mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302758 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | INGELAERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 août 2023 et 19 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Thomas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le maire de la commune de Neuville-sur-Ailette a refusé de lui délivrer un permis de construire trois bâtiments de quatre logements chacun, une aire de stationnement et un local poubelle, sur une unité foncière située rue Tour de Ville sur le territoire de cette commune, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de cette commune de réexaminer sa demande de permis de construire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Neuville-sur-Ailette la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé au regard des obligations posées par les articles L. 424-3 du code de l'urbanisme et A. 424-4 du code de l'urbanisme ;
- cet arrêté est entaché d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article 1AU3 du règlement écrit du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Neuville-sur-Ailette ; en tout état de cause, des prescriptions, en application de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme, auraient permis d'assurer un accès conforme ;
- c'est à tort que le maire s'est fondé sur l'article 1AU 6 du règlement du PLU pour refuser de lui délivrer le permis de construire sollicité, dès lors que cet article ne trouve pas à s'appliquer en l'espèce ; en tout état de cause, le maire aurait dû assortir le permis de construire de prescriptions ;
- le motif tiré de ce que le projet est de nature à altérer l'intérêt des lieux, est entaché d'une erreur de droit dans l'application de l'article 1AU 11 du règlement du PLU dès lors que le maire n'a pas apprécié la qualité du site d'implantation du projet et d'erreur d'appréciation, dès lors que les lieux environnants ne présentent aucune caractéristique susceptible de leur conférer un intérêt incompatible avec le projet, et d'autre part, que ce dernier est conçu de manière à limiter son impact sur le paysage ;
- l'article 1AU11 du règlement du PLU, relatif aux toitures, méconnait l'article L. 151-18 du code de l'urbanisme ;
- son projet ne méconnait pas les dispositions de l'article 1AU11 du règlement du PLU relatif aux toitures ; en tout état de cause la teinte des tuiles mécaniques de la toiture aurait pu faire l'objet d'une prescription ;
- le maire ne pouvait lui opposer le motif tiré de la méconnaissance de l'article 1AU12 du règlement du PLU, relatif au stationnement, dès lors qu'un tel motif aurait pu faire l'objet de prescriptions ;
- c'est à tort que le maire a opposé un motif tiré de la méconnaissance de l'article 1AU13 du règlement du PLU, dès lors que les dispositions de cet article ne prévoient pas la réalisation de haies champêtres en bordure de parcelles ;
- c'est à tort que le maire a opposé un motif tiré de l'inconstructibilité de la zone 2AU ; en tout état de cause, le maire aurait dû assortir son permis de construire de prescriptions ;
- l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- le maire ne pouvait opposer un motif tiré de la méconnaissance des orientations du projet d'aménagement et de développement durables qui n'est pas opposable aux autorisations d'urbanisme ;
- les dispositions de la loi n° 2021-1104 du 11 août 2021 ne sauraient justifier le refus de délivrance du permis de construire sollicité.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 décembre 2023 et le 12 février 2024, la commune de Neuville-sur-Ailette, représentée par Me Ingelaere, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;
- certains motifs de la décision litigieuse peuvent en tout état de cause être neutralisés ;
- à titre subsidiaire, la décision litigieuse aurait pu être fondée sur les motifs tirés tout d'abord de l'absence au dossier de permis de construire de l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, ensuite du caractère frauduleux de la demande de permis et enfin des inexactitudes du dossier en méconnaissance de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme.
Par ordonnance du 16 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mars 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Parisi, conseillère,
- les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lutringer pour M. A et de Me Blanco pour la commune de Neuville-sur-Ailette.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 octobre 2022, M. A a déposé une demande de permis de construire trois bâtiments de quatre logements chacun sur une unité foncière située rue Tour de Ville sur le territoire de la commune de Neuville-sur-Ailette. Par un arrêté du 21 février 2023, le maire de cette commune a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. Par un courrier du 19 avril 2023, réceptionné par la commune le 20 avril suivant, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 février 2023, ensemble la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Neuville-sur-Ailette a rejeté son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / () ". Aux termes de l'article A. 424-3 du même code : " L'arrêté indique, selon les cas ; / b) Si le permis est refusé ou si la déclaration préalable fait l'objet d'une opposition ; () ". Enfin, aux termes de l'article A. 424-4 de ce code : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article A. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours. ".
4. En l'espèce, pour rejeter la demande de permis de construire déposée par M. A, le maire de la commune de Neuville-sur-Ailette a indiqué les raisons pour lesquelles le projet en cause méconnaissait les dispositions des articles 1AU3, 1AU6, 1AU11, 1AU12 et 1AU13 du règlement écrit du plan local d'urbanisme (PLU) communal et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et a précisé, en outre, que toute construction est interdite en zone 2AU et que l'opération envisagée, qui entraîne la consommation de terres agricoles, ne respecte pas les orientations générales d'aménagement territorial définies dans le projet d'aménagement et de développement durables du document d'urbanisme de la commune. Si M. A soutient que l'arrêté litigieux ne précise pas dans quelle mesure le projet méconnait les dispositions de l'article 1AU11 du règlement écrit du PLU relatif aux toitures, il résulte toutefois des termes de l'arrêté attaqué que le maire a précisé, d'une part, que " le projet prévoit des constructions comportant une partie de toitures en 4 pans et une partie en toit terrasse qui s'élève à 6,50 m " et d'autre part, que " les toitures sont couvertes de tuiles mécanique rouge flammé ". Ce faisant, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait motivant la méconnaissance de l'article 1AU 11 du règlement écrit du PLU. Par ailleurs, si M. A soutient que le maire aurait dû indiquer les motifs pour lesquels les constructions sont interdites en zone 2AU, la seule absence de référence à l'article du règlement écrit du PLU indiquant les formes d'occupations et d'utilisations du sol proscrites dans cette zone n'est pas de nature à caractériser une insuffisance de motivation, et ce alors que M. A a d'ailleurs contesté précisément le bien-fondé de ce motif de refus dans ses écritures. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux précise les circonstances de droit et de fait qui justifient le refus de délivrance du permis de construire sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1AU 3 du règlement écrit du PLU de la commune de Neuville-sur-Ailette : " ACCES / Pour être constructible, un terrain doit avoir un accès à une voie publique ou privée ouverte à la circulation automobile et en état de viabilité. Cet accès devra se faire : / - soit directement par une façade sur rue,/- soit par l'intermédiaire d'un passage privé (appendice d'accès) / Les accès ne doivent présenter aucun risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès eu égard à la nature et à l'importance du trafic, ainsi qu'à la position et à la configuration de ces accès. Dans le cas contraire, la construction ne pourra être autorisée () / VOIRIE / Les constructions et installations doivent être desservies par des voies publiques ou privées dont les caractéristiques correspondent à leur destination ; ces voies doivent permettre de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile. / Les voies en impasse doivent dans leur partie terminale être aménagées de façon à permettre aux véhicules de ramassage des ordures ménagères, s'ils doivent y accéder pour la collecte, de faire demi-tour () ".
6. Pour refuser, au visa de ces dispositions, le permis sollicité par M. A, le maire de Neuville-sur-Ailette a considéré, d'une part, que le projet est desservi par un chemin rural dont les caractéristiques insuffisantes (cailloux, enherbé et non revêtu) et non ouvert à la circulation générale ne permettent pas de garantir la desserte par tout temps et pour tout type de véhicules du projet, et, d'autre part, que le projet, par la création de douze logements, générera un flux de circulation supplémentaire et inadapté aux caractéristiques de la voie alors que la commune n'envisage pas la réalisation de travaux de desserte et que le projet ne prévoit pas de prendre à sa charge l'aménagement de la voirie.
7. Il est constant que le projet l'ensemble immobilier litigieux, doté d'une entrée unique pour les véhicules, est desservi par la rue du Tour de Ville, qui est un chemin rural. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies produites par le pétitionnaire dans son dossier de demande de permis de construire et des vues par satellites produites par la commune en défense que seule une partie de cette voie est goudronnée et que son étroitesse rend difficile le croisement de plusieurs véhicules à la fois. En outre, il ressort des pièces du dossier que ce chemin dessert également, sur sa partie goudronnée, au plus trois habitations de sorte que la circulation sur ce chemin va être considérablement augmentée par la construction de douze logements et vingt-quatre places de stationnement, objet du projet litigieux. Dans ces conditions, la rue du Tour de Ville ne peut être regardée comme présentant des caractéristiques adaptées au trafic quotidien généré par l'opération de construction projetée. A ce titre, si M. A soutient que la desserte du projet aurait pu faire l'objet de prescriptions spéciales, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article 1AU3 du PLU que le service instructeur serait tenu de délivrer un permis de construire en l'assortissant de prescriptions spéciales lorsque cette possibilité existe. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le maire de Neuville-sur-Ailette a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en considérant que le projet méconnait l'article 1AU 3 du règlement écrit du PLU.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 1AU 11 du règlement écrit du PLU de la commune de Neuville-sur-Ailette : " TOITURES / () / Les toitures des constructions à usage d'habitation seront composées d'un ou plusieurs éléments à versants symétriques dont la pente sera comprise entre 40° et 45°. Les constructions annexes isolées d'une hauteur à l'égout inférieure à 3 mètres pourront être couvertes soit par une toiture à un seul versant de pente plus faible, soit par un toit en terrasse s'il est dissimulé par un mur. / () / La couverture des habitations sera réalisée en ardoise (format 24x40), tuile mécanique de teinte ardoise bleuté, ou tout autre matériau de substitution de teinte, d'appareillage et module identique (fibro-ciment 24x40) () ".
9. Premièrement, il résulte de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme que la déclaration d'illégalité d'un document d'urbanisme a, au même titre que son annulation pour excès de pouvoir, pour effet de remettre en vigueur le document d'urbanisme immédiatement antérieur. Dès lors, il peut être utilement soutenu devant le juge qu'un permis de construire a été délivré sous l'empire d'un document d'urbanisme illégal à la condition que le requérant fasse en outre valoir que ce permis méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur.
10. Si M. A soutient que l'article 1AU 11 du règlement du PLU est illégal en ce qu'il méconnait l'article L. 151-18 du code de l'urbanisme, il ne soutient ni même n'allègue que les dispositions antérieures ainsi remises en vigueur du fait de cette illégalité autoriseraient son projet. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cet article doit être écarté comme inopérant.
11. Deuxièmement, d'une part, il ressort tant de la notice descriptive du projet que des plans joints au dossier de demande de permis de construire que chacun des trois bâtiments projetés " se compose de trois parties ", dont deux parties couvertes d'une toiture avec combles à deux pans avec croupe avec une pente à 40°, et une partie couverte d'un toit terrasse, et ce alors même que les dispositions précitées de l'article 1AU 11 du règlement du PLU réservent l'utilisation d'un toit terrasse aux constructions annexes isolées d'une hauteur à l'égout inférieure à 3 mètres. D'autre part, il ressort des mêmes pièces que le projet prévoit que les couvertures seront en " tuile mécanique RAL rouge flammée ", en méconnaissance de la teinte " ardoise bleutée " exigée par l'article 1AU11 du règlement écrit du PLU. Dans ces conditions, et alors qu'il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article 1AU 11 du règlement du PLU que le service instructeur serait tenu de délivrer un permis de construire en l'assortissant de prescriptions spéciales lorsque cette possibilité existe, le projet méconnait les dispositions précitées de l'article 1AU 11 du règlement du PLU en ce qui concerne la toiture. Le moyen tiré de ce que le projet ne méconnait pas les dispositions de l'article 1AU11 du règlement écrit du PLU relatif aux toitures doit donc être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1AU12 du règlement écrit du PLU communal : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions doit être assuré en dehors des voies publiques. / Il doit être réalisé : / 2 places de stationnement par logement. () Pour les lotissements ou constructions groupées, il sera réalisé en plus une place pour visiteurs par tranche de deux logements () ".
13. Pour refuser au visa de ces dispositions, le permis sollicité par M. A, le maire de Neuville-sur-Ailette a considéré que le projet ne prévoit pas 6 places de stationnement pour les visiteurs supplémentaires aux 24 places déjà prévues. Si M. A soutient que cette circonstance correspond à un élément, précis et limité du projet, qui, ne justifiant à lui seul un refus d'autorisation d'urbanisme, aurait dû faire l'objet d'une prescription spéciale, il ne résulte toutefois pas des dispositions précitées de l'article 1AU12 du PLU que le service instructeur serait tenu de délivrer un permis de construire en l'assortissant de prescriptions spéciales lorsque cette possibilité existe. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le maire de la commune de Neuville-sur-Ailette ne pouvait se fonder sur le motif de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 1AU12 du PLU pour refuser de lui délivrer le permis de construire sollicité.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 123-6 du code de l'urbanisme, applicable en l'espèce : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs à caractère naturel de la commune destinés à être ouverts à l'urbanisation. / Lorsque les voies publiques et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement définissent les conditions d'aménagement et d'équipement de la zone. Les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et le règlement. / Lorsque les voies publiques et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU n'ont pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, son ouverture à l'urbanisation peut être subordonnée à une modification ou à une révision du plan local d'urbanisme ". Il résulte de l'article R. 123-6 du code de l'urbanisme que les secteurs à caractère naturel de la commune peuvent être ouverts à l'urbanisation selon des modalités différentes en fonction du caractère suffisant ou insuffisant des voies publiques et des réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate de la zone à urbaniser - dite zone AU - pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone. Le plan local d'urbanisme (PLU) peut soit subordonner l'ouverture à l'urbanisation de la zone (dite " 2AU ") à une modification ou à une révision de ce plan, soit fixer immédiatement les règles de constructibilité applicables dans la zone en subordonnant la possibilité d'autoriser des constructions à la réalisation des voies et réseaux nécessaires à la périphérie immédiate de la zone.
15. Le préambule de la zone 2AU dispose que : " cette zone naturelle, non équipée ou insuffisamment équipée, est destinée à être ouverte à l'urbanisation à long terme. / Son ouverture à l'urbanisation est subordonnée à une modification ou à une révision du plan local d'urbanisme. ". Et aux termes de l'article 2AU1 du règlement du PLU : " () 2 - sont interdites toutes les formes d'occupation ou d'utilisation du sol non mentionnées à l'article 2. ". Enfin, aux termes de l'article 2AU2 du règlement du PLU : " () 2. Les occupations et utilisations du sol suivantes ne sont admises que si elles respectent les conditions définies ci-après / l'aménagement, l'extension des bâtiments existants ainsi que de leurs annexes. / les constructions ou installations à usage d'équipement d'intérêt collectif. / les installations et travaux d'intérêt définis à l'article R. 442-2 du code de l'urbanisme () / la reconstruction, partielle ou totale, à l'identique après sinistre d'un bâtiment () / les constructions ou installations liées ou nécessaires aux ouvrages techniques d'infrastructure () ".
16. Il ressort des pièces du dossier qu'un des trois bâtiments projetés devra s'implanter en partie sur des parcelles relevant de la zone 2AU. Or, si les dispositions précitées du plan local d'urbanisme relatives à la zone 2AU fixent des règles de constructibilité applicables dans la zone, elles n'autorisent pas de constructions nouvelles telles que celles envisagées par le pétitionnaire. Par suite, et alors qu'il ne résulte pas des dispositions précitées que le service instructeur serait tenu de délivrer un permis de construire en l'assortissant de prescriptions spéciales lorsque cette possibilité existe, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le maire lui a opposé l'inconstructibilité de la zone 2AU pour refuser de lui délivrer le permis de construire sollicité.
17. Il résulte de ce qui précède que le maire de la commune de Neuville-sur-Ailette était fondé à refuser le permis de construire sollicité pour les motifs tiré de la méconnaissance des articles 1AU 3, 1AU 11 relatif aux toitures et 1AU 12 du règlement du PLU et tiré de l'inconstructibilité de la zone 2AU. Il résulte de l'instruction que le maire de Neuville-sur-Ailette aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ces seuls motifs de nature à fonder légalement l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués par M. A, ni sur les demandes de substitutions de motifs de la commune, les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Neuville-sur-Ailette, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
19. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Neuville-sur-Ailette et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la commune de Neuville-sur-Ailette une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. A et à la commune de Neuville-sur-Ailette.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Parisi, conseillère,
- M. B, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
J. PARISI
Le président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026