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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301167

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301167

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301167
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSAGLAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 avril et 5 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Saglam, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de résident, révélée par la délivrance le 5 avril 2023 d'un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de résident dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît par une erreur manifeste d'appréciation les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît par une erreur manifeste d'appréciation les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Menet, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 6 octobre 1975, a sollicité la délivrance d'une carte de résident sur le fondement des articles L. 423-6 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un titre de séjour temporaire valable jusqu'au 1er janvier 2024 lui a été délivré. M. A demande au tribunal l'annulation de la décision implicite lui refusant la carte de résident sollicitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-10 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ".

3. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A déclare être entré en France en 1980, qu'il justifie bénéficier de titres de séjour depuis le 25 avril 2017 et être marié depuis le 8 septembre 2001 à une ressortissante française, et que le couple a une enfant de nationalité française née le 8 novembre 2003. M. A est salarié de la société qu'il gère suivant un contrat de travail du 8 avril 2021 pour exercer des fonctions de responsable commercial au salaire mensuel moyen de 1 497,94 euros.

5. Pour refuser à M. A, la délivrance de la carte de résident sollicitée sur le fondement des dispositions des articles L. 423-6 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Oise a retenu que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public dès lors qu'il avait été condamné à sept reprises entre 1995 et 2014 à des peines d'emprisonnement de 2 à 15 mois, pour des faits de port prohibé d'arme de catégorie 6, d'acquisition, cession, offre et détention non autorisées de stupéfiants, de vol aggravé, de dégradation grave du bien d'autrui, de violences aggravées, de prise du nom d'un tiers, d'exercice illégal de la profession d'exploitant de taxi et de conduite sans permis.

6. Au regard de l'ancienneté et de la nature des faits pour lesquels M. A a été condamné, les derniers datant du 5 septembre 2014, la préfète de l'Oise a, en considérant que la présence du requérant sur le territoire français est de nature à constituer une menace à l'ordre public, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. M. A est ainsi fondé, pour ce motif, à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la demande de certificat de résidence de M. A dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 er : La décision par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de délivrer à M. A un certificat de résidence est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, de réexaminer la situation de M. A.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Demurger, présidente,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 28 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

La présidente,

Signé

F. Demurger La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2301167

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