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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301739

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301739

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un courrier du 1er juin 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale entre l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel l'arrêté attaqué est fondé, et le pouvoir général de régularisation de la préfète.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 1er juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 juin 2023.

Par décision du 7 juin 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bazin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 30 janvier 1973, est entrée en France le 19 mars 2018. Le 1er février 2021, Mme B a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 29 avril 2021 du tribunal administratif d'Amiens. Le 15 septembre 2022, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 30 mars 2023, dont Mme B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, présente sur le territoire depuis le 19 mars 2018, est divorcée et mère de trois enfants, nés en 2002, 2003 et 2007, âgés de 20, 19 et 15 ans à la date de l'arrêté attaqué. À cet égard, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que ses deux fils majeurs ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Si la requérante se prévaut de ce que sa fille mineure effectue sa scolarité en France, elle ne se prévaut d'aucun obstacle à ce que la scolarité de cette dernière se poursuive en Algérie. Dans ces conditions, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays dont la requérante et ses enfants ont tous la nationalité. Si la requérante produit, d'une part, des certificats médicaux aux termes desquels l'état de santé de Mme C, présentée comme la mère de la requérante, nécessite un accompagnement et soutient, d'autre part, qu'elle a été embauchée en contrat à durée indéterminée en qualité d'employée familiale pour assister sa mère, elle n'établit pas que cet accompagnement ne pourrait pas être réalisé par une tierce personne. De plus, il ressort des pièces du dossier que Mme B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 1er février 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 29 avril 2021 et à laquelle elle n'a pas déférée. Par ailleurs, si l'intéressée fait valoir qu'elle est bénévole au sein de l'association " Les Restos du Cœurs " et qu'elle bénéficie d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir une intégration ancienne, intense et stable dans la société française. Enfin, Mme B ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de l'intéressée en France, la préfète de l'Oise n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas davantage méconnu les stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ou, en tout état de cause, celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, l'accord du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète et exclusive les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de la validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il s'ensuit que pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme B, la préfète de l'Oise ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord du 27 décembre 1968. Il y a lieu, dès lors, de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir dont dispose l'autorité administrative de régulariser ou non la situation d'un étranger, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans sa mise en œuvre et que les parties ont été mises à même de présenter leurs observations sur ce point.

5. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, la préfète de l'Oise n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer à la requérante un titre de séjour au titre de son pouvoir de régularisation.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les enfants de Mme B sont entrés en France en mars 2018, que ses deux fils sont majeurs et que sa fille mineure est scolarisée sur le territoire national. L'arrêté attaqué, qui n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la fille mineure de la requérante de sa mère, ne fait pas obstacle à ce qu'elle la suive dans leur pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et suivi l'essentiel de sa scolarité. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2023. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, Me Nouvian et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Bazin

La présidente,

Signé

C. GalleLe greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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