lundi 31 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301687 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mai 2023, Mme C A, représentée par Me Peirera, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle entre dans les catégories d'étrangers pouvant prétendre de plein droit à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " car son fils B est de nationalité française et son père contribue à son éducation dans la mesure de ses moyens ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de la Somme a produit des pièces le 22 juin 2023.
Par une décision du 7 juin 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- et les observations de Me Peirera, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante nigériane née le 12 décembre 1996, est entrée en France le 7 mars 2016, selon ses déclarations, démunie de visa. Elle a sollicité l'asile le 25 mai 2018. Par un arrêté du 21 juin 2016, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 17 août 2016 du tribunal administratif d'Amiens, le préfet de la Somme a ordonné la remise de Mme A aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. La procédure de transfert n'ayant pu être menée à son terme, sa demande a été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui l'a rejetée par une décision du 31 août 2018 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 27 août 2019. Par un arrêté du 3 octobre 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 31 décembre 2019 du tribunal administratif d'Amiens, elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 6 février 2023, elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 28 avril 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".
3. Mme A fait valoir que son fils, B, né le 29 avril 2017 a la nationalité française et que, si elle ne réside pas avec le père M. D, ressortissant français, celui-ci conserve des liens avec son enfant depuis sa naissance, exerce un droit de visite simple car il n'a pas de domicile stable et contribue à l'entretien de l'enfant en proportion de ses moyens, même s'il ne dispose pas de ressources suffisantes pour payer une pension alimentaire. Toutefois, il ressort des comptes rendus des entretiens, effectués le 16 avril 2018 par le référent fraude départemental, que les récits de Mme A et M. D s'agissant de leur rencontre ne sont pas cohérents entre eux, que M. D n'a pas connaissance de l'existence des deux autres enfants de Mme A et que cette dernière n'a pas non plus connaissance de l'existence des autres enfants de M. D, qui sont au nombre de huit au total selon les déclarations de M. D et que Mme A ignore où travaille M. D ainsi que sa date de naissance. Il ressort également de ces entretiens que M. D, sans domicile stable, déclare avoir vu son enfant trois fois depuis sa naissance. Par les pièces qu'elle produit, à savoir des justificatifs de quatre virements effectués entre mars et mai 2021 par M. D pour un montant maximal de 50 euros, des tickets de caisse sans précision et trois photographies, la requérante n'établit pas que ce dernier participe effectivement à l'entretien et l'éducation de son enfant depuis au moins deux ans à la date de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle entre dans les catégories d'étrangers pouvant prétendre de plein droit à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en tant que parent d'enfant français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'éloignement est illégale pour ce motif doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est mère de trois enfants nés en 2013, 2017 et 2019, scolarisés en France respectivement en première année de cours moyen, en grande section de maternelle et petite section de maternelle. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 3, la requérante n'établit pas que M. D, ressortissant français et père de son fils B de nationalité française, participe effectivement à l'entretien et l'éducation de son enfant. D'autre part, si la requérante soutient que ses enfants ne pourront pas poursuivre une scolarité normale au Nigeria en raison des menaces émanant des membres de la secte Ogboni, elle n'établit cette allégation par aucune pièce produite au dossier, alors qu'au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 août 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile le 27 août 2019. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que le père de son dernier enfant né en 2019, avec lequel elle déclare être en couple, a la nationalité nigériane et est en situation irrégulière sur le territoire français. Dans ces conditions, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays dont la requérante a la nationalité. Enfin, si la requérante soutient qu'elle a effectué sans succès des démarches pour trouver un travail, qu'elle est bénévole pour l'association " les Restos du cœur " et participe aux ateliers de l'association " Femmes solidaires de la Somme ", ces éléments ne sont pas suffisants pour établir une intégration ancienne, intense et stable dans la société française. De plus, la requérante qui n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet le 3 octobre 2019, n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge au moins de dix-neuf ans. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. La requérante soutient qu'elle a fui le Nigeria car les membres de la secte Ogboni ont tenté de lui retirer son enfant, qu'elle est recherchée par les membres de cette secte, qu'après son départ, les membres de sa famille ont été menacés et son frère a été tué à la suite d'une altercation. Toutefois, elle ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations établissant qu'elle serait exposée, de façon personnelle et actuelle, à des risques sérieux pour sa vie, sa liberté ou sa sécurité en cas de retour au Nigéria. Au demeurant, ainsi qu'il a été dit au point 5, la demande d'asile de Mme A a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3, 5 et 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Somme aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 avril 2023. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, Me Pereira et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
L. Bazin
La présidente,
Signé
C. GalleLe greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026