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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302518

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302518

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU1
Avocat requérantSELARL SAMSON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juillet et 31 août 2023, M. A B, représenté par Me Samson, demande au tribunal d'annuler la décision en date du 21 juin 2023 par laquelle la préfète de l'Oise lui a fait interdiction de conduire sur le territoire français pour une durée de quatre mois.

M. B soutient que :

- la décision n'est pas justifiée en droit comme en fait ;

- elle ne repose sur aucun fondement légal ;

- elle est excessive et injustifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention sur la circulation routière signée à Genève le 19 septembre 1949 ;

- la convention sur la circulation routière signée à Vienne le 8 novembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 juin 2023 à 17 h 10, M. A B a été contrôlé par le peloton motorisé de la gendarmerie de Beauvais sur la route D 901 traversant le territoire de la commune d'Achy (Oise) alors qu'il circulait à une vitesse de 130 km/h (retenue pour 123) pour une vitesse autorisée de 80. Il a été procédé à la rétention de son permis de conduire. La préfète de l'Oise a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de conduire sur le territoire français pour une durée de quatre mois. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 42 de la convention de Vienne sur la circulation routière du 8 novembre 1968, relatif à la suspension de la validité des permis de conduire : " 1. Les Parties contractantes ou leurs subdivisions peuvent retirer à un conducteur qui commet sur leur territoire une infraction susceptible d'entraîner le retrait du permis de conduire en vertu de leur législation, le droit de faire usage sur leur territoire du permis de conduire, national ou international, dont il est titulaire. En pareil cas, l'autorité compétente de la Partie contractante ou de celle de ses subdivisions qui a retiré, le droit de faire usage du permis pourra : () a) se faire remettre le permis et le conserver jusqu'à l'expiration du délai pendant lequel le droit de faire usage du permis est retiré ou jusqu'à ce que le conducteur quitte son territoire, si ce départ intervient avant l'expiration du délai () ". L'article L. 224-2 du code de la route permet au représentant de l'Etat dans le département, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, de prononcer la suspension du permis de conduire, pour une durée n'excédant pas six mois, notamment dans le cas où le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué.

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les textes dont il est fait application, notamment la convention de Vienne et l'article L. 224-2 du code de la route précités. En outre, il indique que M. B a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis, dans le territoire de la commune d'Achy le 20 juin 2023 à 17h10, une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, en précisant que l'intéressé a commis un dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée établi au moyen d'un appareil homologué, en l'occurrence une vitesse retenue de 123 km/ h pour une vitesse autorisée de 80 km/ h. Dans ces conditions, cet arrêté, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ". Les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 sont définies à l'article L. 122-1 du même code. La suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du même code. Toutefois, compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur ayant commis un grave excès de vitesse retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement prendre cette décision en se dispensant de procédure contradictoire en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En l'espèce, à le supposer que le requérant ait entendu soulever ce moyen, il ressort des pièces du dossier que M. B a commis un dépassement de plus de 40 km/h de la vitesse maximale autorisée, en l'occurrence une vitesse enregistrée de 130 km/h et retenue à 123 km/ h, alors que la vitesse autorisée sur la route nationale en cause était limitée à 80 km/h. Dans ces conditions, contrairement à ce que le requérant soutient, la préfète de l'Oise pouvait légalement prendre la décision de suspension litigieuse en se dispensant du respect de la procédure contradictoire.

6. En troisième lieu, l'article 42 de la convention de Vienne du 8 novembre 1968, qui ne requiert par l'intervention d'un acte complémentaire pour produire des effets en droit national contrairement à ce que le requérant soutient, permet aux autorités françaises de priver le titulaire d'un permis de conduire étranger du droit de faire usage sur son territoire de ce permis lorsqu'il a commis une infraction susceptible d'entraîner le retrait du permis de conduire en vertu de sa législation. Or la conduite d'un véhicule à une vitesse excédant de plus de 40 km/h celle autorisée constitue une infraction susceptible d'entraîner la suspension du permis de conduire au regard de la législation française, notamment de l'article L. 224-2 du code de la route. Par suite, la préfète de l'Oise pouvait légalement, sur le fondement des stipulations et des dispositions précitées combinées, interdire temporairement à M. B de conduire sur le territoire français. Le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée doit donc être écarté.

7. En dernier lieu, d'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui se réfère clairement au permis de conduire étranger de l'intéressé, que celui-ci a été interdit de conduire en France sous le couvert de ce permis. La décision attaquée ne comporte ainsi aucune interdiction générale et absolue. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été contrôlé alors qu'il conduisait à une vitesse excédant de plus de 40 km/h celle autorisée. Il a signé le procès-verbal correspondant sans formuler d'observations. Dans ces conditions, et compte tenu notamment du danger que représentait l'intéressé pour la sécurité publique, la mesure en litige n'apparaît pas disproportionnée et la préfète n'a pas commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de conduire sur le territoire français pendant une durée de quatre mois.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2023.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. Truy

La greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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