mardi 13 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301760 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mai 2023, et des mémoires complémentaires enregistrés les 6 et 7 juin 2023, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal de le décharger de l'obligation de payer l'amende pour recours abusif d'un montant de 100 euros qui lui a été infligée par une ordonnance n° 2003249 du juge des référés du tribunal administratif d'Amiens.
Il soutient que :
- les décisions du juge des référés lui ayant donné tort dans le litige l'opposant au CCAS de la commune d'Hirson sont irrégulières dès lors que l'aide alimentaire est octroyée à toutes les personnes en situation de vulnérabilité économique ou sociale, dont font partie les personnes en situation de handicap, sans que le critère des ressources puisse légalement être pris en compte, que le magistrat a commis un abus d'autorité en citant le droit à la place du défendeur, que la juridiction a rejeté ses recours parce qu'elle a considéré qu'il s'agissait de petits dossiers et que l'amende qui lui a été infligée n'est pas justifiée ;
- l'avis des sommes à payer est irrégulier car l'ordonnance de référé le condamnant à un amende pour recours abusif aurait dû être entérinée par le juge du fond ;
- l'administration a dépassé le délai de prescription prévu à l'article R. 921-1-1 du code de justice administrative en mettant en œuvre l'ordonnance le condamnant à une amende 2 ans et 6 mois après l'intervention de l'ordonnance de référé ;
- il a été trompé par son avocat et ne peut être tenu responsable de la faute de ce dernier ;
- il n'a pas les moyens financiers de régler l'amende ;
- l'allocation adulte handicapé est insaisissable en vertu du code de la sécurité sociale ;
- il accepte une médiation avec le CCAS d'Hirson ;
- la trésorerie a inscrit une suspension des poursuites dans son application concernant son dossier compte tenu de l'inutilité d'une saisie à tiers détenteur qui pourrait être faite sur son compte bancaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. L'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ". Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros. "
2. Par une ordonnance n° 2003249 en date du 13 octobre 2020, le juge des référés du tribunal administratif d'Amiens, statuant en application des dispositions des articles L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative, a infligé à M. A B une amende pour recours abusif d'un montant de 100 euros. Cette ordonnance, qui n'a pas été contestée en cassation, est définitive. Par un avis des sommes à payer en date du 23 mars 2023, le trésorier du Grand Amiens a réclamé le paiement de cette amende de 100 euros à M. B. Le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal d'être déchargé de l'obligation de payer ladite amende.
3. En premier lieu, M. B conteste la régularité et le bien-fondé de la décision juridictionnelle lui ayant infligé l'amende pour recours abusif, et soutient que cette amende lui a été infligée en raison d'une faute de son avocat d'alors. Toutefois, ce moyen qui remet en cause le principe de la condamnation prononcée par l'ordonnance du juge des référés du tribunal du 13 octobre 2020, se heurte au caractère exécutoire et obligatoire qui s'attache à l'ordonnance du juge des référés, qui est devenue définitive. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition n'impose l'intervention d'un jugement au fond à la suite d'une ordonnance du juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration ne pouvait recouvrer l'amende pour recours abusif avant l'intervention d'un tel jugement au fond doit être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, aucune disposition législative ni réglementaire ne fixant de prescription plus courte au recouvrement de l'amende pour recours abusif prévue par les dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative, son recouvrement est, dès lors, soumis à la prescription trentenaire de droit commun édictée par l'article 2262 du code civil. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'article R. 921-1-1 du code de justice administrative ne fixe pas un délai de prescription qui serait applicable au recouvrement de l'amende pour recours abusif. Par suite, le moyen tiré de l'expiration d'un délai de prescription de trois mois doit être écarté comme inopérant.
6. En quatrième lieu, la circonstance que M. B ne dispose pas des moyens financiers pour régler l'amende pour recours abusif de 100 euros qui lui a été infligée est sans incidence sur la légalité du titre exécutoire contesté.
7. En dernier lieu, la circonstance que l'allocation adulte handicapé dont bénéficie M. B soit insaisissable en vertu du code de la sécurité sociale est également sans incidence sur la légalité du titre exécutoire contesté.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B, qui ne contient que des moyens inopérants, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Amiens, le 13 août 2024.
La présidente de la 1ère chambre,
signé
Clémence Galle
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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