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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301669

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301669

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantOKILASSALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 22 mai 2023 sous le n° 2301669, M. A C, représenté par Me Okilassali demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles L. 531-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1, II, 1° remplacé par les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2, devenu l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2023.

II. Par une requête enregistrée le 22 mai 2023 sous le n°2301671, Mme B D, représentée par Me Okilassali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles L. 531-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1, II, 1° remplacé par les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 devenu l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme D, ressortissants de la République démocratique du Congo, nés respectivement le 30 mai 1993 et le 5 décembre 1998, sont entrés en France le 1er mars 2022 selon leurs déclarations. Ils ont formé une demande d'asile, qui a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 26 septembre 2022, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 mars 2023. Par deux arrêtés du 5 mai 2023, la préfète de l'Oise a refusé de les admettre au séjour au titre de l'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits.

2. Les requêtes n° 2301669 et n° 2301671, qui concernent la situation administrative d'un couple de ressortissants étrangers, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions, tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :

3. Par un arrêté du 6 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées, au nombres desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, les décisions attaquées mentionnent les textes dont elles font application, notamment les articles L. 424-1 et L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles mentionnent notamment que les demandes d'asile des requérants ont été rejetées par des décisions de l'OFPRA en date du 26 septembre 2022, notifiées le 14 octobre 2022 et confirmées par la CNDA le 29 mars 2023. Elles mentionnent également qu'ils ne sont pas titulaires d'un titre de séjour en cours de validité et qu'ils ont deux enfants mineurs également déboutés de leur demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes des décisions attaquées que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation personnelle des requérants avant de prendre les décisions contestées de refus de titre de séjour au titre de l'asile.

6. En troisième lieu, si les requérants font valoir que les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions sur leur situation personnelle, ils se bornent seulement à soutenir qu'ils encourent des risques en cas de retour dans leur pays d'origine, sans apporter d'éléments de précision ni de justification de nature à établir la réalité de ces risques. Par suite, et alors que les décisions de refus de titre n'ont pas pour effet de fixer le pays à destination duquel les intéressés seront renvoyés, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions sur leur situation personnelle doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. C et Mme D soutiennent que les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, les requérants sont entrés récemment sur le territoire français, n'ont pas d'attaches familiales en France hormis leurs trois enfants mineurs nés en 2018, 2021 et 2022, et ne justifient d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. La circonstance que l'un de leurs enfants soit scolarisé à l'école maternelle n'est pas de nature à caractériser une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que les décisions de refus de titre de séjour attaquées méconnaissent l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils n'apportent aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 611-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. "

11. La décision d'obligation de quitter le territoire français contenue dans les arretés attaqués du 5 mai 2023 vise les dispositions de l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne que la demande d'asile des requérants a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, et font état de la situation familiale des requérants. Par suite, les décisions d'obligation de quitter le territoire français sont suffisamment motivées en fait et en droit.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, les décisions d'obligation de quitter le territoire français ne méconnaissent pas les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :

13. Il ressort des termes des arrêtés attaqués que la préfète de l'Oise a fixé à 45 jours le délai de départ volontaire accordé aux requérants pour quitter le territoire français. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, elle ne s'est ainsi nullement fondée sur l'existence d'un risque de soustraction à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français pour refuser aux intéressés un délai de départ volontaire. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les décisions fixant le délai de départ méconnaissent les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 qui ont remplacé celles du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure au 1er mai 2023, au motif que le risque de soustraction à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas établi.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

14. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulation de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

15. Si M. C et Mme D, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis la CNDA, soutiennent qu'ils font l'objet de menaces en raison des opinions politiques qui leurs sont imputées, qu'ils font l'objet de recherches et de convocations de la part de la police congolaise, leurs allégations restent très générales et ils ne justifient pas de motifs sérieux et avérés de croire que leur vie ou leur liberté seraient menacées dans leur pays ou qu'ils y seraient exposés à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C et Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle :

17. Aux termes de l'article 92 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat () choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire ().

18. La requête de Mme D enregistrée sous le n°2301671 repose sur les mêmes faits que la requête n° 2301669, présentée par M. C, son époux, et comporte des prétentions similaires et des moyens présentés de manière identique. Comme son époux, Mme B D bénéficie de l'aide juridictionnelle et est assistée par Me Okilassali. Par suie, il y a lieu dans la présente affaire, de réduire de 30 % la part contributive versée par l'Etat à Me Okilassali pour l'affaire n° 2301671.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C et de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Il est appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Okilassali au titre de la requête n° 2301671.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B D, à Me Okilassali, et à la préfète de l'Oise.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J. F Langlois

Z

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2301671

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