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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301478

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301478

lundi 12 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301478
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2023, M. A B représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions à fin de suspension :

- il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de Mme Galle, vice-présidente,

- les observations de Me Delort, substituant Me Tourbier, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 12 mai 1982, est entré en France le 25 août 2022 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 7 décembre 2022. M. B demande l'annulation de l'arrêté en date du 21 avril 2023 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision d'obligation de quitter le territoire français. Il vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment l'article L. 611-4° ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne que M. B est entré en France le 25 août 2022, qu'il est marié et à deux enfants à charge. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est marié et a deux enfants à charge. S'il soutient que ses enfants sont scolarisés en France, qu'il suit des cours de français, qu'il a tissé de nombreux liens sociaux et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. L'intéressé ne justifie pas non plus d'une intégration ancienne, intense et stable sur le territoire français, où il est entré en août 2022 selon ses déclarations, et ne démontre aucun obstacle sérieux à la poursuite de sa vie privée et familiale dans son pays d'origine. Son épouse, Mme C, fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 21 avril 2023 à la suite du rejet de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

4. Si le requérant fait valoir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, il se borne d'une part à soutenir qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, sans apporter le moindre élément de précision ni de justification de nature à établir la réalité de ces risques, et d'autre part à invoquer sa situation familiale. Pour les motifs exposés au point 3, ce moyen doit donc être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. B soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine il craint pour sa vie et sa sécurité. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à justifier d'un risque pour sa vie et sa sécurité en cas de retour en Géorgie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension de l'arrêté attaqué :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Dans le cas où le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des 4° bis ou 7° de l'article L. 743-2, l'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné statuant sur le recours formé en application de l'article L. 512-1 contre l'obligation de quitter le territoire français de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la cour ".

8. Dans les cas mentionnés au point 7, l'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme, en application de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un recours contre celle-ci peut, en application de l'article L. 743-3 précité, saisir le tribunal administratif de conclusions à fins de suspension de cette mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'Office ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'Office, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'Office.

9. M. B, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA sur le fondement de l'article L. 723-2, I, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel renvoie le 7° de l'article L. 743-2 du même code, au motif que la Géorgie est un pays d'origine sûr, n'invoque aucun élément de nature à faire naître un doute sérieux sur le bien-fondé de cette décision de rejet au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Par suite, ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de et de suspension présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle

La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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