jeudi 28 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA |
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2302326, par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, Mme C D, épouse B, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023, par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Elle soutient que :
- le refus de titre est entaché d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que son enfant est inséré en France, où, depuis septembre 2016, il suit une scolarité satisfaisante et où il est engagé dans une activité sportive, et qu'un éloignement lui ferait perdre une année de scolarité à réapprendre une langue qu'il ne maitrise plus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme C D, épouse B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2023.
Par ordonnance du 17 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2023, à 12 heures.
II. Sous le n° 2302328, par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023, par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Il soutient que :
- le refus de titre méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à sa pathologie, faute de ressources suffisantes ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que son enfant est inséré en France, où, depuis septembre 2016, il suit une scolarité satisfaisante et où il est engagé dans une activité sportive, et qu'un éloignement lui ferait perdre une année de scolarité à réapprendre une langue qu'il ne maitrise plus ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il justifie d'une insertion au sein de la société française, par des activités bénévoles associatives.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2023.
Par ordonnance du 17 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2023, à 12 heures.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- et les observations de Me Pereira, représentant Mme D, épouse B et
M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, épouse B, et M. A B, ressortissants kosovars, nés respectivement le 29 juillet 1971 et le 8 octobre 1973, déclarent être entrés en France le
5 juillet 2016, où leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 janvier 2017, confirmées par deux arrêts de la cour nationale du droit d'asile du 7 septembre 2017, à la suite desquels a été prononcée à leur encontre une obligation de quitter le territoire français, le 26 septembre 2017. Ils ont, par la suite, fait l'objet d'une deuxième obligation de quitter le territoire français, le 1er août 2019. M. B a présenté une demande de titre séjour, en qualité de parent d'enfant mineur scolarisé, qui lui a été refusée par un arrêté du 25 mai 2022, annulé par un jugement du 4 octobre 2022. Mme D, épouse B a présenté la même demande le 22 décembre 2022. Par un arrêté du 28 juin 2023, dont l'intéressée demande l'annulation, aux termes de la requête n° 2302326, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure. Le 25 octobre 2022, M. B a présenté une demande de titre de séjour pour motifs de santé. Par un arrêté du 28 juin 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, aux termes de la requête n° 2302328, qu'il y a lieu de joindre à la requête n° 2302326 pour qu'il y soit statué par un même jugement, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.
Sur la requête n° 2302326 :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
3. Mme D, épouse B soutient, sans être contredite, avoir sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort par ailleurs du formulaire de demande de délivrance de titre de séjour qu'elle a présenté deux demandes de titre, dont une à raison de ses cinq ans de présence en France et des trois ans de scolarité de son enfant. Il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci ne vise pas l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni n'en cite les dispositions et qu'il ne procède pas à l'examen de la situation personnelle de l'intéressée au regard de celles-ci. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de Mme D, épouse B doit être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède que Mme B, qui ne demandait l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour que dans cette mesure et à raison de ce seul moyen, est fondée à soutenir que la décision du 28 juin 2023, par laquelle le préfet de la Somme a refusé de lui octroyer un titre de séjour, doit être annulée en tant qu'il ne se prononce pas sur la demande de titre de séjour formulée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français émise à son encontre doit, pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens présentés par la requérante à l'appui de ses conclusions dirigées à l'encontre de cette décision, être annulée.
Sur la requête n° 2302328 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
6. Pour refuser d'admettre M. B au séjour, le préfet s'est fondé sur l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 17 mai 2023, aux termes duquel l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si M. B soutient ne pas pouvoir bénéficier d'un traitement, faute de ressources, il ne ressort ni des documents médicaux dont il se prévaut, ni d'aucune autre pièce du dossier que le système de soins kosovar ne lui permettrait pas de poursuivre effectivement un traitement adapté à sa pathologie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour méconnaitrait les dispositions citées au point précédent et les conclusions tendant à l'annulation de cette décision doivent être rejetées.
7. Pour autant et en second lieu, il résulte du point 4 du présent jugement que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. B aurait pour effet, durant le réexamen de la demande de Mme B, de séparer le couple et leurs enfants et doit, pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens présentés par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées à l'encontre de cette décision, être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Somme procède au réexamen de la situation de M. B et de Mme D, épouse B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 juin 2023 du préfet de la Somme relatif à la situation de
Mme D, épouse B est annulé en tant qu'il ne se prononce pas sur la demande de titre de séjour présentée par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français.
Article 2 : L'arrêté du 28 juin 2023 du préfet de la Somme relatif à la situation de M. B est annulé en tant qu'il oblige l'intéressé à quitter le territoire français.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Somme de procéder au réexamen de la situation de M. B et de Mme D, épouse B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, épouse B, à M. B, et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2302326 et 2302328
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026