lundi 24 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302403 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BARDECHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2023 et 24 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Edberg, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'annuler son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cette décision ;
- elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code précité dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision n'est pas motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Pellerin pour se prononcer sur les litiges mentionnés à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pellerin, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen inexistante.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 31 janvier 1996, est entré en France en 2009, selon ses déclarations. Il a sollicité, le 3 janvier 2023, la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juin 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 12 juin 2023, dont M. B demande également l'annulation, la préfète de l'Oise a assigné ce dernier à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
2. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
3. M. B demande au tribunal d'annuler une décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 1, la préfète de l'Oise s'est bornée à prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par suite, les conclusions de M. B tendant à l'annulation d'une décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont dirigées contre une décision inexistante et doivent, par suite, être rejetées comme irrecevables.
Sur l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. L'avis d'audience se substitue, le cas échéant, à celui qui avait été adressé aux parties en application de l'article R. 776-11. / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation de la mesure d'éloignement et des décisions fixant le délai de départ volontaire, le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignant l'intéressé à résidence. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 12 juin 2023 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé à M. B un titre de séjour sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire, ainsi que de la demande relative aux frais d'instance.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
7. L'arrêté attaqué vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constituent le fondement de la décision attaquée et expose les considérations de fait sur lesquelles il se fonde et fait état, en particulier, de la situation familiale de l'intéressé et notamment de la présence en France de son enfant français né le 22 novembre 2020. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des considérations de fait relatives à la situation de l'intéressé, expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ne se serait pas personnellement présenté afin de solliciter un titre de séjour et qu'il n'aurait pas été en mesure, à cette occasion, de faire part de toute observation qu'il jugeait utile, ni qu'il aurait ensuite été empêché de communiquer des éléments complémentaires au cours de l'instruction de sa demande. Dans ces conditions, et alors que l'obligation de quitter le territoire français en litige a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B n'est pas fondé à soutenir que celle-ci a été prise à l'issue d'une procédure méconnaissant le droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. B fait état de sa présence en France depuis quinze ans, de celle de son enfant français né le 22 novembre 2020, de l'absence d'attaches en République démocratique du Congo et de son intégration dans la société française. Toutefois, le requérant, qui déclare être séparé de la mère de l'enfant depuis 2020, n'établit par aucune pièce versée au dossier contribuer financièrement à l'entretien et à l'éducation de son enfant et ne justifie pas être dans l'impossibilité de le faire à la date de la décision attaquée. En outre, la production d'attestations de la mère de l'enfant, d'un voisin et d'une amie faisant état de l'implication de M. B dans l'éducation de son enfant et de photographies de l'intéressé avec son enfant ne suffisent pas à établir la réalité de la contribution du requérant à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par ailleurs, l'intéressé ne conteste pas avoir fait l'objet de cinq condamnations pénales entre le 19 novembre 2014 et le 17 juin 2019 pour des faits de vol, d'usage de stupéfiants et des infractions routières et avoir été entendu à cinq reprises entre le 31 juillet 2015 et le 21 juin 2022 notamment pour des faits de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour des personnes à l'encontre d'un chargé de mission de service public ainsi que pour des violences aggravées par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Ainsi, le requérant ne démontre pas son intégration dans la société française à la date de l'arrêté attaqué. Enfin, le requérant n'établit pas avoir d'autres attaches familiales en France que celle de son enfant. Compte tenu de ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En dernier lieu, pour le même motif que celui exposé au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. L'arrêté attaqué mentionne que l'intéressé, né en République démocratique du Congo, est de nationalité congolaise, et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la préfète de l'Oise a suffisamment motivé la décision attaquée. Le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement des conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation dirigées contre la décision de refus de titre de séjour et celles aux fins d'injonction et d'astreinte qui en sont l'accessoire, ainsi que celles relatives aux frais d'instance, est renvoyé à la formation collégiale compétente du tribunal administratif d'Amiens.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2023.
La magistrate désignée,
Signé
C. Pellerin
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026