jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301784 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | HOMEHR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mai 2023, M. A B, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de l'Aisne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile dès lors qu'il ne trouble pas l'ordre public ;
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions pour obtenir de plein droit un visa en qualité de conjoint de Française ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'administration lui a délivré un récépissé de demande de titre de séjour, ce qui a régularisé les conditions de son entrée en France ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 21 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fumagalli, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 22 janvier 1988, est entré sur le territoire français en août 2017, selon ses déclarations, muni de son passeport dépourvu de visa. L'intéressé a sollicité le 22 mars 2023 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par un arrêté du 28 avril 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé.
En ce qui concerne les moyens de légalité externe communs aux trois décisions :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Alain Ngouoto, secrétaire général de la préfecture de l'Aisne, à qui le préfet a donné délégation par un arrêté n°2023-06 du 15 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Cet arrêté donne délégation à M. C à l'effet de signer " en toutes matières, tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Aisne ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile sur lesquelles se fonde la décision de refus de titre de séjour, notamment les articles L. 423-1 et L. 423-2, ainsi que les stipulations des articles 7 quater et 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté indique que M. B ne peut se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française car il n'est pas entré régulièrement sur le territoire français, et fait état des éléments de sa situation familiale et personnelle. Par suite, la décision de refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Cette décision étant suffisamment motivée, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté par application des dispositions l'article L. 613-1 de ce code. Enfin, l'arrêté attaqué vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que les pays à destination desquels l'intéressé est susceptible d'être éloigné sont la Tunisie ou tout autre pays dans lequel il sera légalement admissible. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Il suit de là que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens propres à la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; () ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ". Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 11 mars 1988 modifié : " () les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article 10 de cet accord : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé la nationalité française () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français. Ainsi, le préfet pouvait légalement lui opposer cette circonstance pour refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de française, alors même que l'administration lui a délivré un récépissé de demande de titre de séjour en mars 2023, ce document n'ayant pas pour effet de régulariser les conditions de son entrée en France. Par suite, l'intéressé ne satisfaisait pas aux exigences de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et le moyen tiré de l'erreur de droit relative à la régularité de son entrée sur le territoire doit être écarté.
6. D'autre part, M. B n'a pas fait la demande d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien, il ne peut donc utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations. En tout état de cause, l'intéressé ne remplissait pas la condition de séjour régulier prévue par cet article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 10 de l'accord franco-tunisien est inopérant et doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé en France en 2017 et qu'il s'est marié le 24 août 2019 avec une ressortissante française, avec laquelle il n'a pas eu d'enfant. Compte tenu du caractère relativement récent du séjour de l'intéressé, et eu égard au fait que la décision contestée implique seulement une séparation temporaire du requérant avec son épouse et ses beaux-enfants, dès lors que l'intéressé pourra revenir régulièrement en France lorsqu'il aura obtenu un visa de long séjour en Tunisie, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision de refus de titre de séjour est illégale au motif que le préfet n'établit pas que sa présence constitue une menace à l'ordre public, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est fondé sur ce motif pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B. Par suite, ce moyen est inopérant et doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens propres à la décision d'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;() ". Aux termes de l'article L. 312-3 du même code : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ".
11. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6 et en application des dispositions citées au point précédent, l'administration pouvait, après avoir refusé la délivrance sollicitée, obliger l'intéressé à quitter le territoire français en application des dispositions citées au point précédent. En outre, la circonstance que M. B ait droit à la délivrance, depuis son pays d'origine, d'un visa long jour de plein droit comme conjoint d'une ressortissante française, ne fait pas obstacle à l'édiction d'une décision d'obligation de quitter le territoire français, prise en application des dispositions citées au point 10, à la suite de la décision refusant la délivrance du titre de séjour sollicité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3, paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant, et de l'erreur manifeste d'appréciation dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français doivent être écarté. Le moyen tiré de l'erreur de droit relative aux conditions de son entrée sur le territoire français doit également être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Homehr et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
La présidente,
Signé
C. Galle
Le rapporteur,
Signé
E. Fumagalli La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026