jeudi 3 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302516 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LEMOS PAES GONCALVES DA SILVA |
Vu la procédure suivante :
I) Par une ordonnance du 27 juillet 2023, la vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au présent tribunal le dossier de la requête présentée par M. C H F E.
Par cette requête et des mémoires complémentaires, enregistrés sous le n° 2302516 les 27 et 29 juillet 2023 et le 1er août 2023, M. F E, représenté par Me Lemos demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son admission exceptionnelle au séjour est en cours d'instruction par les services de la préfecture des Yvelines ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le risque de fuite n'est pas établi.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle n'est ni justifiée, ni proportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte aucun moyen ni conclusion précis en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et que, en tout état de cause, les moyens soulevés par M. F E ne sont pas fondés.
II) Par une ordonnance du 27 juillet 2023, la vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au présent tribunal le dossier de la requête présentée par M. C H F E.
Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2302517 le 27 juillet 2023 et le 1er août 2023, M. F E, représenté par Me Lemos demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet n'est pas une perspective raisonnable puisque cette décision a de forte probabilité d'être annulée par le juge de l'excès de pouvoir ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Beauvais alors qu'il réside effectivement à Sartrouville dans le département des Yvelines.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte aucun moyen ni conclusion précis en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et que, en tout état de cause, les moyens soulevés par M. F E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Beaucourt, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beaucourt, magistrate désignée,
- les observations de Me Lemos représentant M. F E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C H F E, ressortissant brésilien né le 3 septembre 1988, déclare être entré en France 28 mars 2019. Par un arrêté du 24 juillet 2023, dont il demande l'annulation par sa requête enregistrée sous le n° 2302516, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an. Par un arrêté du même jour, dont M. F E sollicite également l'annulation par la requête enregistrée sous le n° 2302517, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de de quarante-cinq jours.
2. Les requêtes n° 2302516 et n° 2302517, présentées pour M. F E, concernent la même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
3. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge ". A l'appui de ses conclusions à fin d'annulation, M. F E soulève plusieurs moyens de légalité externe et de légalité interne, dont certains ont ensuite été développés dans ses écritures complémentaires. Dans ces conditions, les requêtes présentées par M. F E répondent toutes deux aux exigences de l'article R. 411-1 du code de justice administrative de sorte que les fins de non-recevoir opposées à ce titre par la préfète de l'Oise ne peuvent qu'être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.
5. Par un arrêté du 6 février 2023, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. D B, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G A, à l'effet de " signer tout acte, arrêté, correspondance, décision, requête et circulaire relevant des attributions de l'État dans le département de l'Oise " à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des étrangers. Dès lors, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'a pas été absent ou empêché à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de l'incompétence de M. B, signataire de l'arrêté attaqué, ne peut qu'être regardé comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".
7. Le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve dans les cas mentionnés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, y compris si un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour lui a été délivré pendant la durée d'instruction de cette demande de titre de séjour. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
8. Il est constant que M. F E, non soumis à l'obligation de visa, s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, le 28 mars 2019, sans solliciter la délivrance d'un premier titre de séjour. Si le requérant fait, à cet égard, valoir qu'il a saisi les services de la préfecture des Yvelines d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent, au contraire, à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. M. F E, qui n'établit ni même n'allègue qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, entre dans le champ d'application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise a pu obliger l'intéressé à quitter le territoire français sur le fondement de ces dispositions, nonobstant la circonstance que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour demeure en cours d'instruction par les services de la préfecture des Yvelines. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. En troisième lieu, la circonstance que la préfète de l'Oise n'ait pas fait mention, dans l'arrêté attaqué, de la demande d'admission au séjour de l'intéressée présentée le 20 mars 2023 n'est pas, par elle-même et compte tenu de ce qui vient d'être exposé au point précédent, de nature à révéler un défaut d'examen de sa situation personnelle.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
11. M. F E, qui fait état d'une présence en France depuis mars 2019, soit plus de quatre ans à la date de la décision attaquée, se prévaut de son insertion par le travail dans la société française. S'il est vrai que le requérant totalise de nombreux mois de travail dans le cadre de deux contrats à durée indéterminée successifs, l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, ne fait état d'aucuns liens, autres que professionnels, tissés sur le territoire français depuis son arrivée en France, ce alors qu'il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il a quitté à l'âge de 30 ans. Par suite, c'est sans méconnaître les stipulations citées au point précédent que la préfète de l'Oise a obligé M. F E à quitter le territoire français, en dépit des efforts qu'il a déployés en vue de s'y insérer professionnellement.
12. En cinquième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, pour les mêmes motifs que ceux précédemment évoqués, que la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporte la décision attaquée sur la situation personnelle de M. F E.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 4 à 12, le moyen tiré de ce que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
14. En second lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Par ailleurs, l'article L. 612-3 de ce code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
15. Il ressort des termes même de l'arrêté attaqué, ainsi que le requérant le reconnaît lui-même dans ses écritures, que ce dernier a contrefait un document d'identité et en a fait usage dans le but de rechercher du travail. Par suite, nonobstant les circonstances qu'il a déposé une demande de titre de séjour et qu'il dispose d'un passeport en cours de validité ainsi que d'un domicile effectif, la préfète de l'Oise a pu, pour ce seul motif, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire au motif qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. En premier lieu, eu égard à ce qui été énoncé aux points 4 à 12, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, l'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
18. Il résulte des dispositions précitées que la durée de l'interdiction de retour est déterminée par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
19. En se bornant à soutenir que " l'interdiction de retour sur le territoire français n'est ni justifiée, ni proportionnée ", M. F E n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, en dépit du fait que le requérant n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et de la circonstance que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que la durée de son séjour en France n'est pas particulièrement ancienne et qu'il ne justifie d'aucun lien particulièrement ancien, intense et stable sur le territoire français. Dès lors, la préfète de l'Oise a pu, sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à l'encontre de M. F E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
20. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, l'arrêté de la préfète de l'Oise, en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
21. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". En outre, l'article R. 733-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
22. Si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions citées au point précédent ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, les modalités de ces mesures susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Elles ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir, ni au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
23. La décision attaquée, qui porte assignation à résidence de M. F E pour une durée de quarante-cinq jours sur le territoire de la commune de Beauvais et interdiction de sortir du département de l'Oise sans autorisation, lui fait obligation de demeurer " à son domicile " chaque jour de 5h30 à 7h30 et de se présenter les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de police de Beauvais. Or, il ressort des pièces du dossier, et notamment du contrat de bail et de la quittance de loyer versés aux débats par M. F E, que ce dernier, ainsi qu'il l'a d'ailleurs déclaré lors de son audition par les services de police, justifie résider, depuis le 1er décembre 2020, au 16 rue de Cormeilles sur le territoire de la commune de Sartrouville dans le département des Yvelines. Par suite, en assignant à résidence M. F E dans un département dans lequel il n'est pas effectivement domicilié, la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. F E est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans l'instance n° 2302516, la partie perdante, au titre des frais exposés par M. F E et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions, s'agissant de l'instance n° 2302517, et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 : La requête n° 2302516 de M. F E est rejetée.
Article 2 : L'arrêté du 24 juillet 2023 de la préfète de l'Oise assignant M. F E à résidence est annulé.
Article 3 : L'État versera à M. F E une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C H F E et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2023.
La magistrate désignée,
Signé
P. BEAUCOURTLe greffier,
Signé
P. VROMAINE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2302516 et 2302517
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026