu des motifs exposés au point 7, la préfète de l'Oise n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point précédent.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A D doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à la préfète de l'Oise et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Beaucourt, conseillère,

- M. C, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

La rapporteure,

signé

P. BEAUCOURTLe président,

signé

C. BINAND

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

5

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