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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302645

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302645

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU4
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée sous le n°2302645 le 3 août 2023, M. B E, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

A titre principal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de renouveler son attestation de demande d'asile, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

A titre subsidiaire : de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'intervention de la décision de la cour nationale du droit d'asile.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2023.

II) Par une requête, enregistrée le 3 août 2023, Mme A D, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

A titre principal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de renouveler son attestation de demande d'asile, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

A titre subsidiaire : de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'intervention de la décision de la cour nationale du droit d'asile.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, magistrat désigné ;

- et les observations de M. E et de Mme D, assistés de Me Basili et de Mme C, interprète en langue géorgienne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant géorgien né le 23 juin 1984, et Mme A D, son épouse, ressortissante géorgienne née le 7 novembre 1976, ont chacun présenté une demande d'asile qui a été rejetée par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 avril 2023 notifiées le 27 avril suivant. Par leurs requêtes enregistrées respectivement sous le n°2302645 et sous le n°2302646, ils demandent au tribunal, chacun en ce qui le concerne, d'annuler les arrêtés du 18 juillet 2023 par lesquels le préfet de la Somme a refusé de renouveler leur attestation de demande d'asile, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Géorgie ou tout autre pays dans lequel ils établiraient être légalement admissibles pour leur reconduite à la frontière et leur a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

2. Les requêtes de M. E et de Mme D présentent à juger des questions semblables et connexes, qui ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, le préfet de la Somme a indiqué de manière suffisamment précise l'exposé des motifs de droit et des considérations de fait sur lesquels il s'est fondé pour prendre ses arrêtés, tirés notamment de ce que les intéressés ne peuvent plus se maintenir sur le territoire français en raison du rejet de leur demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, le préfet n'a pas entaché cet arrêté d'un défaut de motivation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Si les requérants se prévalent de craintes pour leur vie ou leur liberté en cas de retour en Géorgie, dont ils ne contestent pas, toutefois, qu'il est un pays d'origine sûr au sens et pour l'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils n'apportent aucun élément à l'appui de leurs allégations dépourvues de tout caractère circonstancié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

6. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

7. Ainsi qu'il été dit, les requérants n'apportent aucun élément probant à l'appui de leurs allégations de nature à justifier, au titre de leur demande d'asile, leur maintien sur le territoire français durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par conséquent, leurs conclusions à fin de suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français dont ils font l'objet doivent être rejetées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de suspension présentées par M. E et par Mme D doivent être rejetées. Par suite, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

9. Enfin, l'arrêté attaqué dans l'instance n°2302646 par Mme D correspond à un litige similaire à celui enregistré sous le n° 23032645 dirigé par M. E contre l'arrêté qui le concerne. Pour contester ces arrêtés du préfet de la Somme, les requérants bénéficient de l'aide juridictionnelle totale et sont assistés par Me Tourbier. En conséquence, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 et d'appliquer un abattement de 30% sur le montant de l'aide juridictionnelle correspondant à la requête enregistrée sous le n°2302646.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. E et de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Il est appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Tourbier au titre de la requête de Mme D enregistrée sous le n° 2302646.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, Mme A D au préfet de la Somme et à Me Tourbier.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 22 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2302645, 2302646

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