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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301723

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301723

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantBROISIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2023 à 11h28, M. B A représenté par Me Broisin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2023 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Lybie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas tenu compte du fait qu'il a fui son pays d'origine en raison des risques qu'il encourait pour sa vie et qu'il n'avait pas encore pu entamer des démarches pour solliciter une protection lorsqu'il a été interpellé ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa situation particulière justifiait qu'un délai de départ lui soit accordé ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur de fait pour le même motif que celui invoqué contre la décision d'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français et une décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire elles-mêmes illégales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de la Somme a produit des pièces le 22 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cour de l'audience publique :

-le rapport de Mme Galle, magistrate désignée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant lybien né le 14 mars 1999, est entré sur le territoire français en mai 2023 selon ses déclarations et n'a pas sollicité de titre de séjour. Par un arrêté du 18 mai 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à sa frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen, soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions, tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :

3. Par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Somme a donné délégation à Mme Myriam Garcia, secrétaire générale de la préfecture de la Somme, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Somme à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 611-1, 1° et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment que le requérant est entré en France irrégulièrement en mai 2023 selon ses déclarations et n'a pas sollicité de titre de séjour, qu'il est célibataire et sans enfant, qu'il ne justifie d'aucune ressource, et n'a pas de domicile stable en France et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En second lieu, le requérant soutient que le préfet n'a pas tenu compte du fait qu'il a fui son pays d'origine en raison de risques pour sa vie et que du fait de son arrivée récente sur le territoire français il n'a pas encore pu entamer des démarches pour solliciter une protection. Toutefois, le requérant n'allègue ni n'établit avoir sollicité une protection internationale en France lors de son interpellation avant que ne soit édictée l'obligation de quitter le territoire français, et n'apporte aucune précision à l'appui de ses allégations en ce qui concerne les risques encourus en cas de retour dans son pays. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un départ volontaire :

6. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 612-2, et L. 612-3, 1° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en indiquant que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement en France et n'a pas sollicité de titre de séjour. Elle précise que M. A, dont la situation administrative a été suffisamment détaillée, ne justifie d'aucune circonstance particulière justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé. Par suite, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision refusant l'octroi d'un départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :

1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement en France, et n'a pas sollicité de titre de séjour. En outre, le requérant ne justifie d'aucune résidence effective et permanente en France. Par suite, il entrait dans les cas où, sauf circonstance particulière, le risque que l'étranger se soustraie à l'exécution de la mesure d'obligation de quitter le territoire doit être regardé comme établi. Le requérant qui se borne à soutenir, sans l'établir au demeurant, qu'il est en situation de " transit " et venait d'arriver sur le territoire, et qu'il n'avait pas pu déposer une demande d'asile, alors au demeurant qu'il ne ressort pas de son audition par les services de police qu'il a entendu solliciter une protection internationale en France avant l'édiction de la décision attaquée, n'établit l'existence d'aucune circonstance particulière. Par suite, le préfet de la Somme n'a pas méconnu l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise qu'il sera éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

12. M. A soutient ne pas avoir été en mesure de présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision fixant le pays de destination contestée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition produit en défense par le préfet, que le requérant a été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué et qu'il a pu faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

13. En troisième lieu, l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre cette décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

14. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

15. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulation de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Et aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. Si M. A soutient qu'il craint pour sa vie et sa liberté en Lybie et qu'en décidant son renvoi vers le pays dont il a la nationalité le préfet l'expose à de tels traitements inhumains et dégradants, il n'apporte aucun élément de preuve ni aucune précision à l'appui de ses allégations. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. A est entré sur le territoire en mai 2023 d'après ses déclarations, qu'il n'a pas de liens privés et familiaux en France, et que l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision d'interdiction de retour doit être écarté.

18. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu'être écarté.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

20. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en mai 2023 selon ses déclarations, qu'il n'a pas d'attaches familiales en France. Il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances humanitaires pouvaient justifier que le préfet de la Somme s'abstienne d'édicter une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2023 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J-F Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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