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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301533

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301533

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBODART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 10 mai, 8 juin et 15 décembre 2023, les communes d'Othis, de Mortefontaine, de Montagny-Sainte-Félicité et d'Ermenonville et l'association pour la défense du site d'Ermenonville, représentées par Me Cuny, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel la préfète de l'Oise a fait droit à la demande de la société Biogaz du Valois d'enregistrer son unité de méthanisation de déchets non dangereux ou de matière végétale brute sise sur le territoire de la commune d'Eve ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la demande de la société Biogaz du Valois ne présentait pas avec suffisamment de précision les risques de ruissellement importants dans certains bassins versants comme celui de la Launette, caractérisait de manière trop restrictive les zones humides, ne précisait pas les zones d'exclusion des épandages au sein de certaines parcelles et n'analysait pas les incidences des épandages sur la qualité des eaux souterraines ;

- l'arrêté attaqué a, en conséquence, été pris sur le fondement d'une demande incomplète au regard des dispositions du 4° de l'article R. 512-46-3 et du 6° de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement dès lors que la présentation des incidences notables que le plan d'épandage était susceptible d'avoir sur l'environnement et la santé humaine ainsi que des mesures destinées à les éviter ou à les réduire était insuffisante, de même que la présentation des incidences du projet sur les sites Natura 2000 voisins ;

- l'arrêté attaqué a été pris sur le fondement d'une demande incomplète au regard des dispositions du 9° de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement dès lors qu'elle ne comprenait pas les éléments permettant d'apprécier la compatibilité du projet avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) du bassin Seine-Normandie 2022-2027 tel que résultant de l'arrêté du préfet de la région Ile-de-France du 23 mars 2022, notamment en ce qui concerne la préservation de la qualité de l'eau des captages d'eau potable ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement dès lors que la demande d'enregistrement de l'unité en litige aurait dû être instruite selon les règles de procédure prévues pour les autorisations environnementales et être soumise à une évaluation environnementale, eu égard notamment à l'importance de la surface concernée par le plan d'épandage, à sa localisation au-dessus d'une nappe d'eau alimentant de nombreux points de captage dont certains sensibles à la pollution aux nitrates, à la présence de trois bassins versants dont l'état écologique est déjà dégradé et à la proximité de zones humides et classées notamment Natura 2000 sensibles à la pollution des eaux souterraines ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'annexe I de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, dès lors que les apports supplémentaires en phosphore et en potassium sur certaines parcelles pourraient conduire, sur 27 parcelles du plan d'épandage, à une fertilisation excessive des sols ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'annexe I de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, dès lors que les mesures d'éloignement des cours d'eau des zones d'épandage ne sont pas respectées s'agissant de certains ilots contigus à trois cours d'eau ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'annexe I de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, dès lors que les terrains en fortes pentes n'ont pas été exclus du plan d'épandage ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'annexe I de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, dès lors que les terrains présentant un ruissellement important, notamment au sein du bassin versant de la Launette, n'ont pas été exclus du plan d'épandage ;

- l'arrêté attaqué est incompatible avec le SDAGE du bassin Seine-Normandie 2022-2027, dont les orientations prévoient la réduction des pollutions aux nitrates, à l'azote et au phosphore ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 511-1 et L. 211-1 du code de l'environnement en raison de l'incidence du projet sur les masses d'eau souterraine, les cours d'eau et les milieux naturels.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre, 15 et 29 décembre 2023, la société Biogaz du Valois, représentée par Me Bodart, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérantes une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérantes n'ont pas intérêt à agir au sens de l'article R. 514-3-1 du code de l'environnement ;

- la requête est irrecevable dès lors que le président de l'association pour la défense du site d'Ermenonville n'a pas la capacité d'agir en justice au nom de cette dernière ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les communes requérantes n'ont pas intérêt à agir au sens de l'article R. 514-3-1 du code de l'environnement ;

- la requête est irrecevable dès lors que le président de l'association pour la défense du site d'Ermenonville n'a pas la capacité d'agir en justice au nom de cette dernière ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux du bassin Seine-Normandie 2022-2027 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Cuny, représentant les requérantes, ainsi que celles de Me Guilbeau, substituant Me Bodart et représentant la société Biogaz du Valois.

Les requérantes ont produit une note en délibéré enregistrée le 5 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La société Biogaz du Valois exploite une unité de méthanisation de matières organiques sur le territoire de la commune d'Eve dont le digestat fait l'objet d'un plan d'épandage sur les terres d'exploitation voisines, et qui a été déclarée à la préfecture de l'Oise le 16 octobre 2018. Afin d'augmenter la capacité de traitement de cette unité et de diversifier la nature des déchets pouvant y être traités, cette société a demandé, le 25 juin 2021, l'enregistrement d'une unité de méthanisation de déchets non dangereux ou de matière végétale brute dont la quantité maximale de traitement est inférieure à 100 tonnes par jour au titre de la rubrique 2781-1, b de la nomenclature des installations classées. La préfète de l'Oise a enregistré cette demande par un arrêté du 10 mars 2023. La commune d'Othis, la commune de Mortefontaine, la commune de Montagny-Sainte-Félicité, la commune d'Ermenonville et l'association pour la défense du site d'Ermenonville demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 514-3-1 du code de l'environnement : " Les décisions mentionnées aux articles L. 211-6 et L. 214-10 et au I de l'article L. 514-6 peuvent être déférées à la juridiction administrative : / 1° Par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers que le fonctionnement de l'installation présente pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 () ".

3. En application des dispositions de l'article R. 514-3-1 du code de l'environnement, il appartient au juge administratif d'apprécier si les tiers qui contestent une décision prise au titre de la police des installations classées justifient d'un intérêt suffisamment direct leur donnant qualité pour en demander l'annulation, compte tenu des inconvénients et dangers que présente pour eux l'installation en cause, appréciés notamment en fonction de la situation des intéressés et de la configuration des lieux.

4. Il résulte de l'instruction que les territoires respectifs des communes requérantes comportent des parcelles incluses dans le plan d'épandage des digestats produits par l'unité de méthanisation dont l'enregistrement est en litige. Par ailleurs, au terme de l'article 2 des statuts de l'association pour la défense du site d'Ermenonville, celle-ci a pour objet la sauvegarde de l'environnement sur le territoire de cette commune d'Ermenonville dont le territoire comporte des parcelles incluses dans le plan d'épandage. Dans ces conditions, les requérantes justifient d'un intérêt suffisamment direct leur donnant qualité pour en demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

5. En second lieu, la circonstance que l'un des auteurs d'une requête collective ne justifie pas d'un intérêt lui conférant qualité pour agir ou, s'agissant d'une personne morale, de la qualité pour agir de son représentant, ne fait pas obstacle à ce que les conclusions de cette requête soient jugées recevables.

6. Il résulte de l'instruction que les quatre communes requérantes justifient de la qualité pour agir en justice de leurs maires respectifs. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la capacité du président de l'association pour la défense du site d'Ermenonville pour agir en justice au nom de cette dernière, la préfète de l'Oise et la société Biogaz du Valois ne sont pas fondées à soutenir que la requête est irrecevable.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

En ce qui concerne le dossier de demande d'enregistrement :

7. Il appartient, au juge du plein contentieux des installations classées d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce, sous réserve du respect des règles d'urbanisme qui s'apprécie au regard des circonstances de fait et de droit applicables à la date de l'autorisation. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant le dossier de demande d'enregistrement au titre de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement ne sont susceptibles de vicier la procédure et ainsi d'entacher d'irrégularité l'arrêté d'enregistrement attaqué que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

8. En premier lieu, d'une part, aux termes du I bis de l'article L. 512-7 du code de l'environnement : " L'enregistrement porte également sur les installations, ouvrages, travaux et activités relevant de l'article L. 214-1 projetés par le pétitionnaire que leur connexité rend nécessaires à l'installation classée ou dont la proximité est de nature à en modifier notablement les dangers ou inconvénients. Ils sont regardés comme faisant partie de l'installation et ne sont pas soumis aux dispositions des articles L. 214-3 à L. 214-6 et du chapitre unique du titre VIII du livre Ier ".

9. D'autre part, aux termes de l'article R. 512-46-3 du code de l'environnement : " Dans tous les autres cas, il est remis une demande () qui mentionne : / () 4° Une description des incidences notables qu'il est susceptible d'avoir sur l'environnement, en fournissant les informations demandées à l'annexe II. A de la directive 2011/92/ UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement. () ". Aux termes de l'article R. 512-46-4 du même code : " A la demande d'enregistrement doivent être jointes les pièces suivantes : / () 6° Le cas échéant, l'évaluation des incidences Natura 2000 dans les cas et conditions prévus par les dispositions réglementaires de la sous-section 5 de la section 1 du chapitre IV du titre Ier du livre IV ; / () ".

10. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 414-19 du code de l'environnement : " I. - La liste nationale des documents de planification, programmes ou projets ainsi que des manifestations et interventions qui doivent faire l'objet d'une évaluation des incidences sur un ou plusieurs sites Natura 2000 en application du 1° du III de l'article L. 414-4 est la suivante : / () 4° Les installations, ouvrages, travaux et activités soumis à autorisation ou déclaration au titre des articles L. 214-1 à L. 214-11 ; () ". Aux termes de l'article R. 414-21 du même code : " Toute personne souhaitant élaborer un document de planification, réaliser un programme ou un projet, organiser une manifestation ou procéder à une intervention mentionnés à l'article R. 414-19 ou figurant sur une liste locale mentionnée au 2° du III de l'article L. 414-4 accompagne son dossier de présentation du document de planification, sa demande d'autorisation ou d'approbation ou sa déclaration du dossier d'évaluation des incidences Natura 2000 mentionné à l'article R. 414-23. () / Le contenu de ce dossier peut se limiter à la présentation et à l'exposé définis au I de cet article, dès lors que cette première analyse permet de conclure à l'absence d'incidence sur tout site Natura 2000 ". Aux termes du I de l'article R. 414-23 du même code : " Le dossier comprend dans tous les cas : 1° Une présentation simplifiée du document de planification, ou une description du programme, du projet, de la manifestation ou de l'intervention, accompagnée d'une carte permettant de localiser l'espace terrestre ou marin sur lequel il peut avoir des effets et les sites Natura 2000 susceptibles d'être concernés par ces effets ; lorsque des travaux, ouvrages ou aménagements sont à réaliser dans le périmètre d'un site Natura 2000, un plan de situation détaillé est fourni ; / 2° Un exposé sommaire des raisons pour lesquelles le document de planification, le programme, le projet, la manifestation ou l'intervention est ou non susceptible d'avoir une incidence sur un ou plusieurs sites Natura 2000 ; dans l'affirmative, cet exposé précise la liste des sites Natura 2000 susceptibles d'être affectés, compte tenu de la nature et de l'importance du document de planification, ou du programme, projet, manifestation ou intervention, de sa localisation dans un site Natura 2000 ou de la distance qui le sépare du ou des sites Natura 2000, de la topographie, de l'hydrographie, du fonctionnement des écosystèmes, des caractéristiques du ou des sites Natura 2000 et de leurs objectifs de conservation ".

11. Aux termes de l'arrêté attaqué, l'installation enregistrée comporte des installations annexes soumises à déclaration au titre du 2° de la rubrique 2.1.5.0 de la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités soumises à autorisation ou déclaration en application des articles L. 214-1 à L. 214-6 du code de l'environnement, si bien que la demande de la société Biogaz du Valois devait comporter une évaluation des incidences du projet sur les sites Natura 2000 en application des dispositions précitées aux points 8 et 9 du présent jugement. L'étude d'épandage jointe à la demande présente les sites Natura 2000 susceptibles d'être affectés par le projet et fournit une carte permettant de les localiser. Si un paragraphe de cette étude comporte une erreur matérielle en ce qu'elle note que " le parcellaire est éloigné de la zone Natura 2000 " " FR2212005 Forêts picardes : massif des trois forêts et bois du roi ", son tableau récapitulatif ainsi que les cartes du plan d'épandage précisent bien que certaines parcelles ayant vocation à recevoir du digestat sont mitoyennes de cette zone Natura 2000 mais que " la surface incluse dans la zone est exclue du plan d'épandage ". Par ailleurs, l'étude comporte les éléments de nature à établir que le plan d'épandage n'aura pas pour effet d'augmenter la pollution et les apports en azote et en potassium dans les cours et les nappes d'eau au regard des pratiques en cours sur les parcelles agricoles concernées, qui constituent les seules incidences notables du plan d'épandage sur ces zones Natura 2000. Dans ces conditions, et alors qu'au demeurant les incidences du plan d'épandage sur ces zones Natura 2000 ont fait l'objet de précisions du demandeur dans le cadre de ses réponses aux observations du public, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'insuffisance de l'étude des incidences Natura 2000 du plan d'épandage a eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 512-46-3 du code de l'environnement : " Dans tous les autres cas, il est remis une demande () qui mentionne : () 4° Une description des incidences notables que le projet, y compris les éventuels travaux de démolition, est susceptible d'avoir sur l'environnement et la santé humaine ainsi que, le cas échéant, les mesures et caractéristiques du projet destinées à éviter ou réduire ses probables effets négatifs notables sur l'environnement ou la santé humaine. () ". Aux termes de l'annexe I de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " un plan d'épandage est joint au dossier d'enregistrement, constitué des pièces suivantes détaillées ci-après : ' une étude préalable d'épandage (cf. au point c) ; / ' une carte au 1/25000 des parcelles concernées ; / ' la liste des prêteurs de terres ; / ' la liste et les références des parcelles concernées. / L'épandage du digestat respecte alors les dispositions suivantes () : c) Une étude préalable d'épandage précise l'innocuité (dans les conditions d'emploi) et l'intérêt agronomique des digestats au regard des paramètres définis à l'annexe II, l'aptitude du sol à les recevoir, et le plan d'épandage détaillé ci-après. Cette étude justifie la compatibilité de l'épandage avec les contraintes environnementales recensées et avec les documents de planification existants, notamment les plans prévus à l'article L. 541-14 du code de l'environnement et les schémas d'aménagement et de gestion des eaux, prévus aux articles L. 212-1 et 3 du code de l'environnement. / (). / d) Un plan d'épandage est réalisé, constitué : / ' d'une carte à une échelle minimum de 1/25 000 permettant de localiser les surfaces où l'épandage est possible compte tenu des exclusions mentionnées au point f Règles d'épandages. Cette carte fait apparaître les contours et les numéros des unités de surface permettant de les repérer ainsi que les zones exclues à l'épandage ; () ".

13. Il résulte de l'instruction que la demande déposée le 25 juin 2021 par la société Biogaz du Valois comportait notamment une étude d'épandage. Cette dernière traite des risques de pollution occasionnés par le ruissellement des digestats à épandre et expose la méthode employée pour classer les différents terrains en fonction de leur aptitude à recevoir de l'épandage, qui tient compte notamment des pentes des terrains et de leur exposition au ruissellement. La demande de la société Biogaz du Valois comportait également un plan d'épandage accompagné de cartes suffisamment précises permettant de localiser les surfaces d'épandage et le classement des différents terrains concernés. En particulier, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, la carte du plan d'épandage relative à l'îlot 8 de l'EARL de la ferme du château présente le risque de ruissellement induit par sa pente en classant la parcelle en tant que moyennement apte à recevoir de l'épandage. Dans ces conditions, le dossier de demande présente de manière suffisante les risques de pollution occasionnés par le ruissellement des digestats, ainsi que l'illustre au surplus les observations du public sur le sujet durant sa consultation sur cette demande.

14. Par ailleurs, l'étude d'épandage présente l'impact de l'hydromorphie des sols sur leur capacité à recevoir de l'épandage sans que ce dernier n'occasionne de pollution des cours et nappes d'eau et prend en compte l'hydromorphie des sols dans le classement des terrains présenté dans le plan d'épandage. Certaines zones ont ainsi été écartées de l'épandage au sein de ce plan en raison de leur hydromorphie. S'il résulte de l'instruction que la société Biogaz du Valois n'a pas caractérisé les zones humides en utilisant les critères botaniques et pédologiques définis au 1° de l'article L. 211-1 code de l'environnement et à l'article 1.1.1 de l'arrêté du 24 juin 2008 précisant les critères de définition et de délimitation des zones humides en application des articles L. 214-7-1 et R. 211-108 du code de l'environnement, elle n'était pas tenue de le faire dès lors, d'une part, que les zones concernées sont des zones de culture ne présentant pas de particularités botaniques, d'autre part, que l'étude d'épandage n'avait pas pour objet de définir des zones humides au sens des textes cités et, enfin, qu'il n'est pas établi que les critères ainsi définis soient pertinents pour apprécier l'aptitude à l'épandage des sols de chaque parcelle et la classification des terrains qui en découle.

15. En outre, l'étude et le plan d'épandage présentent la réglementation en matière d'exclusion de l'épandage à proximité des cours d'eau et de point de captage d'eau, notamment les distances règlementaires de 10 ou 35 mètres par rapport aux cours d'eau et de 50 mètres par rapport aux points de prélèvement d'eau fixées au f) de l'annexe I de l'arrêté susvisé du 12 août 2010, et les risques de pollution induits par leur proximité. Dans ces conditions, à supposer que trois des cartes au 1/5000ème du plan d'épandage aient omis de matérialiser certaines zones d'exclusion de l'épandage aux abords de cours d'eau, cette simple circonstance, eu égard à son caractère limité, et alors, au demeurant, que le pétitionnaire conteste que les trois cours d'eau pointés par les requérantes puissent être qualifiés de cours d'eau, n'est pas de nature à caractériser une inexactitude ou une insuffisance du dossier de la demande ayant pu nuire à l'information complète de la population ou de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

16. De plus, l'étude d'épandage détaille le risque de pollution aux nitrates, à l'azote et au phosphore, le bilan agronomique de chaque exploitation partenaire, les méthodes de classification des terrains en fonction de leur capacité à recevoir de l'épandage ainsi que les mesures prises pour limiter les pollutions dues à cet épandage.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement : " A la demande d'enregistrement doivent être jointes les pièces suivantes : () 9° Les éléments permettant au préfet d'apprécier, s'il y a lieu, la compatibilité du projet avec les plans, schémas et programmes mentionnés aux 4°, 5°, 17° à 20°, 23° et 24° du tableau du I de l'article R. 122-17 ainsi qu'avec les mesures fixées par l'arrêté prévu à l'article R. 222-36 ; Aux termes de l'article R. 122-17 du même code : " I. - Les plans et programmes devant faire l'objet d'une évaluation environnementale sont énumérés ci-dessous : / () 4° Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux prévu par les articles L. 212-1 et L. 212-2 du code de l'environnement ; () ".

18. Si l'étude d'épandage n'a pas pu présenter la compatibilité du plan d'épandage avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) du bassin Seine-Normandie 2022-2027 qui n'était pas encore entré en vigueur à la date de rédaction de l'étude, elle comprenait les éléments permettant à la préfète d'apprécier cette compatibilité et notamment les éléments permettant d'apprécier la compatibilité de ce plan avec le précédent SDAGE.

19. Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il a été pris sur le fondement d'un dossier de demande insuffisant ou incomplet.

En ce qui concerne la procédure d'instruction de la demande de la société Biogaz du Valois :

20. Aux termes de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement : " Le préfet peut décider que la demande d'enregistrement sera instruite selon les règles de procédure prévues par le chapitre unique du titre VIII du livre Ier pour les autorisations environnementales : / 1° Si, au regard de la localisation du projet, en prenant en compte les critères mentionnés au point 2 de l'annexe III de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement, la sensibilité environnementale du milieu le justifie ; / 2° Ou si le cumul des incidences du projet avec celles d'autres projets d'installations, ouvrages ou travaux situés dans cette zone le justifie ; / 3° Ou si l'aménagement des prescriptions générales applicables à l'installation, sollicité par l'exploitant, le justifie ; / Dans les cas mentionnés au 1° et au 2°, le projet est soumis à évaluation environnementale. Dans les cas mentionnés au 3° et ne relevant pas du 1° ou du 2°, le projet n'est pas soumis à évaluation environnementale. (). ". Parmi les critères pertinents prévus à l'annexe III de la directive 2011/92/UE figurent la dimension du projet, le risque d'accidents, la sensibilité environnementale de la zone géographique susceptible d'être affectée compte tenu de l'occupation des sols existants et la présence de zones Natura 2000. Les incidences notables d'un projet doivent, selon cette même annexe, être notamment considérées par rapport à l'étendue de l'impact, à sa probabilité et à sa fréquence.

21. Si les installations soumises à enregistrement sont, en principe, dispensées d'une évaluation environnementale préalable à leur enregistrement, le préfet, saisi d'une demande d'enregistrement d'une installation, doit, en application de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement, se livrer à un examen particulier du dossier afin d'apprécier si une évaluation environnementale donnant lieu, en particulier, à une étude d'impact, est nécessaire, notamment au regard de la localisation du projet et de la sensibilité environnementale de la zone d'implantation.

22. La demande présentée par la société Biogaz du Valois est relative à l'augmentation de la capacité de traitement d'une unité de méthanisation existante ainsi qu'à la diversification de la nature des déchets pouvant y être traités. Si cette demande fait passer la capacité de traitement de l'unité de 29 tonnes à 61 tonnes par jour, cette capacité demeure faible au regard du seuil de 100 tonnes fixé pour soumettre ce type d'installation à la procédure d'autorisation environnementale. Par ailleurs, si des massifs forestiers remarquables et deux zones Natura 2000 sont voisins de certaines parcelles d'épandage, le plan d'épandage n'inclut aucune parcelle se situant au sein de ces zones ni au sein de la zone d'action renforcée des programmes d'actions pour la protection des eaux contre les pollutions par les nitrates d'origine agricole. De plus, la seule présence de points de captage d'eau et de cours d'eau ainsi que de masses d'eau souterraines, qui se trouvent dans une zone classée comme vulnérable aux nitrates ne permet pas d'établir que la zone affectée par le plan d'épandage serait affectée d'une sensibilité environnementale particulière alors que les exploitations agricoles partenaires utilisent déjà de l'engrais et, pour certaines d'entre elles, des boues venant de stations d'épuration ou des fumiers venant de leur production présentant un risque plus important de pollution aux nitrates que les digestats qui ont vocation à les remplacer partiellement, sans augmenter l'apport d'azote, de nitrate ou de phosphore ou de potassium ni modifier les éléments topographiques existant telles que les haies et les zone engazonnées. Ainsi que l'ont estimé les deux hydrogéologues consultés au cours de l'instruction de la demande, les apports de tels digestats ne présentent pas, à quantité d'azote efficace identique et à pratique d'épandage similaire, de risque supérieur aux fertilisants classiques déjà employés. De plus, si les eaux du captage de Montagny-Sainte-Félicité sont de qualité médiocre, l'arrêté fixant les prescriptions applicables au sein de son périmètre de protection éloigné n'y interdit pas l'épandage. Enfin, il résulte de l'instruction que le digestat n'a vocation qu'à couvrir environ 40 % des besoins en azote et 29 % des besoins en phosphores des cultures sur la surface totale épandable, réduisant le risque de fertilisation excessive. Dans ces conditions, et sans qu'y fasse obstacle l'importance de la surface de 2 140,60 hectares susceptible de recevoir de l'épandage qui contribue à diminuer le risque de fertilisation excessive, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que la préfète aurait dû mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement.

En ce qui concerne le respect des prescriptions générales relatives à l'épandage :

23. En premier lieu, aux termes de l'annexe I du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " d) Un plan d'épandage est réalisé, constitué : / ' d'une carte à une échelle minimum de 1/25 000 permettant de localiser les surfaces où l'épandage est possible compte tenu des exclusions mentionnées au point f Règles d'épandages. Cette carte fait apparaître les contours et les numéros des unités de surface permettant de les repérer ainsi que les zones exclues à l'épandage ; / () e) Programme prévisionnel d'épandage : Un programme prévisionnel annuel d'épandage est établi, le cas échéant en accord avec les exploitants agricoles prêteurs de terres, au plus tard un mois avant le début des opérations concernées. () f) Règles d'épandage : / Les apports d'azote, de phosphore et de potassium toutes origines confondues, organique et minérale, sur les terres faisant l'objet d'un épandage, tiennent compte de la rotation des cultures, de la nature particulière des terrains et de leur teneur en éléments fertilisants. Pour l'azote, la fertilisation est équilibrée et correspond aux capacités exportatrices de la culture concernée. La fertilisation azotée organique est interdite sur toutes les légumineuses sauf la luzerne et les prairies d'association graminées-légumineuses. () En aucun cas la capacité d'absorption des sols ne doit être dépassée, de telle sorte que ni la stagnation prolongée sur ces sols, ni le ruissellement en dehors du champ d'épandage, ni une percolation rapide vers les nappes souterraines ne puissent se produire () ".

24. Ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction que les exploitations agricoles partenaires utilisent déjà de l'engrais et, pour certaines d'entre elles, des boues venant de stations d'épuration ou des fumiers venant de leur production présentant un risque plus important de pollution aux nitrates que les digestats qui ont vocation à les remplacer partiellement, sans augmenter l'apport d'azote, de nitrate ou de phosphore ou de potassium. Enfin, il résulte de l'instruction que le digestat n'a vocation qu'à couvrir environ 40 % des besoins en azote et 29 % des besoins en phosphores des cultures, rendant minime le risque de fertilisation excessive. Par ailleurs, s'il résulte de l'instruction que 27 des parcelles concernées par le plan d'épandage présentaient au moment de la rédaction de l'étude d'épandage annexée à la demande du 25 juin 2021 des teneurs en phosphore et potassium dépassant les seuils au-dessus desquels la fertilisation n'apporte pas d'augmentation des rendements, ce constat, de nature à exclure les parcelles d'un potentiel programme prévisionnel d'épandage au regard notamment de la culture envisagée durant l'année considérée, ainsi que le note la société Biogaz du Valois, ne peut fonder une exclusion du plan d'épandage qui prévoit d'ailleurs qu'un apport en digestat n'est pas systématiquement effectué tous les ans. Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions citées au point précédent pour ce motif.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'annexe I du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " f) Règles d'épandage : / () L'épandage est effectué par enfouissement direct, par pendillards ou par un dispositif équivalent permettant de limiter les émissions atmosphériques d'ammoniac. Il est interdit : / () ' à moins de 35 mètres des berges des cours d'eau, cette limite étant réduite à 10 mètres si une bande de 10 mètres enherbée ou boisée et ne recevant aucun intrant est implantée de façon permanente en bordure des cours d'eau ; / () ". Aux termes de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement : " Constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année. / L'écoulement peut ne pas être permanent compte tenu des conditions hydrologiques et géologiques locales ".

26. Si le ru de Vaux et le ru Courtois apparaissent comme des cours d'eau au sein du portail internet " Eau France " du service d'administration nationale des données et référentiels sur l'eau (SANDRE) invoqué par les requérantes, il ne résulte pas de l'instruction qu'ils remplissent les critères définis par l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement pour être ainsi qualifiés alors qu'ils ne sont pas répertoriés par les services de la préfecture de l'Oise sur la carte des cours d'eau de l'Oise disponible sur le site internet de cette préfecture, et qu'aucun élément du dossier ne permet d'établir qu'ils présentent un débit suffisant la majeure partie de l'année. Dès lors, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que le plan d'épandage méconnaît les dispositions citées au point précédent en raison de l'absence de matérialisation d'une zone d'exclusion de l'épandage le long des berges de ces deux rus, sur les cartes relatives aux îlots nos 9, 10, 11 et 13 de l'EARL Chartier-Plessis à Plessis-Belleville et aux îlots nos 7 et 8 de l'EARL Ferme du Chapitre. En revanche, il résulte de l'instruction que l'îlot no 4 de la SCEA de Meslin inclus dans le plan d'épandage est adjacent au ru de Longueau, cours d'eau répertorié par les services de la préfecture de l'Oise et remplissant les critères définis au point précédent, sans que la carte du plan relative à cet îlot n'indique de zone d'exclusion de l'épandage le long des berges de ce ru. Dans ces conditions, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que d'autres cartes aient omis de telles zones d'exclusion, les requérantes sont seulement fondées à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions citées au point précédent en tant que son plan d'épandage n'a pas prévu cette zone d'exclusion et à en demander l'annulation dans cette mesure.

27. En troisième lieu, aux termes de l'annexe I du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " f) Règles d'épandage : / () L'épandage est effectué par enfouissement direct, par pendillards ou par un dispositif équivalent permettant de limiter les émissions atmosphériques d'ammoniac. Il est interdit : / () ' sur les terrains présentant une pente supérieure à 7 % dans le cas des digestats liquides, sauf s'il est mis en place des dispositifs prévenant tout risque d'écoulement et de ruissellement vers les cours d'eau ; / () ".

28. Ainsi qu'il a été dit au point 13, l'étude d'épandage a pris en compte le risque de ruissellement dû aux pentes des terrains ayant vocation à recevoir des digestats dans la classification de ces terrains. Par ailleurs, l'étude et le plan d'épandage excluent l'épandage sur les terrains ayant une pente supérieure à 15 % et rappellent la nécessité d'un apport limité de digestat appliqué sur un sol ressuyé et en dehors des périodes présentant un risque de pluie ainsi que celle d'un épandage sur prairies et proche des semis pour les terrains ayant une aptitude moyenne à l'épandage, notamment en raison d'une pente comprise entre 7 et 15 %. Enfin, le plan d'épandage, qui n'avait pas à faire apparaitre les zones de fortes pentes, indique que l'épandage avec des digestats liquides est interdit en l'absence de dispositif interdisant le ruissellement. Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions citées au point précédent.

29. En quatrième lieu, aux termes de l'annexe I du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " f) Règles d'épandage : / () En aucun cas la capacité d'absorption des sols ne doit être dépassée, de telle sorte que ni la stagnation prolongée sur ces sols, ni le ruissellement en dehors du champ d'épandage, ni une percolation rapide vers les nappes souterraines ne puissent se produire. Le volume de digestats liquides épandu doit être adapté à l'état hydrique des sols : il ne doit pas dépasser 50 l/ m ² (500 m ³/ ha) par épandage ni dépasser un total de 150 l/ m ² (1 500 m ³/ ha) et par an, avec un intervalle d'au moins deux semaines entre deux passages successifs. () ".

30. D'une part, ainsi qu'il a été dit, le plan d'épandage prend en compte de manière satisfaisante les pentes des terrains et, sauf ponctuellement en ce qui concerne une zone réduite sur une carte au 1/5000ème, la proximité des cours d'eau et l'étude d'épandage rappelle les mesures à prendre pour éviter le ruissellement excessif. De plus, il est constant qu'à la suite des échanges qu'elle a eu avec la société Biogaz du Valois, la commission locale de l'eau du schéma d'aménagement et de gestion des eaux de la Nonette a modifié l'avis négatif sur le projet du 20 juillet 2022 qu'elle avait émis dans l'attente de réponses du pétitionnaire. La seule circonstance que cette instance ait émis, le 29 novembre 2022, un avis favorable sous réserve de la mise en place d'aménagements de lutte contre le ruissellement et d'un avis favorable d'un hydrogéologue agréé, ne suffit pas à établir que le projet en litige sera susceptible de produire des ruissellements en dehors du champ d'épandage en méconnaissance des dispositions précitées.

31. D'autre part, il résulte de l'instruction que les cartes du plan d'épandage des îlots nos 13 et 15 de la SCEA de la Pomponne prennent en compte les risques de ruissellement affectant ces terrains dès lors qu'ils ont été classés comme ayant une aptitude moyenne à l'épandage et que les zones d'interdiction de l'épandage ont été signalées lorsque les parcelles étaient riveraines de cours d'eau à l'exception de l'omission traitée au point 25. Par ailleurs, l'îlot no 6 de la SCEA Petillon est séparé du ru de Longueau par une zone arborée si bien qu'il ne résulte pas de l'instruction que la carte du plan d'épandage qui en traite avait à prévoir de zone d'exclusion de l'épandage. En outre, l'interdiction d'épandage près du cours d'eau bordant l'îlot no 6 de l'EARL Ferme du Chapitre a été prise en compte et il ne résulte pas de l'instruction que cet îlot soit affecté de pentes particulièrement fortes. De surcroît, il ne résulte pas de l'instruction que l'îlot n°1 de l'EARL des Grimpereux présente de forts phénomènes d'érosion et de ruissellement alors que ses pentes sont modérées et qu'il n'est pas riverain d'un cours d'eau. Enfin, si l'îlot n°3 de cet EARL est riverain d'un massif forestier, il n'est pas établi que cette proximité présente un risque particulier de pollution liée à l'épandage de digestats.

32. Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions précitées de l'annexe I du 12 août 2010 au motif que les terrains présentant un ruissellement important, notamment au sein du bassin versant de la Launette, n'auraient pas été exclus de l'épandage.

En ce qui concerne la compatibilité avec le SDAGE :

33. Aux termes de l'article L. 512-16 du code de l'environnement : " Les installations sont soumises aux dispositions des articles L. 211-1, L. 212-1 à L. 212-11, L. 214-8, L. 216-6, L. 216-13, L. 231-1 et L. 231-2, ainsi qu'aux mesures prises en application des décrets prévus au 1° du II de l'article L. 211-3. / Les prescriptions générales mentionnés aux articles L. 512-5, L. 512-7 et L. 512-10 fixent les règles applicables aux installations ayant un impact sur le milieu aquatique pour la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 211-1, notamment en ce qui concerne leurs rejets et prélèvements ". Aux termes de l'article L. 212-1 du même code : " () XI. - Les programmes et les décisions administratives dans le domaine de l'eau doivent être compatibles ou rendus compatibles avec les dispositions des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux ".

34. En vertu du XI de l'article L. 212-1 du code de l'environnement, les décisions administratives prises dans le domaine de l'eau, dont celles prises au titre de la police de l'eau en application des articles L. 214-1 et suivants du même code, sont soumises à une simple obligation de compatibilité avec le SDAGE et avec le plan d'aménagement et de gestion durable du SAGE. Pour apprécier cette compatibilité, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire pertinent pour apprécier les effets du projet sur la gestion des eaux, si l'autorisation ne contrarie pas les objectifs et les orientations fixés par le schéma, en tenant compte de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation de l'autorisation au regard de chaque orientation ou objectif particulier.

35. D'une part, le SDAGE du bassin Seine-Normandie 2022-2027 publié le 23 mars 2022 retient, au titre de son orientation 2.1, un objectif de préservation de la qualité de l'eau des captages d'eau potable et de restauration de celle des plus dégradés. Le plan et l'étude d'épandage rappellent l'obligation d'éloignement des zones d'épandage par rapport aux points de captage d'eau potable et dressent une liste des captages et îlots concernés. Par ailleurs, le plan d'épandage reprend les prescriptions techniques sur l'épandage avancées par le rapport d'expertise de l'hydrogéologue de la Seine-et-Marne du 27 janvier 2023 et n'accroit pas le risque de pollution aux nitrates de la zone, ainsi qu'il a été dit. En outre, si ce rapport et celui de l'hydrogéologue de l'Oise de novembre 2022 mentionnent qu'en cas de dégradation de la qualité des eaux, une évolution des prescriptions des périmètres de protection sera à considérer, ce suivi est normal concernant la qualité de l'eau de point de captage d'eau destinée à la consommation humaine. De plus, si le rapport de l'hydrogéologue de l'Oise préconise, en raison de la qualité dégradée des eaux issues de ce captage et en vue de " protéger le forage " si la commune souhaite le conserver, une interdiction de l'épandage sur la totalité du périmètre de protection éloignée du captage de Montagny-Sainte-Félicité inclus dans îlot no 4 de la SCEA du Quinconce qui n'a pas été reprise dans l'arrêté attaqué, cet avis note également une nette dégradation du captage depuis 2015 sur le plan quantitatif. En outre, il est constant que la réglementation de ce périmètre ne prévoit actuellement pas une telle interdiction et que le plan d'épandage attaqué a vocation à prendre en compte une modification de cette réglementation si elle devait entrer en vigueur. Enfin, la circonstance que plusieurs îlots de plan d'épandage se situeraient dans des périmètres de protection qui seraient envisagés pour un captage d'eau sur le territoire de la commune d'Eve est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors qu'il est constant que ces périmètres n'ont pas été arrêtés et que la déclaration d'utilité publique de ce captage est en cours d'instruction.

36. D'autre part, le SDAGE du bassin Seine-Normandie 2022-2027 retient, au titre de son orientation 2.3, un objectif de réduction des pollutions diffuses sur l'ensemble du territoire du bassin et, au titre de son orientation 5.1, de réduction des apports de nutriments (azote et phosphore) pour limiter les phénomènes d'eutrophisation littorale et marine. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 22 à 31 que le plan d'épandage en litige n'est pas de nature à augmenter ces pollutions diffuses et apports de nutriments.

37. Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'arrêté attaqué est incompatible avec les dispositions du SDAGE du bassin Seine-Normandie 2022-2027.

En ce qui concerne les intérêts protégés aux articles L. 511-1 et L. 211-1 du code de l'environnement :

38. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " I.-Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer : / 1° La prévention des inondations et la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides ; on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année ; / 2° La protection des eaux et la lutte contre toute pollution par déversements, écoulements, rejets, dépôts directs ou indirects de matières de toute nature et plus généralement par tout fait susceptible de provoquer ou d'accroître la dégradation des eaux en modifiant leurs caractéristiques physiques, chimiques, biologiques ou bactériologiques, qu'il s'agisse des eaux superficielles, souterraines ou des eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales ; / 3° La restauration de la qualité de ces eaux et leur régénération ; () / II.- La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences : / 1° De la vie biologique du milieu récepteur, et spécialement de la faune piscicole et conchylicole ; / 2° De la conservation et du libre écoulement des eaux et de la protection contre les inondations ; / 3° De l'agriculture, des pêches et des cultures marines, de la pêche en eau douce, de l'industrie, de la production d'énergie, en particulier pour assurer la sécurité du système électrique, des transports, du tourisme, de la protection des sites, des loisirs et des sports nautiques ainsi que de toutes autres activités humaines légalement exercées. () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre (), les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, () ".

39. Il résulte de ce qui a été dit aux points 22 à 35 que les requérantes, qui avancent les mêmes arguments que ceux précédemment exposés relatifs à la vulnérabilité de la masse d'eau souterraine, des cours d'eau, et des captages d'eau, à la présence de zones Natura 2000 à proximité, à l'existence de zones humides insuffisamment répertoriées, aux risques de ruissellement et de surfertilisation, et au non-respect des règles d'éloignement des cours d'eau, ne sont pas fondées à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions citées au point précédent.

40. En vertu des pouvoirs qu'il tient de son office de juge de plein contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement, le juge administratif, s'il estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la modification de cet acte est susceptible d'être régularisée, peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation. Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le juge peut préciser, par sa décision avant dire droit, les modalités de cette régularisation, qui implique l'intervention d'une décision corrigeant le vice dont est entachée la décision attaquée. En outre, le juge peut limiter la portée ou les effets de l'annulation qu'il prononce si le ou les vices qu'il retient n'affectent qu'une partie de la décision.

41. Il résulte de tout ce qui précède qu'il convient d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 uniquement en tant qu'il enregistre le plan d'épandage proposé par la société Biogaz du Valois en tant qu'il ne prévoit pas de zone d'exclusion de l'épandage le long des berges du ru de Longueau au sein de l'îlot no 4 de la SCEA de Meslin.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

42. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ". Il résulte de ces dispositions que le paiement des sommes exposées et non comprises dans les dépens ne peut être mis à la charge que de la partie qui perd pour l'essentiel.

43. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, la somme demandée par les requérantes au titre des frais engagés par eux et non compris dans les dépens.

44. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérantes, parties perdantes pour l'essentiel, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Biogaz du Valois et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 mars 2023 est annulé en tant qu'il enregistre le plan d'épandage proposé par la société Biogaz du Valois en tant qu'il ne prévoit pas de zone d'exclusion de l'épandage le long des berges du ru de Longueau au sein de l'îlot no 4 de la SCEA de Meslin.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les requérantes verseront à la société Biogaz du Valois la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Othis, première requérante dénommée, pour l'ensemble des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la société Biogaz du Valois et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

La présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2301533

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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