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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301889

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301889

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2023, M. A B, représenté par Me Chartrelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 août 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Le Gars, conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 25 novembre 2004, déclare être entré sur le territoire français en mars 2020, avant l'âge de 16 ans. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance le 30 juillet 2020. L'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 avril 2023, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

4. Si M. B se prévaut de son inscription en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle de monteur en installation sanitaire depuis la rentrée scolaire 2022 et d'un contrat d'apprentissage en cours de validité, il ressort néanmoins des pièces du dossier que, d'une part, l'intéressé ne maitrise qu'imparfaitement la langue française et que, d'autre part, ses très faibles résultats obtenus au titre du premier semestre 2022 ne permettent pas d'établir le caractère sérieux du suivi de sa formation. En outre, il n'établit pas ne plus entretenir de liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. Par suite, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il suive une scolarité en France et que la structure qui l'accueille ait considéré qu'il essayait de s'insérer dans la société française, la préfète, qui aurait pris la même décision si elle s'était initialement fondée sur ces considérations, est fondée à soutenir que ce motif, sur lequel M. B a été mis à même de présenter ses observations, est de nature à justifier légalement la décision lui refusant un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées et il y a en tout état de cause lieu de le substituer à celui initialement indiqué et tiré de ce que l'intéressé ne justifiait pas, malgré la demande que lui avait adressée le service instructeur, de contrat d'apprentissage en cours de validité ni de bulletins de notes permettant d'évaluer le caractère sérieux du suivi de sa formation professionnelle.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. B déclaré résider en France depuis mars 2020 où il a été confié à l'aide sociale à l'enfance et où il suit une formation en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle de monteur en installation sanitaire, il est célibataire et sans enfant et ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire français. Enfin, il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 4, ne plus disposer d'attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de

M. B doivent être rejetées. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thérain, président,

Mme Rondepierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

V. Le Gars

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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