lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301092 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 avril et 26 août 2023, Mme B A demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites des 3 février et 6 avril 2023 par lesquelles le préfet de l'Aisne a refusé de faire droit à sa demande de communication de divers documents administratifs relatifs à l'inventaire des postes fixes pour la chasse de nuit du gibier situés dans le département de l'Aisne ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui communiquer les documents administratifs sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées ne sont ni écrites ni motivées, en méconnaissance de l'article
L. 311-14 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le refus de communication des documents sollicités méconnait les dispositions des articles L. 300-2 et L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le refus de communication des documents sollicités méconnait les dispositions des articles L. 124-2 et L. 124-3 du code de l'environnement ;
- le refus de communication des documents sollicités méconnait l'article 4 de la convention d'Aarhus signée le 25 juin 1998.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il produit certaines informations demandées et soutient pour le surplus que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné,
- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier électronique du 3 janvier 2023, Mme A a demandé au directeur départemental des territoires de l'Aisne la communication de l'inventaire exhaustif des postes fixes mentionnés à l'article L. 424-5 du code de l'environnement situés dans le département de l'Aisne, comportant pour chacun la date de dépôt en préfecture du dossier de déclaration, le numéro de poste fixe attribué avec la date de signature du récépissé mentionné au IV de l'article R. 424-17 du code de l'environnement ainsi que la désignation cadastrale du fonds où le poste fixe est situé ou sa localisation sur le domaine public. En l'absence de réponse à sa demande, Mme A a saisi la commission d'accès aux documents administratifs le 6 février 2023 laquelle a émis, le 2 mars 2023, un avis favorable à la communication des documents et informations sollicités, s'ils existent ou peuvent être obtenus par un traitement automatisé d'usage courant. En l'absence de communication des documents par le préfet de l'Aisne, une nouvelle décision implicite est née le 6 avril 2023, deux mois après la saisine de la commission. Mme A demande l'annulation des décisions implicites des 3 février et 6 avril 2023 par lesquelles le préfet de l'Aisne a refusé de faire droit à sa demande de communication des documents et informations sollicités.
Sur l'étendue du litige :
En ce qui concerne la communication du nombre de huttes par commune au sein du département de l'Aisne :
2. Au regard des documents qu'elle a sollicités auprès de la direction départementale des territoires de l'Aisne, Mme A a implicitement mais nécessairement sollicité la communication du nombre de huttes par commune au sein du département de l'Aisne. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Aisne a versé au débat, ainsi que par courrier adressé la requérante, une liste comportant le nombre de huttes par commune au sein du département. Par suite, dans cette seule mesure, il n'y a plus lieu de statuer sur cette demande.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article R. 311-12 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé par l'administration, saisie d'une demande de communication de documents en application de l'article L. 311-1, vaut décision de refus ". Aux termes de l'article R. 311-13 du même code : " Le délai au terme duquel intervient la décision mentionnée à l'article R. 311-12 est d'un mois à compter de la réception de la demande par l'administration compétente ". En outre, aux termes de l'article L. 342-1 du même code : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif () / La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ". Aux termes de l'article R. 343-3 du code des relations entre le public et l'administration : " La commission notifie son avis à l'intéressé et à l'administration mise en cause, dans un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de la demande au secrétariat. Cette administration informe la commission, dans le délai d'un mois qui suit la réception de cet avis, de la suite qu'elle entend donner à la demande ". Aux termes de l'article R. 343-4 de ce code : " Le silence gardé pendant le délai prévu à l'article R. 343-5 par l'administration mise en cause vaut décision de refus ". L'article R. 343-5 du même code indique que " Le délai au terme duquel intervient la décision implicite de refus mentionnée à l'article R. 343-4 est de deux mois à compter de l'enregistrement de la demande de l'intéressé par la commission ".
4. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles l'autorité mise en cause rejette, implicitement ou expressément, au vu de l'avis rendu par la commission d'accès aux documents administratifs, des demandes tendant à la communication de documents administratifs, se substituent à celles initialement opposées au demandeur. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées, non contre la décision prise sur l'avis de la commission, mais contre la décision initiale de refus, sont irrecevables.
5. Toutefois, s'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou, le cas échéant, à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant, après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
6. Il ressort des pièces du dossier que le silence gardé pendant plus d'un mois par le directeur départemental des territoires de l'Aisne sur la demande de communication de
Mme A a fait naître le 3 février 2023 une décision implicite initiale de refus de communication des documents sollicités. Cette décision a été confirmée par une décision implicite de rejet du 6 avril 2023, née du silence gardé pendant plus de deux mois après la saisine, le 6 février 2023, de la commission d'accès aux documents administratifs. Par suite, il y a lieu de regarder les conclusions de Mme A comme tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande qui s'est substituée à la décision initiale de rejet.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du 6 avril 2023 :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-14 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision de refus d'accès aux documents administratifs est notifiée au demandeur sous la forme d'une décision écrite motivée comportant l'indication des voies et délais de recours ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
8. La décision implicite née du silence gardé par le préfet de l'Aisne, qui doit être motivée conformément aux dispositions de l'article L. 311-14 du code des relations entre le public et l'administration, n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas motivée. Mme A n'établissant pas avoir sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande d'accès aux documents administratifs, le moyen tiré du défaut de motivation de ladite décision ne peut qu'être écarté.
9. En deuxième lieu, Mme A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 4 de la convention d'Aarhus dès lors que ces stipulations, qui créent seulement des obligations entre les Etat parties à la convention, ne produisent pas d'effet direct dans l'ordre juridique interne.
10. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'environnement : " Le droit de toute personne d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues, reçues ou établies par les autorités publiques mentionnées à l'article L. 124-3 ou pour leur compte s'exerce dans les conditions définies par les dispositions du titre Ier du livre III du code des relations entre le public et l'administration, sous réserve des dispositions du présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 124-2 du code de l'environnement : " Est considérée comme information relative à l'environnement au sens du présent chapitre toute information disponible, quel qu'en soit le support, concernant : / 1° L'état des éléments de l'environnement, notamment l'air, l'atmosphère, l'eau, le sol, les terres, les paysages, les sites naturels, les zones côtières ou marines et la diversité biologique, ainsi que les interactions entre ces éléments ; / 2° Les décisions, les activités et les facteurs, notamment les substances, l'énergie, le bruit, les rayonnements, les déchets, les émissions, les déversements et autres rejets, susceptibles d'avoir des incidences sur l'état des éléments visés au 1°, ainsi que les décisions et les activités destinées à protéger ces éléments ; / 3° L'état de la santé humaine, la sécurité et les conditions de vie des personnes, les constructions et le patrimoine culturel, dans la mesure où ils sont ou peuvent être altérés par des éléments de l'environnement, des décisions, des activités ou des facteurs mentionnés ci-dessus ; () ". Aux termes de l'article L. 124-3 du même code : " Toute personne qui en fait la demande reçoit communication des informations relatives à l'environnement détenues par : / 1° L'Etat () ". Enfin, aux termes du I de l'article L. 124-4 du même code : " Après avoir apprécié l'intérêt d'une communication, l'autorité publique peut rejeter la demande d'une information relative à l'environnement dont la consultation ou la communication porte atteinte : / 1° Aux intérêts mentionnés aux articles L. 311-5 à L. 311-8 du code des relations entre le public et l'administration, à l'exception de ceux visés au e et au h du 2° de l'article L. 311-5 ; / () ".
11. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 311-5 du même code : " Ne sont pas communicables : / () / 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : / () / d) A la sûreté de l'Etat, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes () / g) A la recherche et à la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature ; / () ". Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée () ".
12. Il résulte des dispositions précitées, ainsi d'ailleurs que l'a reconnu la commission d'accès aux documents administratifs dans son avis du 2 mars 2023, que les documents sollicités par la requérante comportent des informations relatives à l'environnement au sens de l'article
L. 124-2 du code de l'environnement, qui sont communicables en application des articles L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration et L. 124-1 du code de l'environnement, si ces documents et informations sont en possession de l'administration. Si le préfet de l'Aisne a communiqué à l'intéressée en cours d'instance une liste comportant le nombre de huttes par commune située dans le département de l'Aisne, il fait cependant valoir qu'en l'espèce, eu égard au contenu des informations et à la finalité poursuivie par Mme A, la communication de l'ensemble des autres documents et informations qu'elle sollicite comporterait des risques non négligeables d'atteinte à la sécurité des propriétés privées et, par extension, d'atteinte à la sécurité des personnes qui les utilisent, ainsi que d'atteinte au respect de leur vie privée. Eu égard à ces motifs, au demeurant non contestés utilement par Mme A, le préfet de l'Aisne, en refusant de communiquer à l'intéressée les documents et informations sollicités en se fondant sur les dispositions précitées des articles L. 311-5 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, ne peut être regardé en l'espèce comme ayant méconnu les dispositions combinées des articles L. 311-1 du code précité et L. 124-3 du code de l'environnement. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions doivent ainsi être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 6 avril 2023 par laquelle le préfet de l'Aisne a refusé de lui communiquer les documents et informations sollicités. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la communication du nombre de huttes par commune au sein du département de l'Aisne.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Aisne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. WaveletLa greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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