jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301273 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023, M. C A, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- en lui opposant les circonstances qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français et qu'il a d'ores et déjà bénéficié d'une protection durant sa minorité, la préfète a ajouté à la loi dès lors que de telles conditions ne sont pas prévues par les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète lui a refusé, à tort, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions légales pour l'obtenir ; à cet égard, l'arrêté est entaché d'erreur de fait s'agissant de la personne désignée comme étant son employeur ;
- sa démarche ne vise pas à contourner les conditions d'admission au séjour ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;
- en tout état de cause, il y a lieu de substituer le motif tiré de l'absence de production de bulletins scolaires ne permettant pas d'apprécier le caractère sérieux et réel de la formation suivie à celui tiré de ce que le contrat d'apprentissage conclu par le requérant ne respecte pas les dispositions du code du travail dès lors que son maître d'apprentissage, défavorablement connu des forces de police, présente un risque sérieux d'atteinte à l'intégrité morale de M. A.
Par une ordonnance du 20 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2023 à 12h00.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 3 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,
- et les observations de Me Pereira, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant égyptien né le 10 janvier 2005, déclare être entré en France le 1er août 2021, démuni de tout visa régulièrement délivré. Par un arrêté du 29 mars 2023, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. Il est constant que M. A, qui déclare être entré sur le territoire français le 1er août 2021, a été confié à l'aide sociale à l'enfance après l'âge de seize ans pour la période du 16 décembre 2021 au 10 janvier 2023 et justifie d'une inscription en première année de certificat d'aptitude professionnelle mention " boucher ", dans le cadre duquel il a conclu un contrat d'apprentissage valable du 1er août 2022 au 31 août 2025.
5. D'une part, pour refuser un titre de séjour à M. A, la préfète de l'Oise a estimé d'une part que ce dernier ne justifie pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation dès lors que son contrat d'apprentissage ne respecte pas les dispositions du code du travail, d'autre part qu'il conserve des liens avec ses proches restés en Égypte et, enfin, que l'avis de sa structure d'accueil comportait des réserves quant à son insertion. Toutefois, la circonstance avancée par l'autorité préfectorale selon laquelle le maître d'apprentissage de M. A, défavorablement connu des services de police, présente un " risque sérieux d'atteinte à l'intégrité morale " de ce dernier au sens des dispositions du code du travail, ne saurait emporter pour conséquence, par elle-même et quand bien même l'inspection du travail est saisie d'une demande de suspension du contrat d'apprentissage, d'ôter tout caractère réel et sérieux à la formation suivie par l'intéressé.
6. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Pour établir que l'arrêté en cause était légal, la préfète de l'Oise invoque, dans son mémoire en défense communiqué aux parties, un autre motif, tiré de ce que ce qu'elle n'a pas été mise en mesure d'apprécier le caractère sérieux et réel de la formation suivie par M. A, faute pour ce dernier d'avoir produit ses bulletins scolaires à l'appui de sa demande de titre de séjour. A cet égard, le requérant ne conteste pas ne pas avoir fourni aux services de la préfecture les justificatifs, tels que des relevés de notes ou une attestation d'assiduité, témoignant du suivi réel et sérieux de sa formation et n'établit, ni même n'allègue avoir apporté de telles pièces justificatives en réponse à une demande en ce sens des services instructeurs. Si M. A soutient qu'il donne " entière satisfaction à son employeur ", il ne produit pas davantage, dans la présente instance, de documents scolaires permettant au présent tribunal de porter une appréciation sur la réalité et le sérieux de la formation qu'il poursuit. Il y a lieu, par suite, de substituer ce motif de fait à celui sur lequel la préfète de l'Oise s'est initialement fondée pour estimer que M. A ne justifie pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation
8. Par ailleurs, en se bornant à indiquer qu'il a rompu tous liens avec ses proches en Egypte, le requérant ne contredit pas utilement la préfète de l'Oise laquelle démontre, par les captures d'écran qu'elle produit, qu'il conserve des contacts via les réseaux sociaux avec plusieurs membres de sa famille restés dans son pays d'origine.
9. Eu égard à l'ensemble des éléments exposés aux cinq points précédents et nonobstant l'avis favorable de la structure d'accueil de M. A, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, les circonstances qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français et qu'il a déjà bénéficié d'une protection durant sa minorité ne sont pas au nombre des motifs sur lesquels la préfète de l'Oise s'est fondée pour prendre la décision de refus de séjour attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
11. Par suite, compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 4 à 10, l'autorité préfectorale a pu légalement refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. A, indépendamment du motif tiré de ce que la démarche de l'intéressé doit être regardée comme un détournement des conditions d'admission au séjour, mentionné à titre surabondant.
12. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
13. Si M. A, célibataire et sans charge de famille, se prévaut de son insertion sociale et professionnelle en France, il ne fait état d'aucuns liens tissés depuis son arrivée sur le territoire français, soit plus de deux ans et demi à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, le requérant, ainsi qu'il vient d'être dit au point 8, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans et n'établit pas, pas plus qu'il n'allègue qu'il existerait un obstacle à la poursuite de sa formation en Egypte. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point précédent.
14. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, pour les mêmes motifs que ceux précédemment évoqués, que la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporte l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de M. A.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Beaucourt, conseillère,
- M. B, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
P. BEAUCOURTLe président,
signé
C. BINAND
Le greffier,
signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026