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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302278

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302278

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

- d'annuler la décision en date du 23 mars (lire 13 juin) 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne (lire Oise) a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de dix mois ;

- d'enjoindre la restitution de son permis dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir.

M. B soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la procédure contradictoire préalable n'a pas été respectée ;

- les dispositions des articles R. 221-13 et R. 235-6 du code de la route sont méconnues ;

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2023 la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

La préfète fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 juin 2023 à 15h50, M. B a été intercepté par un officier de police judiciaire de Saint-Crépin-Ibouvilliers sur le territoire de la commune de Porcheux, alors qu'il circulait à une vitesse de 142 km/h (retenue pour 134) sur une route où la vitesse autorisée est limitée à 80 et que le dépistage salivaire s'est révélé positif au THC, la préfète de l'Oise a alors prononcé à l'encontre de M. B une suspension de son permis de conduire pour une durée de dix mois. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut de motivation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté vise les articles du code de la route dont il est fait application, précise que M. B a fait l'objet, le 11 juin 2023 à 15h50 sur la commune de Porcheux, d'une mesure de rétention de son permis de conduire en raison des vérifications prévues à l'article R. 235-5 du code de la route qui ont révélé qu'il conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, qu'il avait par ailleurs commis un dépassement et 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée et indique que M. B représente ainsi un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'absence de procédure contradictoire préalable :

4. En deuxième lieu, d'une part, l'article L. 224-1 du code de la route prévoit que les officiers et agents de police judiciaire procèdent à la rétention à titre conservatoire d'un permis de conduire, notamment lorsque les épreuves de dépistage de substances ou plantes classées comme stupéfiants se sont révélées positives. Par ailleurs, l'article L. 224-2 du même code permet au préfet, dans les 72 ou 120 heures, s'agissant des infractions telles que celles en cause, qui suivent, de suspendre le permis si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpelé à bord de son véhicule en étant positif aux substances ou plantes classées comme stupéfiants alors qu'il circulait à une vitesse dépassant de 40 km/h ou plus celle autorisée. Cette circonstance était de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, pour ses éventuels passagers et pour lui-même. Par suite, la décision attaquée entrait bien dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, de sorte que le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.

En ce qui concerne l'absence de précision quant aux examens médicaux :

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R.221-13 du code de la route : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : / 1° Tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; / 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction du droit de conduire ; / 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus ". Aux termes de l'article R. 221-14 du même code : " I. - Postérieurement à la délivrance du permis, le préfet peut enjoindre à un conducteur de se soumettre à un contrôle médical : () 3° Avant la restitution de son permis, à tout conducteur () à l'encontre duquel il a prononcé une mesure restrictive ou suspensive du droit de conduire pour l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1 et L. 234-8, afin de déterminer si l'intéressé dispose des aptitudes physiques nécessaires à la conduite du véhicule. () ". Il appartient à l'autorité préfectorale qui met en œuvre ces dispositions d'indiquer au conducteur la nature des examens médicaux requis ou les modalités du contrôle médical, ainsi que le délai dans lequel il doit s'y soumettre.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige prévoit, dans son article 4, que l'intéressé doit, avant la fin de la mesure de suspension dont il fait l'objet, se soumettre à une " visite médicale devant un médecin agréé pour prononcer un avis sur l'aptitude médicale à la conduite ". Le verso du même arrêté précise les documents dont l'intéressé doit se munir pour se rendre à cette visite ainsi que la démarche à suivre dans l'hypothèse où un avis favorable d'aptitude serait rendu. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige ne précise pas la nature des examens médicaux auxquels il doit se soumettre.

En ce qui concerne la régularité du dépistage :

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 235-6 du code de la route dispose que : " I - Le prélèvement salivaire est effectué par un officier ou agent de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétent à l'aide d'un nécessaire, en se conformant aux méthodes et conditions prescrites par l'arrêté prévu à l'article R. 235-4. / A la suite de ce prélèvement, l'officier ou l'agent de police judiciaire demande au conducteur s'il souhaite se réserver la possibilité de demander l'examen technique ou l'expertise prévus par l'article R. 235-11 ou la recherche de l'usage des médicaments psychoactifs prévus au même article. / Si la réponse est positive, il est procédé dans le plus court délai possible à un prélèvement sanguin dans les conditions fixées au II. () ". L'article R. 235-11 du même code prévoit : " Dans un délai de cinq jours suivant la notification des résultats de l'analyse de son prélèvement salivaire ou sanguin, à condition, dans le premier cas, qu'il se soit réservé la possibilité prévue au deuxième alinéa du I de l'article R. 235-6, le conducteur peut demander au procureur de la République, au juge d'instruction ou à la juridiction de jugement qu'il soit procédé à partir du tube prévu au second alinéa de l'article R. 235-9 à un examen technique ou à une expertise en application des articles 60, 77-1 et 156 du code de procédure pénale ".

9. Les dispositions précitées du code de la route sont relatives à la mise en œuvre de la procédure pénale suivie devant la juridiction judiciaire à l'occasion de la constatation d'une infraction au code de la route punie de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire. Le requérant n'est pas recevable à mettre en cause, devant le juge administratif, à l'occasion de sa contestation de l'arrêté de suspension de son permis de conduire pris sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, un éventuel manquement par l'officier de police judiciaire à son obligation d'information prévue au deuxième alinéa de l'article R. 235-6 du code de la route.

10. Ni les dispositions de l'article R. 235-3 du code de la route, ni celles de l'arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route, n'imposent que la décision de suspension du permis de conduire mentionne l'identité des personnes intervenues à l'occasion du prélèvement, le matériel et la méthode utilisés. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le prélèvement a été fait au moyen d'un flacon ou tube contenant un collecteur de salive et de cellules buccales sous la supervision d'un officier de police judiciaire et qu'il a été transmis en mains propres aux fins d'analyse par un expert inscrit en toxicologie, dument requis et habilité à cet effet, conformément aux dispositions des articles 5 et suivants de l'arrêté précité du 13 décembre 2016. Par suite, en l'absence de précisions complémentaires, le moyen tel qu'il est soulevé ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. TruyLa greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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