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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302448

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302448

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2023, M. C B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit l'ensemble des critères fixés pour la délivrance d'un tel titre de séjour ;

- il réside en France depuis plus de sept ans, où il y a fixé ses centres d'intérêt, et n'a plus aucune attache familiale ni aucun contact avec son pays d'origine, où il n'aura pas accès aux soins.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 septembre 2023 à 12h00.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère ;

- et les observations de Me Pereira représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais né le 15 septembre 1984, est entré sur le territoire français le 6 avril 2016 selon ses déclarations. L'intéressé a sollicité, le 5 octobre 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 juillet 2023, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination de sa reconduite à la frontière en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ".

3. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité par M. B, la préfète de l'Oise a estimé, en suivant l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité.

4. Pour contester cette appréciation, M. B fait valoir qu'il souffre de séquelles importantes du membre inférieur gauche, qui lui occasionnent de troubles importants de la marche et d'une infection chronique qui nécessitent une prise en charge thérapeutique permanente, à laquelle il n'a pu avoir accès dans son pays d'origine, ainsi que de nombreuses séances de rééducation. Toutefois, les certificats médicaux qu'il produit au soutien de ses allégations, s'ils établissent qu'il est suivi au sein du service de chirurgie orthopédique du centre hospitalier de Beauvais pour une plaie chronique de la face interne de la jambe gauche avec infection osseuse, font seulement apparaitre que son état de santé nécessite, outre un appareillage adapté pour faciliter la marche, une surveillance médicale au long cours afin d'éviter des complications en cas de surinfection et aggravation de son état clinique. Ainsi, ces éléments, qui n'ont au demeurant pas été indiqués dans le certificat médical adressé au médecin de l'OFII qu'il produit, ne suffisent pas à remettre en cause l'appréciation du collège de médecins précitée concernant l'absence d'exceptionnelle gravité des conséquences d'un défaut de prise en charge, ni par suite la décision de la préfète prise au vu de cet avis. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que par la décision en litige, la préfète de l'Oise a méconnu les dispositions l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. B se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, où il affirme avoir fixé ses centres d'intérêts. Toutefois, il ne justifie pas, par la seule production d'attestations d'hébergement de l'association départementale d'accueil et de réinsertion sociale de l'Oise et d'élection de domicile à la boutique Emmaüs de Beauvais ainsi que de la carte de séjour temporaire dont il a été titulaire du 14 mai au 26 septembre 2020, d'une intégration intense et stable en France, alors même qu'il ressort des pièces du dossier que sa demande de renouvellement de titre de séjour a été rejetée le 10 août 2021 et qu'il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré. S'il fait valoir, pour justifier de la poursuite de son séjour en France, des considérations tenant à son état de santé, il résulte toutefois de ce qui vient d'être dit au point précédent qu'il ne produit pas d'éléments suffisamment circonstanciés permettant de remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'OFII quant aux conséquences d'un défaut de prise en charge médicale. Enfin, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans au moins. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a porté, par l'arrêté attaqué, une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme A et Mme Parisi, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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