mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2300939 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BECHIEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, M. B C, représenté par Me Bechieau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme, sous astreinte 100 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'une progression dans ses études en dépit de ses problèmes de santé mentale ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont dépourvues de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 27 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 mai 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,
- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public,
- et les observations de Me Bechieau, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant marocain né le 1er janvier 1998, est entré en France le 4 septembre 2016, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 1er septembre 2016 au 1er septembre 2017. Par un arrêté du 22 février 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.
2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En outre, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
3. L'arrêté du 22 février 2023 mentionne les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, au demeurant, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développe les motifs de fait qui fondent chacune des décisions attaquées. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. C, le préfet de la Somme a indiqué, au visa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que ce dernier, qui présente des résultats universitaires faibles et n'a obtenu aucun diplôme depuis son arrivée et France, ne justifie pas poursuivre des études sérieuses et effectives et a mentionné les éléments constituant la situation privée et familiale de l'intéressé. En tirant de ce refus, suffisamment motivé, la conséquence que M. C entrait dans le champ des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code il a suffisamment motivé la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui conformément aux prescriptions de l'article L. 613-1 de ce code n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Enfin, en précisant que M. C serait reconduit, en cas d'exécution d'office de cette mesure, vers le pays dont il a la nationalité dès lors qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Maroc, l'autorité préfectorale a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions, qui n'avaient pas à mentionner l'ensemble des circonstances propres à la situation de M. C, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, le caractère réel et sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
5. Par ailleurs, l'article premier de l'arrêté du 22 mars 2011 relatif au régime des études en vue du diplôme de formation générale en sciences médicales dispose que " Le diplôme de formation générale en sciences médicales sanctionne la première partie des études en vue du diplôme d'État de docteur en médecine ; il comprend six semestres de formation validés par l'obtention de 180 crédits européens, correspondant au niveau licence. / Les deux premiers semestres de la formation correspondent à la première année commune aux études de santé () ".
6. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. C sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le préfet de la Somme a considéré que n'ayant obtenu aucun diplôme et présentant des résultats universitaires faibles, l'intéressé, qui peut d'ailleurs bénéficier d'une scolarité identique au Maroc, ne justifie pas poursuivre des études sérieuses et effectives.
7. Il est constant que M. C, arrivé en France le 4 septembre 2016 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", ainsi qu'il a été dit, s'est inscrit au titre de l'année universitaire 2016-2017, en première année communes aux études de santé (PACES) à l'université de Picardie Jules Verne, qu'il a validée à l'issue de l'année scolaire 2017-2018. L'intéressé a ensuite poursuivi ses études de médecine, validant sa deuxième année de formation générale en sciences médicales en fin d'année universitaire 2020-2021, après avoir échoué à deux reprises et étant, à la date d'édiction de la décision attaquée, en troisième année de cette même formation, année qu'il a doublée après avoir été déclaré défaillant au titre de l'année scolaire 2021-2022.
8. Si, pour expliquer ses échecs, M. C se prévaut de la dégradation de son état psychologique, consécutive au décès de ses grands-parents, à la difficulté de ses études et au contexte sanitaire lié à l'épidémie de covid-19, lequel a accentué son anxiété sociale ainsi que sa situation d'isolement, la seule production d'un certificat médical, rédigé postérieurement à la date de la décision attaquée, aux termes duquel sa psychologue clinicienne atteste que ses problèmes de santé mentale l'empêchent " [d']affronter le quotidien " et ne lui permettent ni de " se remettre au travail " ni d'être en pleine possession de ses moyens lors des examens " lorsqu'il parvient à s'y rendre ", ne saurait toutefois suffire pour justifier l'absence de progression dans le cursus du requérant, ce d'autant que les difficultés inhérentes, d'une part, aux décès de ses proches, dont il est constant qu'ils sont intervenus le 13 novembre 2020 et le 26 août 2021, ainsi que, d'autre part, à la situation de crise sanitaire ne sont pas concomitantes avec les années scolaires, notamment, celles de 2018-2019, 2019-2020 et 2021-2022, à l'issue desquelles, ayant été déclaré soit défaillant, soit ajourné, il n'a pas été admis. Dans ces conditions, le préfet de la Somme, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. C, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage commis d'erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions dès lors que sur l'ensemble de ses sept années d'études, le requérant, qui reconnaît lui-même dans une lettre adressée aux services préfectoraux avoir " relâché la pression " après l'obtention de sa PACES, n'a validé que ses deux premières années de formation générale en sciences médicales et, partant, n'a obtenu aucun diplôme sanctionnant cette formation, délivré à l'issue de la troisième année, conformément à l'article premier de l'arrêté du 22 mars 2011 cité au point 5. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
10. M. C, célibataire et sans charge de famille, fait état de sa présence en France depuis septembre 2016, soit six ans et demi à la date de la décision attaquée. Toutefois, cette circonstance, ainsi que celle selon laquelle il réside dans un appartement à Amiens depuis son arrivée sur le territoire français, qu'il justifie de moyens d'existence suffisants grâce aux versements mensuels effectués par son père et qu'il est suivi par une psychologue clinicienne depuis octobre 2022 sont insuffisantes pour caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ce alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il a quitté à l'âge et 18 ans afin de poursuivre des études et où résident toujours ses parents. Par suite, le préfet de la Somme n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point précédent ni entaché les décisions qu'il exprime d'erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation.
11. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être exposé aux points 2 à 10, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont dépourvues de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Beaucourt, conseillère,
- M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
P. BEAUCOURTLe président,
signé
C. BINAND
Le greffier,
signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026