vendredi 31 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301045 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | HOMEHR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, M. A B, représenté par
Me Homehr, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté son recours contre la décision du 5 décembre 2022 par laquelle le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Amiens lui a infligé la sanction de vingt jours de cellule disciplinaire, ensemble la décision du 5 décembre 2022 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 400 euros en réparation du préjudice subi ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les faits s'étant déroulés dans le centre pénitentiaire de Maubeuge, il ne pouvait être poursuivi au sein de la maison d'arrêt d'Amiens ;
- il n'a pas disposé, au moins vingt-quatre heures avant sa comparution devant la commission de discipline, de la dernière version du rapport d'enquête ;
- il n'est pas établi qu'il était le meneur du mouvement collectif survenu le 1er décembre 2022 au centre pénitentiaire de Maubeuge ;
- la sanction prononcée est disproportionnée ;
- son placement illégal en cellule disciplinaire lui a causé un préjudice qui peut être évalué à la somme de 1 400 euros.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale entre les dispositions du code de procédure pénale sur lesquelles est fondée la décision attaquée et celles du code pénitentiaire, qui est entré en vigueur le 1er mai 2022.
Par ordonnance du 9 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mai 2024.
Un mémoire présenté par le ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice a été enregistré le 3 janvier 2025.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- et les conclusions de M. Menet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, alors détenu à la maison d'arrêt d'Amiens, s'est vu infliger une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire par une décision du 5 décembre 2022 du président de la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Amiens. Il a formé le recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette sanction, qui a été implicitement rejeté par la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 234-43 du code pénitentiaire : " Une personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par le président de la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet. ".
3. D'autre part, lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
4. Alors que l'intéressé a saisi la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille d'un recours contre la sanction prononcée par le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Amiens le 5 décembre 2022, comme il en avait d'ailleurs l'obligation en vertu des dispositions précitées de l'article R. 234-43 du code pénitentiaire, les conclusions présentées par le requérant tendant à l'annulation de cette décision initiale du 5 décembre 2022, doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision implicite rendue sur recours préalable obligatoire et également contestée, qui s'y est substituée.
Sur l'application du code pénitentiaire :
5. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
6. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions du code pénitentiaire qui sont entrées en vigueur le 1er mai 2022 et qui peuvent être substituées à celles du code de procédure pénale sur lesquelles elle est fondée, qui n'étaient plus en vigueur à cette date, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. B d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation lorsqu'elle applique l'un ou l'autre de ces deux textes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 234-2 du code pénitentiaire : " La commission de discipline comprend, outre le chef de l'établissement pénitentiaire ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. ". Aux termes de l'article R. 234-32 du même code : " Le président de la commission de discipline prononce celles des sanctions qui lui paraissent proportionnées à la gravité des faits et adaptées à la personnalité de leur auteur. () ".
8. Il résulte de ces dispositions que le chef de l'établissement où est affecté le détenu à la date à laquelle la commission de discipline se réunit est compétent pour présider celle-ci et prononcer une sanction disciplinaire à l'égard du détenu sans qu'ait d'incidence la circonstance que les faits sanctionnés se seraient déroulés dans un précédent établissement. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée doit être annulée au motif que les faits reprochés ont été initialement sanctionnés par le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Amiens alors qu'ils se sont déroulés au centre pénitentiaire de Maubeuge.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". Aux termes de l'article R. 234-13 du même code : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef de l'établissement pénitentiaire. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline. ". Aux termes de l'article R. 234-15 de ce code : " En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. ". Enfin, aux termes de l'article R. 234-17 du même code : " La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. () ".
10. M. B soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de consulter le rapport d'enquête sur la base duquel les poursuites ont été décidées. Toutefois, il ne conteste pas que le rapport établi le 2 décembre 2022 à 10 h 18 lui a été communiqué en temps utile. A cet égard, la seule circonstance que la décision d'engagement des poursuites disciplinaires indique une heure d'enregistrement du rapport à 10 h 38 ne saurait établir l'existence ou la modification du rapport tel que transmis à l'intéressé. Par suite, celui-ci n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas disposé de cette pièce dans sa dernière version pour préparer sa défense en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 234-17 du code pénitentiaire.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire, dans sa rédaction applicable : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 3° D'opposer une résistance violente aux injonctions des personnels ; / 7° De participer ou de tenter de participer à toute action collective de nature à compromettre la sécurité des établissements ou à en perturber l'ordre ; () ". Aux termes de l'article R. 235-12 du même code : " La durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. () ".
12. Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte rendu d'incident du 1er décembre 2022, que M. B a refusé ce même jour de regagner sa cellule et a participé à un mouvement collectif au sein du centre pénitentiaire de Maubeuge qui a nécessité l'intervention d'une équipe régionale d'intervention et de sécurité. Il résulte également de ce compte rendu d'incident que le gardien présent a pu constater que M. B donnait des consignes orales aux autres détenus. Compte-tenu de ces faits, dont la matérialité est établie par le compte rendu d'incident qui est circonstancié, a été rédigé immédiatement après le déroulement des faits et fait foi jusqu'à preuve contraire, et alors que M. B admet à tout le moins avoir participé au mouvement collectif en question, il ne ressort pas des pièces du dossier que la sanction de vingt jours de cellule disciplinaire serait disproportionnée.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours préalable contre la décision par laquelle il a été sanctionné de vingt jours de cellule disciplinaire doivent être rejetées. Par suite, en l'absence d'illégalité constitutive d'une faute, ses conclusions tendant à ce que soit reconnue la responsabilité pour faute de l'Etat et que celui-ci soit condamné à lui verser une somme de 1 400 euros doivent également être rejetées.
14. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme demandée sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et les conclusions présentées à cette fin par
M. B doivent ainsi être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Homehr.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
Mme Sako, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026