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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300903

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300903

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300903
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

requête qui n'est pas accompagnée de la pièce justifiant qu'une médiation préalable a été effectuée, le président de la formation de jugement ou le magistrat qu'il désigne à cette fin invite le requérant, par lettre recommandée avec accusé de réception, à produire cette pièce dans un délai d'un mois. A défaut de production de cette pièce dans le délai imparti, la requête est rejetée par ordonnance en application du 4° de l'article R. 222-1. " 6. Mme B demande également l'annulation de la décision du 10 janvier 2023 par laquelle Pôle emploi lui a notifié un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 1 664,70 euros pour la période de juillet à octobre 2022, ainsi que la décision rejetant sa demande d'effacement de cette dette. L'allocation de solidarité spécifique est une prestation servie pour le compte de l'Etat, dont le contentieux relève de la compétence du juge administratif. Toutefois, par une lettre du 29 mars 2023, le tribunal a invité Mme B à régulariser sa requête en produisant, dans un délai d'un mois, une pièce justifiant qu'une médiation

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :

- d'annuler la décision du 10 janvier 2023 (créance 20230110l06) par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Ham lui a notifié un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique (ASS) d'un montant de 1 664,70 euros pour la période de juillet à octobre 2022 et d'annuler la décision par laquelle Pôle emploi a refusé d'effacer cette date à la suite de sa demande du 16 janvier 2023 ;

- d'annuler la décision du 10 janvier 2023 (créance 20230110l05) par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Ham lui a notifié un trop-perçu d'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) d'un montant de 902,70 euros pour la période de juillet 2022 et d'annuler la décision par laquelle Pôle emploi a rejeté sa demande d'effacement cette dette à la suite de sa demande du 16 janvier 2023.

Elle soutient :

- qu'elle a été induite en erreur par les services de Pole emploi et de l'Assurance retraite qui lui ont délivré des informations contradictoires sur ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi et le motif du trop-perçu, à savoir l'exercice d'une activité professionnelle, et sur la date de son départ à la retraite ;

- durant les périodes visées par le trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique qui ne peut être cumulé avec une activité professionnelle, elle a seulement exercé à temps non complet deux heures par semaine ;

- l'assurance retraite a indiqué à Pôle emploi une date de départ en retraite au 1er juillet 2022 alors qu'elle a sollicité une retraite à compter du 1er novembre 2022 ;

- elle dispose d'un revenu mensuel de 850, 98 euros.

Par une lettre du 29 mars 2023, le tribunal a invité Mme B à régulariser, dans un délai d'un mois, sa requête en produisant une pièce justifiant qu'une médiation préalable a été effectuée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail,

- le décret n°2022-433 du 25 mars 2022 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative () ; / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ".

Sur les conclusions tendant à l'annulation d'un trop perçu d'allocation de retour à l'emploi :

2. Aux termes de l'article L. 5312-1 du code du travail : " I.- L'opérateur France Travail est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière qui a pour mission de : () 4° Assurer, pour le compte de l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage, le service de l'allocation d'assurance et de l'allocation des travailleurs indépendants et, pour le compte de l'Etat, le service des allocations de solidarité () ". Aux termes de l'article L. 5312-12 du même code : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par l'institution, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage ou de l'Etat sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution. "

3. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 13 février 2008 relative à la réforme de l'organisation du service public de l'emploi dont elles sont issues, que le législateur a souhaité que la réforme, qui s'est notamment caractérisée par la substitution de Pôle emploi, devenu France Travail, à l'Agence nationale pour l'emploi et aux associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assédic), reste sans incidence sur le régime juridique des prestations et sur la juridiction compétente pour connaître du droit aux prestations, notamment sur la compétence de la juridiction judiciaire s'agissant des prestations servies au titre du régime d'assurance chômage.

4. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 10 janvier 2023 par laquelle Pôle Emploi, devenu France Travail, lui a notifié un trop-perçu d'allocation d'aide au retour à l'emploi d'un montant de 902 euros (créance n° 20230110l05) pour la période de juillet 2022, ainsi que la décision rejetant sa demande d'effacement de cette dette concernant cette créance. L'allocation de retour à l'emploi relève des prestations servies au titre du régime d'assurance chômage. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 5312-1 et L. 5312-12 du code du travail qu'il n'appartient qu'au juge judiciaire de connaître d'un tel recours. Par suite, les conclusions précitées de Mme B relatives au trop-perçu de 902 euros d'allocations d'aide au retour à l'emploi doivent être rejetées application des dispositions précitées du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant à l'annulation d'un trop-perçu d'allocation spécifique de solidarité et à l'effacement de la dette relative à ce trop-perçu :

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 213-11 du code de justice administrative : " Les recours formés contre les décisions individuelles qui concernent la situation de personnes physiques et dont la liste est déterminée par décret en Conseil d'Etat sont, à peine d'irrecevabilité, précédés d'une tentative de médiation. Ce décret en Conseil d'Etat précise en outre le médiateur relevant de l'administration chargé d'assurer la médiation ". Aux termes de l'article R. 213-12 du même code : " Lorsqu'un tribunal administratif est saisi dans le délai de recours contentieux d'une requête n'ayant pas été précédée d'une médiation qui était obligatoire, son président ou le magistrat qu'il délègue rejette cette requête par ordonnance et transmet le dossier au médiateur compétent. / Le médiateur est supposé avoir été saisi à la date d'enregistrement de la requête ".

6. Aux termes de l'article R. 5312-47 du code du travail, créé par l'article 5 du décret du 25 mars 2022 visé ci-dessus : " La procédure de médiation préalable obligatoire prévue par l'article L. 213-11 du code de justice administrative est applicable aux recours contentieux formés contre les décisions individuelles suivantes prises par Pôle emploi et relevant du champ de compétence du juge administratif : / () /7° Les décisions prises pour le compte de l'Etat relatives () b) A l'allocation de solidarité spécifique prévue aux articles L. 5423-1 à L. 5423-3 ; () ". Aux termes de l'article 6 du décret du 25 mars 2022 : " () Les dispositions de l'article 5 sont applicables aux recours contentieux susceptibles d'être présentés à l'encontre des décisions intervenues à compter du 1er juillet 2022 ". Aux termes de l'article R. 5312-48 du code du travail : " Le médiateur chargé de la médiation préalable obligatoire mentionnée à l'article R. 5312-47 est le médiateur régional de Pôle emploi territorialement compétent "

7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la requête introduite par Mme B le 15 mars 2024, devant être regardée comme tendant à l'annulation de la décision du 10 janvier 2023 lui notifiant un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique et refusant l'effacement de sa dette d'allocation de solidarité spécifique à la suite de sa demande du 16 janvier 2023, devait être précédée d'une médiation préalable obligatoire assurée par le médiateur régional de France travail Hauts-de-France. Il ne résulte toutefois d'aucune pièce du dossier que Mme B aurait saisi le médiateur compétent avant de présenter sa requête. Elle a donc été invitée, par lettre recommandée du 29 mars 2023 dont elle a accusé réception le 3 avril suivant, à justifier, dans un délai d'un mois, de ce que la procédure de médiation préalable obligatoire a bien été engagée. Les pièces complémentaires enregistrées le 31 mars 2023 ne comportaient pas la régularisation demandée. Mme B n'a pas justifié d'une médiation préalable. Dès lors, sa requête est irrecevable et doit être rejetée en application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Le dossier doit être, en application de l'article R. 213-12 du même code, transmis au médiateur régional de France travail Hauts-de-France.

O R D O N N E :

Article 1er : Les conclusions de Mme B relatives à un trop-perçu de 902 euros d'allocations d'aide au retour à l'emploi sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.

Article 2 : Le dossier de la requête de Mme B, en tant qu'il concerne les conclusions relatives au trop-perçu d'allocation spécifique de solidarité d'un montant de 1 664,70 euros pour la période de juillet à octobre 2022 et à l'effacement de cette dette, est transmis au médiateur régional de France travail Hauts-de-France.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au médiateur régional de France Travail Hauts-de-France.

Copie en sera transmise au directeur régional de France Travail Hauts-de-France.

Fait à Amiens le 13 août 2024.

La présidente de la 1ère chambre

Signé

Clémence Galle

La République mande et ordonne à la ministre du travail de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300903

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