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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301311

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301311

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMALIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2023, M. B C, représenté par Me Malik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel la préfète de A a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Pakistan comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de A de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 ou L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de A de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023, la préfète de A conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 3 mai 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les observations de Me Malik, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant pakistanais né le 19 septembre 2003, est entré en France le 2 janvier 2020 selon ses déclarations. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République du tribunal judiciaire de Pontoise en date du 14 février 2020 et placé sous tutelle d'Etat par une ordonnance d'ouverture du juge des tutelles des mineurs du 22 mai 2020. M. C a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 mars 2023, dont M. C demande l'annulation, la préfète de A a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Pakistan comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 421-3, L. 435-3 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il comporte également les considérations de fait sur lesquelles il se fonde, notamment les éléments pertinents relatifs aux conditions du séjour de M. C en France, ainsi que ceux relatifs à sa situation familiale et professionnelle. L'arrêté, qui n'est pas tenu d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. Pour refuser de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de A a estimé, à la lecture de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de l'intéressé dans la société française, que le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation " manque en fait " dès lors que les appréciations de ses formateurs sont unanimes quant à ses difficultés persistantes avec la langue française que n'excusent pas son manque d'investissement certain dans la formation et ses nombreuses absences et que l'intéressé n'a jamais produit ses bulletins de salaire et bulletins de notes qui lui ont été demandés les 19 janvier 2022 et 17 octobre 2022. La préfète de A a également estimé que la famille de M. C restée au Pakistan doit être regardée comme étant organisatrice et à l'origine de la venue de l'intéressé en France dès lors qu'il a quitté ses parents et sa sœur vivant au Pakistan par choix afin de réaliser son projet de formation professionnelle en France, et qu'il " n'est pas prouvé qu'il y ait rupture de contact " avec sa famille.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C était inscrit, au titre de l'année scolaire 2020-2021, au lycée professionnel Donation de Rothschild. Ses bulletins de notes, au titre de cette année, font état de ce que l'intéressé cumule de nombreuses absences, notamment des absences injustifiées et que ses résultats scolaires sont en dessous de la moyenne. Il ressort par ailleurs de la note éducative d'une éducatrice de l'association Equalis du 14 juillet 2021 que M. C s'absente de sa formation scolaire de manière répétitive, alors qu'aucun problème médical n'est signalé et qu'il a des difficultés en langue française. M. C fait valoir qu'il a suivi une formation en apprentissage pour l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle dans le domaine de la peinture, qu'il a signé le 20 septembre 2021 un contrat d'apprentissage d'une durée de trois ans et qu'il ressort de la note sociale du dispositif d'accueil des jeunes D A - Verderonne du 12 avril 2023 et de l'attestation de son employeur, qu'il est de bonne volonté, donne satisfaction à son employeur et a justifié ses absences pendant sa formation en raison de son état de santé. Toutefois, le requérant n'établit pas, malgré les demandes de la préfecture en ce sens, et malgré le motif opposé en ce sens dans la décision attaquée, qu'il aurait produit ses bulletins de notes ou évaluations de stage au titre de l'année scolaire 2021-2022, qui lui ont été demandés par la préfecture par courriers des 19 janvier et 17 octobre 2022 en vue de l'instruction de son dossier. Par ailleurs, le requérant qui soutient, sans l'établir, que tous les documents demandés par la préfecture ont été transmis par sa structure d'accueil, ne produit pas davantage lesdites pièces dans la présente instance. L'intéressé ne justifie pas davantage dans le cadre de la présente instance du motif médical des absences relevées par la structure d'accueil. Enfin, il ressort des pièces du dossier, notamment des notes éducatives des 14 juillet 2021 et 12 avril 2023, que l'intéressé possède des attaches au Pakistan, notamment ses parents et sa sœur. Dans ces conditions, alors que la préfète de A a également pris en compte la nature des liens de l'intéressé avec sa famille restée dans son pays d'origine, en estimant que lesdits liens n'étaient pas rompus, ainsi que l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de délivrer à M. C un titre de séjour, elle aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Malik et à la préfète de A.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

signé

L. Bazin

La présidente,

signé

C. GalleLe greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de A en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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