jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301238 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SORRIAUX JONATHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2023, M. A C, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet du Nord a décidé de le transférer aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 32 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors que, contrairement au motif retenu par le préfet du Nord, il a retourné le formulaire de prise en charge médicale ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage du pouvoir discrétionnaire prévu à l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors que l'absence de traitement médical des pathologies l'affectant constitue un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Le préfet du Nord a produit des pièces enregistrées le 19 avril 2023.
M. C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 3 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Lapaquette, premier conseiller, pour statuer notamment en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert, assorties ou non d'une décision de placement en rétention ou d'assignation à résidence.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 4 mai 2023 le rapport de M. B.
L'instruction a été close après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est un ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 10 janvier 1971. Il a présenté une demande d'asile le 13 mars 2023. Par arrêté du 7 avril 2023 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Nord a décidé de son transfert aux autorités croates pour l'examen de sa demande d'asile.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () "
3. Il résulte de l'instruction que M. C a sollicité l'aide juridictionnelle. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". Dans son arrêt C-578/16 PPU du 16 février 2017, la Cour de justice de l'Union européenne a interprété le paragraphe 1 de cet article à la lumière de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, aux termes duquel " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " dans le sens que, lorsque le transfert d'un demandeur d'asile présentant une affection mentale ou physique particulièrement grave entraînerait le risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé, ce transfert constituerait un traitement inhumain et dégradant, au sens de cet article. La cour en a déduit que les autorités de l'Etat membre concerné, y compris ses juridictions, doivent vérifier auprès de l'Etat membre responsable que les soins indispensables seront disponibles à l'arrivée et que le transfert n'entraînera pas, par lui-même, de risque réel d'une aggravation significative et irrémédiable de son état de santé, précisant que, le cas échéant, s'il s'apercevait que l'état de santé du demandeur d'asile concerné ne devait pas s'améliorer à court terme, ou que la suspension pendant une longue durée de la procédure risquait d'aggraver l'état de l'intéressé, l'Etat membre requérant pourrait choisir d'examiner lui-même la demande de celui-ci en faisant usage de la " clause discrétionnaire " prévue à l'article 17, paragraphe 1, du règlement Dublin III.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C souffre de plusieurs affections nécessitant une prise en charge médicale et qu'il a mentionné cette circonstance lors de l'entretien individuel dont il a bénéficié le 13 mars 2023 en application de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013. Un formulaire de prise en charge médicale lui a alors été remis pour qu'il le fasse remplir par son médecin. Le préfet du Nord a indiqué, dans les motifs de l'arrêté en litige, que M. C n'avait pas remis ce formulaire à l'administration ni n'avait apporté aucunes informations relatives à son état de santé ou fait valoir des problèmes de santé lors de la notification de l'arrêté attaqué. M. C soutient toutefois avoir remis ce formulaire à l'administration en temps utile, et produit à cet effet le formulaire précité dûment renseigné par son médecin traitant le 20 mars 2023 précisant les affections dont est atteint l'intéressé ainsi que la prise en charge médicale requise. Il ressort des pièces du dossier que ce formulaire a été envoyé le 21 mars 2023 à la direction territoriale de l'OFII à Lille et reçu par celle-ci le 24 mars 2023. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de ce motif erroné de l'arrêté en litige, que le préfet du Nord n'a pas recherché si l'état de santé de M. C pouvait justifier qu'il fasse usage de la " clause discrétionnaire " prévue par l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 et n'a donc, par suite, pas procédé à un examen complet de la situation de l'intéressé avant d'ordonner son transfert aux autorités croates. Il en résulte que M. C est fondé à soutenir que la décision de transfert dont il fait l'objet est entachée d'une erreur de droit.
6. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander à l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord du 7 avril 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, eu égard au motif d'annulation retenu, que le préfet du Nord délivre à M. C une attestation de demande d'asile. En revanche, il implique nécessairement que le préfet procède au réexamen de la situation de l'intéressé. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet du Nord a décidé de transférer M. C aux autorités croates pour l'examen de sa demande d'asile est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. C dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet du Nord et à Me Sorriaux.
Lu en audience publique le 4 mai 2023,
Le magistrat désigné,
Signé
A. B La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026