jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301629 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CARDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 17, 18 et 23 mai 2023, M. D C, représenté par Me Cardon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de l'Aisne l'a assigné à résidence et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français a été pris par une autorité incompétente ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet a méconnu son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;
- cet arrêté méconnaît le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa portant la mention " travailleur saisonnier " ;
- cet arrêté méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir général de régularisation du préfet et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cet arrêté méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;
- la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il dispose de documents d'identité, d'un domicile fixe et que son intention de ne pas exécuter la mesure d'éloignement dont il est l'objet n'est pas établie ;
- la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente pas de risque de se soustraire à la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français et l'interdisant de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire est illégale à raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office de la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale à raison de l'illégalité de cette dernière ;
- la décision l'interdisant de retour sur le territoire français est illégale à raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision l'interdisant de retour sur le territoire français est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas pris en compte les critères énumérés à cet article ;
- la décision l'interdisant de retour sur le territoire français méconnaît les articles
L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté l'assignant à résidence est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté a été pris eu terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet a méconnu son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;
- cet arrêté méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la durée d'assignation qui lui a été imposée excède quarante-cinq jours ;
- cet arrêté n'est ni nécessaire, ni adapté, ni proportionné dès lors qu'il dispose d'un hébergement à Château-Thierry alors qu'il lui est fait obligation de se présenter à Laon ;
- il ne peut être procédé à une substitution de base légale entre le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le 2° de ce même article dès lors qu'il a demandé le renouvellement du titre de séjour dont il était titulaire jusqu'au 24 avril 2020 et que cette substitution le prive d'une garantie essentielle.
La requête a été communiquée au préfet de l'Aisne qui a produit des pièces enregistrées le 19 mai 2023, mais n'a pas présenté d'observation.
Par un courrier du 19 mai 2023, les parties ont été informées que le magistrat désigné était susceptible de procéder à une substitution de base légale entre le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel la décision obligeant
M. C à quitter le territoire français est fondée et le 2° de ce même article.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. Richard pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour des audiences.
Ont été entendus au cours des audiences publiques :
- le rapport de M. Richard, magistrat désigné,
- et les observations de Me Troufléau, représentant M. C et substituant
Me Cardon, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant marocain né le 23 août 1984, soutient être entré sur le territoire français le 9 février 2017. Après son interpellation 14 avril 2023, le préfet de l'Aisne, par deux arrêtés du 15 mai 2023, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq mois et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la légalité de l'arrêté du 15 mai 2023 obligeant M. C à quitter le territoire français et l'interdisant d'y retourner :
2. En premier lieu, par un arrêté du 15 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de l'Aisne a donné délégation à
M. A B, chef du bureau de la nationalité, pour signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision obligeant M. D C à quitter le territoire français vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que le préfet a pris en compte pour l'édicter. Par ailleurs, en indiquant que M. C n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. En outre, la décision refusant à M. C le bénéfice d'un délai de départ volontaire vise les 1° et 3° de l'article
L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les raisons pour lesquelles le préfet a considéré que l'intéressé risque de se soustraire à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Enfin, la décision interdisant
M. C de retour sur le territoire français vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne la date d'entrée sur le territoire français de l'intéressé, la nature de ses attaches en France, et notamment la présence d'une conjointe sur laquelle il a exercé des violences, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée et les raisons pour lesquelles son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. C n'ait été dument prise en compte, sans qu'y fassent obstacle les erreurs de fait qu'a pu commettre le préfet. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.
5. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
6. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les services de police d'Amiens le 15 avril 2023, il a été demandé à M. C s'il avait des observations à formuler au sujet du fait qu'il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement, assortie d'une assignation à résidence et d'une interdiction de séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est intervenu en méconnaissance du droit d'être entendu qu'il tire d'un principe général du droit de l'Union européenne. Le moyen tiré de la méconnaissance de ce principe doit donc être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".
8. M. C justifie être entré sur le territoire français le 9 février 2017 sous couvert d'un visa puis y avoir résidé sous couvert d'une carte de séjour valable du 25 avril 2017 au 24 avril 2020. Par suite, le préfet ne pouvait légalement prendre la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français en se fondant sur le 1° de l'article L. 611-1 du code précité.
9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
10. En se bornant à produire des échanges de courriels avec la préfecture de Seine-Saint-Denis au sujet d'un rendez-vous pour renouveler son titre de séjour, M. C n'établit pas avoir demandé le renouvellement de sa carte de séjour expirée le 24 avril 2020. Dès lors, la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait pu être fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du 1° du même article dès lors que cette substitution de base légale, sur lesquelles les parties ont été invitées à présenter leurs observations, n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En sixième lieu, l'arrêté attaqué, qui ne rejette pas une demande de délivrance d'un titre de séjour de M. C, n'est pas fondé sur les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 et les dispositions de l'article
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, l'intéressé ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions à l'encontre de l'arrêté attaqué.
12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
13. M. C n'établit pas, par les pièces qu'il produit, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Maroc, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Dès lors, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions citées au point précédent.
14. En huitième lieu, si M. C dispose de documents d'identité, contrairement à ce qu'il a déclaré lors de son audition par les services de police le 15 avril 2023, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur cette circonstance. Par ailleurs, en se bornant à produire une attestation d'hébergement peu circonstanciée de la ressortissante française avec laquelle il entretient une relation amoureuse,
M. C n'établit pas disposer d'un domicile fixe dans la commune de Château-Thierry alors qu'il a déclaré aux services de police, lors de son audition du 15 avril 2023, ne pas en disposer et résider habituellement à Gagny. Enfin, M. C a déclaré aux services de police lors de cette même audition ne pas vouloir rentrer au Maroc. Dans ces conditions, le moyen tiré des erreurs de fait dont serait entachée la décision lui refusant un délai de départ volontaire doit être écarté.
15. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
16. Eu égard à ce qui a été dit au point 14 et à la circonstance que M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement du 16 mai 2022 qu'il n'a pas exécutée, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Aisne a méconnu les dispositions citées au point précédent en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
17. En dixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
18. S'il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français le 9 février 2017 sous couvert d'un visa et y a résidé sous couvert d'un titre de séjour du valable du 25 avril 2017 au 24 avril 2020, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 16 mai 2022 à laquelle il n'a pas déféré. Par ailleurs, si M. C soutient vivre en concubinage avec une ressortissante française enceinte de ses œuvres, il n'établit pas ainsi qu'il a été dit, résider avec cette dernière, ni au demeurant être le père de son enfant à naitre en se bornant à produire une attestation de la mère. De surcroit et en tout état de cause, cet enfant n'est pas encore né et sa mère a porté plainte contre M. C le 6 avril 2023 pour violences conjugales, concomitamment au dépôt de plainte pour violence d'une voisine qui avait tenté de s'interposer entre les deux membres du couple. En outre, si M. C a travaillé ponctuellement en 2017 et 2020, il n'établit pas avoir exercé d'activité professionnelle ou suivi de formation depuis lors. Enfin, il est constant que M. C dispose d'attaches au Maroc où résident des membres de sa famille. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de l'Aisne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes raisons, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de M. C.
19. En onzième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
20. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations citées au point précédent.
21. En douzième lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que certaines des décisions attaquées seraient illégales à raison des illégalités entachant les décisions antécédentes résultant du même arrêté et sur lesquelles elles se fondent doivent être écartés.
22. En treizième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article
L. 612-11 ".
23. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions citées au point précédent dès lors que le préfet n'a pas pris en compte les critères énumérés à cet article.
24. En quatorzième lieu, compte tenu de la situation de M. C telle qu'elle a été décrite au point 18, le préfet de l'Aisne n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 22 en lui interdisant de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il n'ait pas été l'objet d'une condamnation pénale.
25. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur la légalité de l'arrêté du 15 mai 2023 assignant M. C à résidence :
26. En premier lieu, l'arrêté assignant M. C à résidence vise les textes dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les éléments de la situation de l'intéressé que le préfet a pris en considération. Il comporte dès lors les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.
27. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est intervenu en méconnaissance du droit d'être entendu qu'il tire d'un principe général du droit de l'Union européenne. Le moyen tiré de la méconnaissance de ce principe doit donc être écarté.
28. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".
29. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Aisne a entendu se baser sur les dispositions de l'article L. 731-1 précitées pour assigner M. C à résidence. Dès lors, l'intéressé est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il fixe une durée d'assignation à résidence excédant quarante-cinq jours.
30. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
31. D'une part, si une décision d'assignation à résidence prise en application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. D'autre part, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
32. Ainsi qu'il a été dit au point 14, M. C n'établit pas disposer d'un domicile fixe dans la commune de Château-Thierry. Dans ces conditions et eu égard à sa situation telle que décrite au point 18, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté l'assignant à résidence, qui l'oblige à se présenter quotidiennement au commissariat de Laon, n'est ni nécessaire, ni adapté et ni proportionné.
33. Il résulte de ce qui précède que M. C est uniquement fondé à demander l'annulation de l'arrêté l'assignant à résidence qu'en tant que ce dernier fixe une durée pour cette mesure excédant quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
34. L'exécution du présent jugement n'implique ni que le préfet de l'Aisne délivre à
M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ni que le préfet réexamine la situation de l'intéressé. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
35. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 mai 2023 assignant à résidence M. C est annulé en tant qu'il fixe une durée d'assignation à résidence excédant quarante-cinq jours.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de l'Aisne et à Me Cardon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
J. Richard
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2301629
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026