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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302128

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302128

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 juin et 10 août 2023, M. B A, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) en tout état de cause, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé est insuffisamment motivé ;

- ce refus est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- ce refus est fondé sur une base légale erronée dès lors que l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable à sa situation ;

- ce refus est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il ne pouvait être fondé sur la circonstance qu'il était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " saisonnier " ;

- ce refus est entaché d'erreurs de fait dès lors que la préfète a considéré à tort, d'une part, qu'il ne disposait pas d'un savoir-faire pour occuper un emploi dans un domaine où sont constatées des difficultés de recrutement, d'autre part, qu'il ne détenait qu'une promesse d'embauche ou un contrat de travail et, enfin, que son titre de séjour portant la mention " saisonnier " avait été délivré en janvier 2022 ;

- ce refus est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage du pouvoir général de régularisation de la préfète ;

- ce refus méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête ne contient ni conclusions ni moyens et est par suite irrecevable en application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 24 août 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale entre l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel le refus de délivrance d'un titre de séjour attaqué est fondé, et le pouvoir général de régularisation de la préfète.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 5 mai 1987, est entré sur le territoire français, le 12 août 2017. Le 28 février 2023, il a demandé à la préfète de l'Oise son admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié. Par un arrêté du 17 mai 2023 dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à M. A vise les dispositions internationales, légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle de l'intéressé que la préfète a pris en considération pour le prendre. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que ce refus est insuffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. A n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par cet accord. Toutefois, les stipulations de ce dernier n'interdisent pas à l'autorité administrative, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. Il s'ensuit que la préfète de l'Oise ne pouvait légalement refuser l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié de M. A en se fondant sur la circonstance que ce dernier ne remplissait pas les conditions mentionnées par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, dès lors, de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir dont dispose la préfète de régulariser ou non la situation d'un étranger dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans sa mise en œuvre et que les parties ont été mises à même de présenter leurs observations sur ce point.

7. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère erroné de la base légale du refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à M. A doit être écarté.

8. En quatrième lieu, si, pour examiner la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A, la préfète de l'Oise a pris en compte, ainsi qu'elle pouvait légalement le faire, la méconnaissance par l'intéressé des obligations qui étaient les siennes en tant que titulaire d'un titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ", il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que la préfète ait refusé de délivrer à l'intéressé un titre de séjour au motif que M. A était titulaire d'une carte de séjour en qualité de travailleur saisonnier. Dès lors, le moyen tiré de cette erreur de droit doit être écarté.

9. En cinquième lieu, si la préfète a considéré à tort d'une part, que le titre de séjour de M. A portant la mention " saisonnier " avait été délivré en janvier 2022 et, d'autre part, à supposer cette circonstance établie, que M. A ne disposait pas d'un savoir-faire pour occuper un emploi dans un domaine où sont constatées des difficultés de recrutement, il ressort des pièces du dossier qu'elle aurait pris la même décision si elle ne s'était pas fondée sur ces circonstances pour refuser à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que la préfète ait considéré que M. A ne se prévalait que d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail. Dans ces conditions, le moyen tiré des erreurs de faits dont serait entaché le refus de délivrance d'un titre de séjour attaqué doit être écarté.

10. En sixième lieu, M. A est entré le 12 août 2017 sur le territoire français où résident deux de ses frères, dont un de nationalité française. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que M. A exerce la profession de chauffeur-livreur depuis mai 2018 à temps plein dans l'entreprise de son frère dans laquelle il a pris des parts, il a travaillé en France de manière continue en méconnaissant l'obligation de maintenir sa résidence habituelle hors de France qui lui incombait en qualité de bénéficiaire d'un titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " entre 2019 et 2022. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir général de régularisation.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. En huitième lieu, compte tenu de la situation de M. A telle que décrite au point 10 et du fait que l'intéressé n'établit pas ne plus disposer d'attaches au Maroc où résident son épouse, ses parents et le reste de sa fratrie, ni le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé, ni, en tout état de cause, l'arrêté attaqué n'ont porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ils ont été pris. Ces décisions n'ont ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, elles ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé.

13. En neuvième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale à raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

La présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2302128

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