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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302262

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302262

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAYDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 juillet et 16 août 2023, Mme B A, représentée par Me Aydin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Cambodge comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'elle remplit les conditions de l'article

L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de fait sur sa situation matrimoniale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, compte tenu de son ancienneté de séjour sur le territoire français, de sa situation matrimoniale, de sa situation professionnelle et des liens sociaux qu'elle a tissés ;

- il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle réside en France depuis 2013.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, le 10 juillet 2023.

Par ordonnance du 11 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2023, à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante cambodgienne, née le 27 juillet 1989, est entrée en France le 7 février 2020, sous couvert d'un visa long séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Le 30 novembre 2022, elle a formulé une demande de renouvellement de son titre de séjour, qui expirait le 24 janvier 2023. Par un arrêté du 9 juin 2023, dont l'intéressée demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Cambodge comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, la décision lui refusant le droit au séjour vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles elle se fonde et précise les éléments de la situation personnelle et professionnelle que l'autorité préfectorale a pris en considération pour l'édicter. Par ailleurs, la décision obligeant l'intéressée à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les décisions refusant de renouveler son droit au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français sont insuffisamment motivées.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

4. Mme A, qui ne conteste pas être arrivée en France le 7 février 2020, n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions citées au point précédent.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an.

La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ".

6. Si Mme A bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée, conclu le

13 juillet 2021, elle ne justifie cependant pas de l'autorisation mentionnée dans les dispositions de l'article citées au point précédent, dont elle ne peut, par suite, pas utilement de se prévaloir.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée ne justifie d'une communauté de vie avec son conjoint que jusqu'au mois d'avril 2022, alors qu'à partir du mois de mai 2022, l'assurance et les quittances de loyer de son habitation n'étaient établies qu'à son seul nom. En outre, la reprise de la vie commune des époux, à la supposer établie par la seule attestation rédigée par son conjoint en juillet 2023 et aux termes de laquelle leur relation aurait repris depuis deux semaines, est en tout état de cause intervenue à une date ultérieure à celle de la décision attaquée. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale aurait commis une erreur de fait en considérant que la communauté de vie avec son époux n'était plus établie à la date de sa décision.

8. En cinquième lieu, Mme A, qui est arrivée en France le 7 février 2020, ne justifie pas d'une ancienneté particulière de séjour sur le territoire français. Par ailleurs, si elle bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée, cette circonstance est insuffisante à établir des circonstances exceptionnelles justifiant un droit au séjour. Enfin, il ressort de ce qui a été exposé au point précédent qu'au jour de la décision contestée, Mme A ne vivait plus avec son conjoint depuis plus d'une année. Par suite, et alors qu'elle n'a pas d'enfant à charge et n'établit pas les liens sociaux dont elle se prévaut, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, Mme A, qui ne conteste pas ne pas être dépourvue d'attaches familiales au Cambodge où elle a vécu jusqu'à l'âge de

29 ans, n'est pas fondée à soutenir que la décision lui refusant le séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'elle méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, aux termes de l'ancien article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiées à l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ".

12. Pour la même raison que celle exposée au point 4 du présent jugement, Mme A ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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