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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302072

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302072

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2302072, le 22 juin 2023, Mme D C, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, compte-tenu de sa situation personnelle en France.

Le préfet de la Somme a produit des pièces qui ont été enregistrées le 18 août 2023.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.

II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2302074, le 22 juin 2023, M. E B, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, compte-tenu de sa situation personnelle en France.

Le préfet de la Somme a produit des pièces qui ont été enregistrées le 18 août 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991';

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- et les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant Mme C et M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. B, ressortissants ivoiriens, nés respectivement les 2 novembre 1987 et 26 juin 1983, déclarent être entrés en France le 17 octobre 2016. Ils ont sollicité l'asile mais ont vu cette demande rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 16 janvier 2018 que par la Cour nationale du droit d'asile le 22 octobre 2019. Ils ont alors fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 25 novembre 2019. Leurs requêtes contre ces arrêtés ont été rejetées par un jugement du tribunal du 17 janvier 2020 puis par la cour administrative d'appel de Douai le 24 août 2021. S'étant maintenus sur le territoire français, ils ont sollicité leur admission au séjour le 27 mars 2023 mais ont vu cette demande rejetée par les arrêtés attaqués du 22 mai 2023 qui leur ont fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et ont fixé la Côte d'Ivoire comme pays à destination duquel ils seront renvoyés en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2302072 et 2302074, présentées pour Mme C et M. B présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

4. Il ressort des termes des arrêtés attaqués que ceux-ci comportent de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, et détaillent la situation de Mme C et M. B par des considérations qui leur sont propres et notamment la présence en France de leurs enfants. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués seraient entachés d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C et M. B sont présents en France depuis 2016 et y résident avec leurs deux enfants mineurs. Toutefois, ils sont tous deux en situation irrégulière et aucun obstacle ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leurs pays d'origine où résident leurs deux enfants ainés et où il n'est pas établi que leurs enfants actuellement en France ne pourraient poursuivre normalement leur scolarité. Dans ces conditions, alors même que Mme C fait l'objet d'un suivi pour du diabète et que leur fils A connait une endorotation tibiale à gauche, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaitraient l'intérêt supérieur de leurs enfants en méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ou qu'ils seraient entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme C et M. B doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur le montant de la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle :

8. Aux termes de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat, ou à l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire () ".

9. En l'espèce, la requête de M. B enregistrée sous le n° 2302074 repose sur les mêmes faits que la requête n° 2302072 de Mme C, sa compagne, comporte des prétentions similaires et des moyens présentés de manière identique. Tous deux bénéficient de l'aide juridictionnelle et sont assistées par Me Tourbier. En conséquence, il y a lieu, conformément aux dispositions ci-dessus rappelées, d'appliquer un abattement de 30 % sur le montant de l'aide juridictionnelle correspondant à la requête n° 2302074.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C et M. B sont rejetées.

Article 2 : Il est appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Tourbier au titre de la requête n° 2302074.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. E B, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2302072 et 2302074

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