jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301160 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SAGLAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 avril et 15 mai 2023, M. B A, représenté par Me Saglam, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans';
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de résident, ou subsidiairement une carte de résident portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard';
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public';
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par suite de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour';
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il justifie résider régulièrement en France depuis qu'il est âgé de six ans ;
- elle méconnaît par une erreur manifeste d'appréciation les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales';
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par suite de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît par une erreur manifeste d'appréciation les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 31 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales';
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile';
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- et les observations de Me Saglam pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, né le 19 mars 1991, a sollicité la délivrance d'une carte de résident. Par un arrêté du 8 mars 2023 dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer la carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
3. Il ressort des pièces de la procédure que pour caractériser la menace pour l'ordre public représentée par la présence de M. A sur le territoire français et ainsi refuser la carte de résident sollicité, la préfète de l'Oise s'est fondée sur le bulletin no 2 du casier judiciaire de l'intéressé délivré le 1er mars 2021 faisant état de condamnations le 28 janvier 2010, à une peine de 300 euros d'amende et à une suspension de permis de conduire pendant trois mois pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 13 avril 2010, à une peine de 300 euros d'amende et à une suspension de permis de conduire pendant trois mois pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 9 juin 2010, à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits de tentative de vol aggravé, le 27 septembre 2010, à une peine de 800 euros d'amende pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, le 7 octobre 2010, à une peine de 200 euros d'amende pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 2 mai 2011, à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, le 15 novembre 2013, à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits de violences en réunion sans incapacité. La préfète de l'Oise s'était également appuyée sur la mise en cause de l'intéressé dans une affaire de stupéfiants, une autre de violences conjugales et de récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants outre une condamnation du 2 septembre 2022 à une peine de six mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire et récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants et sous l'empire d'un état alcoolique. M. A conteste représenter une menace pour l'ordre public en indiquant que le bulletin no 2 de son casier judiciaire, produit à l'instance, ne comporte qu'une mention, une condamnation du 2 septembre 2022 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire et de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants et sous l'empire d'un état alcoolique.
4. Si la plupart des infractions commises par M. A ont effectivement été effacées de son bulletin no 2 de son casier judiciaire, la réalité des faits à l'origine de celles-ci ne peut sérieusement être contestée et la préfète de l'Oise, par la caractérisation de la persistance de l'intéressé à multiplier les infractions, doit être regardée comme ayant justifié de la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. A sur le territoire français.
5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "'1o Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance'; 2o Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui'".
6. En l'espèce, à supposer que M. A réside sur le territoire français depuis qu'il est âgé de six ans, en considération de la menace que constitue sa présence sur le territoire français à l'ordre public, du fait qu'il ne justifie pas d'attaches particulières en France, étant célibataire sans enfant, la préfète de l'Oise, en refusant de délivrer à M. A une carte de résident, ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de carte de résident ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 1997, qu'il a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur du 24 novembre 2004 au 23 novembre 2009, puis d'une carte de séjour " vie privée et familiale - entrée avant l'âge de 13 ans " délivrée le 3 novembre 2008 et une dernière carte de séjour valable du 2 septembre 2021 au 1er septembre 2022. Ces éléments démontrent la résidence habituelle en France de M. A depuis qu'il a atteint l'âge au plus l'âge de treize ans. Il s'ensuit que la préfète de l'Oise ne pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prendre à l'encontre de l'intéressé une décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination et prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
12. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la préfète de l'Oise de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 er : L'arrêté du 8 mars 2023 de la préfète de l'Oise est annulé en tant qu'il a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel M. A pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la situation de
M. A dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 15 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2301160
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026