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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301278

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301278

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantINUNGU LAURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 avril 2023, enregistrée le 19 avril 2023 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal la requête présentée par Mme A C.

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2023 au greffe du tribunal administratif de Lille, Mme A C, représentée par Me Inungu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le préfet du Nord a décidé de la transférer aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard " après expiration du délai de recours " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son avocat,

Me Inungu, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé dès lors qu'il se fonde sur des motifs étrangers à sa situation personnelle ;

- cet arrêté a été pris en méconnaissance de l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors que son oncle, de nationalité française et auquel la qualité de réfugié a été antérieurement reconnue, réside en France ;

- cet arrêté a été pris en méconnaissance de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage du pouvoir discrétionnaire prévu à l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant

- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet du Nord a produit des pièces enregistrées le 18 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lapaquette, premier conseiller, pour statuer notamment en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert, assorties ou non d'une décision de placement en rétention ou d'assignation à résidence.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 4 mai 2023 :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Inungu, avocat de Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait en outre valoir que les autorités de la République démocratique du Congo ont tué son époux ainsi que d'autres membres de sa famille et que l'Allemagne n'a été qu'un pays de transit.

L'instruction a été close après que Me Inungu a présenté ses observations orales.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est une ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 4 juillet 1987. Elle a présenté une demande d'asile le 6 mars 2023. Par arrêté du 3 avril 2023 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet du Nord a décidé de son transfert aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que sur les dépens :

2. En premier lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

3. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013, notamment ses articles 3 et 12.4, dont le préfet du Nord a fait application pour décider le transfert de Mme C aux autorités allemandes, comporte la mention des considérations de droit qui en constituent le fondement. Cet arrêté précise également les raisons pour lesquelles le préfet du Nord a estimé que l'Allemagne devait être regardée comme l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile de Mme C. Si la requérante soutient en outre que le préfet du Nord a motivé sa décision par un ensemble de considérations étrangères à sa situation personnelle, il ressort, au contraire, de la décision attaquée que le préfet s'est seulement borné à vérifier qu'aucun élément de la situation personnelle de l'intéressée ne faisait obstacle, au regard des dispositions pertinentes du règlement (UE) n° 604/2013, à son transfert vers l'Allemagne. Ainsi, cet arrêté répond à l'exigence de motivation posée par l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. ". Au sens du règlement (UE) n° 604/2013 et selon son article 2 "Définitions" paragraphe g), les "membres de la famille" ne comprennent pas les oncles et tantes des demandeurs de protection internationale quand ils sont eux-mêmes majeurs. Dès lors, Mme C ne peut invoquer la présence en France de la personne qu'elle présente comme son oncle, né en 1949, de nationalité française et auquel la qualité de réfugié aurait été antérieurement reconnue, pour se prévaloir de l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 16 du règlement UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. / 2. Lorsque l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère visé au paragraphe 1 réside légalement dans un État membre autre que celui où se trouve le demandeur, l'État membre responsable est celui dans lequel l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère réside légalement, à moins que l'état de santé du demandeur ne l'empêche pendant un temps assez long de se rendre dans cet État membre. Dans un tel cas, l'État membre responsable est celui dans lequel le demandeur se trouve. Cet État membre n'est pas soumis à l'obligation de faire venir l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère sur son territoire. () ".

6. Mme C ne peut utilement se prévaloir de la présence d'un oncle en France à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

8. Si Mme C soutient souffrir de troubles psychologiques consécutifs aux mauvais traitements subis dans son pays d'origine et nécessitant une prise en charge médicale, elle n'établit toutefois pas, par la production d'un compte-rendu médical du 13 avril 2023 établi par un praticien exerçant au Bostawana, qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un suivi médical adapté sur le territoire allemand ni que la pathologie l'affectant ferait obstacle à son transfert vers ce dernier. Si elle se prévaut la présence en France d'une personne qu'elle présente comme son oncle, elle ne justifie cependant pas de l'existence du lien de parenté allégué alors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment du résumé de l'entretien individuel du 6 mars 2023 signé par l'intéressée, qu'elle a déclaré ne disposer d'aucunes attaches familiales en France. Si Mme C soutient que ses enfants, âgés de 5 et 7 ans, sont scolarisés en France, il ressort toutefois des pièces du dossier que la scolarisation de ceux-ci est très récente à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en refusant de faire application à Mme C de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, n'a pas entaché sa décision de transfert d'une erreur manifeste d'appréciation. La requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. En dernier lieu, compte tenu du jeune âge des enfants de la requérante et de leurs très récente arrivée et scolarisation sur le territoire français, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative et celles présentées au titre des dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Inungu et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 4 mai 2023,

Le magistrat désigné,

Signé

A. B La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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