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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301778

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301778

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGOZLAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et transmise le 24 mai 2023 au tribunal administratif d'Amiens, et un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, Mme B C épouse A, représentée par Me Gozlan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ainsi qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle remplit l'ensemble des conditions légales pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 août 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Beaucourt, conseillère, a été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C épouse A, ressortissante marocaine née le 19 décembre 1983, déclare être entrée en France le 28 septembre 2014 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 11 septembre 2014 au 26 octobre 2014. Par un arrêté du 14 avril 2023, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. Il est constant que Mme C, entrée sur le territoire français le 28 septembre 2014 sous couvert d'un visa de court séjour, a bénéficié de trois cartes de séjour temporaire en qualité de conjointe de français valable du 24 mai 2019 au 30 janvier 2023 suite à son mariage avec un ressortissant français, célébré le 2 juin 2018. Si Mme C soutient avoir déclaré " en toute transparence " avoir vécu une séparation avec son époux sur " une période allant du 25 novembre 2021 à décembre 2021 " ainsi que " tout couple peut [en] vivre à un moment de son histoire ", il ressort toutefois des termes de l'arrêté attaqué, non démentis par les pièces du dossier, et ce alors que Mme C a elle-même déclaré être séparée à l'occasion de sa demande de titre de séjour, que le couple n'entretient plus aucune communauté de vie.

4. Par ailleurs, si la requérante totalise, il est vrai, de nombreux mois de travail dans le cadre de plusieurs contrats successifs en qualité de vendeuse, d'agente polyvalente de restauration et d'agente de service, l'intéressée, séparée ainsi qu'il vient d'être dit au point précédent et sans charge de famille, affirme, sans toutefois le démontrer de façon suffisamment probante, avoir " créé des amitiés " au long de ses années de présence sur le territoire français. En outre, les circonstances que Mme C a su se loger, maintenir son emploi, payer ses impôts et pourvoir à ses propres besoins de manière autonome ne sauraient suffire, à elles seules, à traduire son insertion suffisante en France, ce alors que, l'intéressée, qui se borne à faire part de son appréhension à retourner dans son pays d'origine de peur qu'il n'ait plus rien à voir avec celui qu'elle a quitté dix ans plus tôt, n'établit ni même n'allègue être dépourvue de tout lien au Maroc, où elle a d'ailleurs vécu jusqu'à l'âge de 30 ans, ni davantage qu'il existerait un obstacle sérieux à ce qu'elle s'y réinsère tant personnellement que professionnellement.

5. Par suite, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni méconnaître les stipulations citées au point précédent que la préfète de l'Oise a pris l'arrêté attaqué à l'encontre de Mme C, en dépit de l'ancienneté de sa présence en France et des efforts qu'elle a déployés en vue de s'y insérer professionnellement.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 4, que la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporte la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme C.

7. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux.

8. Mme C, qui a seulement sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non d'un titre de séjour portant la mention " salarié " prévu, s'agissant des ressortissants marocains, par les dispositions de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations dès lors que, par l'arrêté attaqué, la préfète de l'Oise n'a pas refusé de lui en faire application. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à le supposer soulevé, ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Beaucourt et Mme D, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

P. BEAUCOURTLe président,

signé

C. BINAND

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

5

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