mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301567 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GALINDO SOTO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 mai 2023, M. C D B, représenté par Me Galindo Soto, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel la préfète de l'Oise, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an°;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou l'admettre au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en vue de démarches auprès de l'autorité administrative compétente, dans le délai de deux jours et de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois ';
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant';
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation°;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation°;
- la décision portant reconduite à la frontière méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaît les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales';
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990';
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile';
- le code des relations entre le public et l'administration°;
- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991';
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Menet, premier conseiller, pour statuer sur les décisions relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 16 mai 2023 à 10 heures :
- le rapport de M. Menet, magistrat désigné,
- et les observations de Me Galindo Soto, pour M. D B, présent, qui sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant cubain, né le 27 juin 1990, demande l'annulation d'un arrêté du 12 mai 2023, par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : "'Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président'". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "'1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance'; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui'".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. D B est entré sur le territoire français en 2014 et qu'à l'expiration de son visa valable jusqu'au 17 janvier 2015, l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement en France et s'est soustrait ensuite à une précédente mesure d'éloignement édictée par le préfet du Val-d'Oise du 22 octobre 2020. M. D B produit des pièces démontrant qu'il a travaillé entre janvier 2019 et février 2020, qu'il vit en concubinage avec une compatriote, titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 1er août 2023 et a un enfant né le 21 octobre 2022. Toutefois, M. D B a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y serait dépourvu d'attaches et qu'il y pourrait mener sa vie familiale.
5. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise, en obligeant M. D B à quitter le territoire français, ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté
6. Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : "'Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale'". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. M. D B se borne à soutenir qu'il a un enfant en bas âge auquel il pourvoit à tous les besoins et que la décision en litige est contraire à son intérêt supérieur. La décision attaquée qui n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer le requérant de son enfant, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que par la décision en litige, la préfète de l'Oise ait méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant de l'intéressé.
8. Pour les mêmes motifs évoqués aux points 4 et 7 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. D B doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "'Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français'". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : "'Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstances particulières, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ()'".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. D B s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Par suite, la préfète de l'Oise était fondée à prendre la décision en litige et pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 7 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. D B doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "'Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants'". Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ".
12. M. D B soutient que sa sœur et sa mère sont des opposantes politiques à Cuba et qu'il serait exposé à des mauvais traitements s'il devait retourner dans son pays. Pour en justifier, l'intéressé produit une attestation sur l'honneur qui ne peut avoir aucune force probante, un communiqué de presse de 2015 et un rapport de la direction des recherches, commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada de 2016 sur " le traitement réservé par les autorités aux demandeurs d'asile déboutés qui retournent à Cuba, y compris sur le traitement réservé aux membres de leur famille qui sont demeurés à Cuba ", dont l'actualité et la pertinence ne sont pas établis. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que M. D B serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays.
13. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces dispositions et stipulations doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
15. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, de sorte qu'en l'absence de considération humanitaire établie au sens des dispositions précitées, la préfète de l'Oise était fondée à prendre la décision en litige.
16. Enfin, les moyens soulevés par l'intéressé à l'encontre d'une décision portant reconduite à la frontière, inexistante, en l'espèce, ne peuvent qu'être écartés.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions attaquées n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent dès lors également être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
18. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1 er : M. D B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D B, à la préfète de l'Oise et à Me Galindo Soto.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
M. A
La greffière,
Signé
N. Derly
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2301567
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026