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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301701

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301701

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2023, M. A C B, représenté par

Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Somme s'est cru, à tort, tenu de suivre l'avis défavorable de la commission du titre de séjour du 27 février 2023 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Somme a produit des pièces le 28 juin 2023.

Par décision du 7 juin 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique le rapport de Mme Pellerin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant djiboutien né le 8 décembre 1979, est entré en France le 21 septembre 2000 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a été titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, renouvelé jusqu'en 2008. Le 20 mars 2018, l'intéressé a sollicité la régularisation de sa situation administrative en raison de ses dix années de présence. Par arrêté du 14 août 2018, le préfet de la Somme a refusé de faire droit à sa demande et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Le 15 novembre 2022, M. B a réitéré sa demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 mai 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé Djibouti comme pays de destination en cas d'exécution d'office.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

3. L'arrêté attaqué vise le texte dont il fait application, notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fonde la demande de titre de séjour. La décision attaquée rappelle les principaux éléments relatifs à la situation personnelle et administrative de M. B. Il indique notamment que l'intéressé est entré en France le 21 septembre 2000, qu'il a été détenteur d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " renouvelé jusqu'en 2008, qu'un arrêté préfectoral du 14 août 2018 a refusé de faire droit à sa demande de régularisation et a prononcé à son encontre une mesure d'éloignement. L'arrêté attaqué indique également que l'état du dossier de l'intéressé n'a pas permis au préfet de la Somme de remettre en cause l'avis défavorable de la commission du titre de séjour du 27 février 2023. Enfin, l'arrêté attaqué indique que M. B est célibataire, sans enfant et qu'il ne justifie pas être isolé à Djibouti. La décision, qui n'est pas rédigée de façon stéréotypée et qui n'est pas tenue d'énumérer l'ensemble des éléments de la situation du requérant, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Somme s'est cru en situation de compétence liée pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B à la suite de l'avis défavorable de la commission du titre de séjour.

5. En troisième lieu, M. B soutient qu'il exerce des activités bénévoles au sein de l'association " Editions du Monstre " et que sa situation administrative l'empêche d'exercer une activité professionnelle dans le domaine social pour lequel il a obtenu un diplôme universitaire. Toutefois, ainsi qu'il ressort des termes de l'avis de la commission du titre de séjour du 27 février 2023, M. B ne justifie d'aucune recherche d'emploi ni de formation depuis 2007. En outre, si le requérant fait valoir qu'il n'a plus de nouvelles de sa famille vivant dans son pays d'origine et que la rupture de ses liens familiaux a eu un impact sur sa santé psychologique, il se borne à produire une attestation d'une psychologue de l'université de Picardie Jules Verne en date du 5 octobre 2005 ainsi qu'une attestation de la cadre de santé de l'équipe mobile psychiatrique du centre hospitalier Philippe Pinel du 8 octobre 2015 qui font seulement état d'un suivi du requérant sans évoquer la situation de rupture familiale de l'intéressé. Ainsi, ce dernier ne justifie pas être isolé à Djibouti. Dans ces conditions, les circonstances dont se prévaut M. B ne permettent pas d'établir que l'autorité préfectorale a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. B, qui est célibataire et sans enfant, ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales à Djibouti et ne se prévaut pas d'attaches familiales ou sociales en France. En outre, le requérant, qui réside en France depuis 22 ans, ne justifie pas d'une insertion particulière en France. Enfin, l'intéressé n'établit par aucune pièce versée au dossier la gravité des pathologies dont il soutient souffrir et ne fournit aucune précision sur les lourds traitements qui lui seraient prescrits. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

C. PellerinLa présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J.F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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