jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301559 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 mai 2023, Mme C B, épouse A, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Arménie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Elle soutient que :
- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est prononcé sur un fondement différent de celui sur lequel était formulée la demande de titre de séjour ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle justifie de plus de cinq années de présence en France, que ses trois enfants sont insérés en France, en raison de leurs formations respectives, qu'elle est insérée socialement, du fait de ses activités de bénévolat, et que les attaches familiales de ses enfants se trouvent en France ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle et ses enfants seraient isolés en Arménie et discriminé en raison de leurs origines ethniques ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors qu'elle aurait pour conséquence soit de séparer les enfants majeurs de leurs parents, soit de leur faire cesser leurs études et leur scolarité en cas de retour en Arménie en raison de leurs origines yézidies ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Le préfet de la Somme n'a pas produit d'observation en défense.
Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- et les observations de Me Pereira, assistant Mme B, épouse A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, épouse A, ressortissante arménienne, née le 5 octobre 1985, est entrée en France le 5 octobre 2017, d'après ses déclarations. A la suite de l'échec de la procédure de réadmission en République Tchèque le 20 mars 2018, sa demande d'asile a été examinée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, qui l'a rejetée le 22 décembre 2020, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 22 juin 2021. Une obligation de quitter le territoire français a été émise à son encontre le 1er octobre 2021. Le 8 décembre 2022, elle a formulé une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 17 avril 2023, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Arménie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure.
2. En premier lieu, si l'intéressée soutient que l'autorité préfectorale s'est prononcée sur un fondement erroné, elle n'établit pas d'élément à l'appui de ses allégations, alors au demeurant qu'il ressort des pièces du dossier, et en particulier du récépissé qui lui a été délivré le 8 décembre 2022, qu'il l'a été au titre d'une demande de titre de séjour mention "vie privée et familiale". Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du préfet, qui n'avait pas d'obligation d'examiner sa demande dans le cadre de son pouvoir général de régularisation ou sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, serait entaché d'une erreur de droit.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. Mme A est entrée en France en octobre 2017, accompagnée de son époux, ainsi que de leurs deux autres enfants et alors qu'elle était alors enceinte de leur troisième enfant, tous démunis de visa. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par l'intéressée a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 22 décembre 2020, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 22 juin 2021. Par ailleurs, si elle se prévaut de la formation et de la scolarité de ses enfants, deux d'entre eux sont majeurs et ne dépendent administrativement plus d'elle. En outre, alors que l'intéressée s'est engagée comme bénévole auprès du CCAS, elle ne justifie d'aucune ressource. Enfin, Mme A ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales en Arménie, alors même que son époux et leurs trois enfants sont également en situation irrégulière, et s'il ressort des pièces du dossier que trois frères et une sœur, une belle-sœur et un neveu de son époux résident en France, il n'est justifié de la régularité du séjour d'aucun d'eux après le 20 mars 2023. Par suite, le préfet n'a pas, par son arrêté, porté d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle sera écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
6. D'une part, il ressort de ce qui précède que les membres de la famille de l'époux de l'intéressée qui résident en France ne justifient plus de la régularité de leur séjour. D'autre part, si elle soutient être exposée à des discriminations en raison de ses origines ethniques, elle ne démontre ni la réalité de ces discriminations, ni les origines dont elle se prévaut. Par suite,
Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.
7. En quatrième lieu, il résulte du point précédent que Mme A n'établit pas les difficultés alléguées relatives à ses origines ethniques. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que ses enfants y seraient exposés en cas de retour en Arménie, ni, par suite, que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant précitées, au demeurant applicables au seul plus jeune de ses enfants.
8. En dernier lieu, pour les raisons exposées précédemment, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 avril 2023 du préfet de la Somme.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2301559
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026