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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302104

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302104

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU3
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise attribuée au tribunal administratif d'Amiens par une ordonnance n° 2308532 du président du tribunal administratif de Cergy-pontoise du 23 juin 2023, M. A D C, depuis représenté à l'instance par l'association de protection juridique des majeurs de l'Oise (APJMO), ès qualité de tutrice, et représenté par Me Pereira demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023, par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au profit de son avocat sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle compte tenu de son état de santé et dès lors que son père, qui réside régulièrement en France, est le seul à pouvoir assumer son aide quotidienne dans la mesure où sa mère est décédée ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est disproportionnée et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il peut prétendre de plein droit à la délivrance de son titre de séjour et ne peut ainsi faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2023.

La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes telles que celle faisant l'objet des présents litiges.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, vice-président désigné,

- et les observations de Me Pereira, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C ressortissant algérien né le 15 juillet 1991, déclare être entré sur le territoire français le 17 octobre 2021. Par un arrêté du 21 juin 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. Il est constant que M. C souffre de graves séquelles et d'un handicap tant physique que psychologique, à raison duquel il a d'ailleurs été placé sous tutelle après la date d'intervention de l'arrêté attaqué par une décision du juge des tutelles du 1er août 2023. Il ressort également des pièces du dossier que cet état de santé nécessite une aide quotidienne pour l'accomplissement des actes de la vie courante prodiguée en l'espèce par son père, qui réside régulièrement sur le territoire français, et qu'il ne pourrait bénéficier d'un tel soutien familial dans son pays d'origine, alors que sa mère est décédée. Dès lors, et alors que le suivi et la prise en charge sur le plan médical et paramédical de M. C sont rendus possibles par l'accompagnement et le soutien apportés par son père, le préfet du Val d'Oise, qui ne se prévaut par ailleurs d'aucune dangerosité de l'intéressé tant pour lui-même que pour autrui, a, dans les circonstances particulières de l'espèce, entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant, dont l'intéressé est fondé, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens qu'il invoque, à demander l'annulation.

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier au profit de Me Pereira, avocate de M. C une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val d'Oise du 21 juin 2023 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Pereira une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C, à l'association de protection juridique des majeurs de l'Oise (APJMO), ès qualité de tutrice, et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

Le vice-président désigné,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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