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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302843

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302843

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL MANGOT-PAINEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2023, Mme C B A, représentée par Me Mangot, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2023 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de sa situation familiale et de son intégration au sein de la société ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que ses enfants sont scolarisés en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fumagalli, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 20 décembre 1979, est entrée sur le territoire français le 4 juillet 2010 selon ses déclarations. L'intéressée a présenté une demande d'asile, laquelle a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 août 2011. Par un arrêté du 20 juillet 2012, Mme B A a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français. A compter du 10 août 2016, l'intéressée a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, dont elle a demandé le renouvellement le 16 septembre 2019. Par un arrêté du 7 septembre 2020, le préfet de la Somme a rejeté la demande Mme B A et l'a obligée à quitter le territoire français. L'intéressée a sollicité la régularisation de sa situation le 11 mai 2022. Par un arrêté du 2 août 2023, dont Mme B A demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme. Il ressort des pièces produites en défense que celui-ci dispose d'une délégation de signature en application de l'arrêté du préfet de la Somme du 31 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département ". L'arrêté dispose que cette " délégation comprend la signature de toutes les décisions () en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ". Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de ces dispositions, par un étranger dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

5. La requérante se prévaut de la présence de ses trois enfants en France et de la circonstance qu'elle a travaillé en tant que salariée du 15 septembre 2018 au 22 octobre 2020 et que son contrat de travail n'a été rompu qu'à la suite du refus de renouvellement de son titre de séjour en 2020. Elle soutient notamment, qu'elle est titulaire d'un certificat de qualification professionnelle de l'industrie hôtelière délivrée le 27 septembre 2018. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas, par eux-mêmes, à établir l'existence de motifs exceptionnels prévus aux dispositions citées au point 4. Mme B A, qui se borne à soutenir qu'elle devrait bénéficier d'une régularisation au motif que trois de ses enfants résident sur le territoire français, n'établit pas l'ancienneté et la stabilité de son insertion sociale et professionnelle en France. Les trois pères de ses trois enfants mineurs ne contribuent pas à l'entretien et à l'éducation de ces enfants, et il n'est d'ailleurs ni allégué ni établi qu'ils entretiendraient une quelconque relation avec leurs enfants. Par ailleurs, la requérante a fait l'objet en dernier lieu d'un refus de délivrance de titre de séjour en 2020 assorti d'une obligation de quitter le territoire français, à laquelle elle n'a pas déféré. Au surplus, la commission du titre de séjour a rendu un avis unanimement défavorable à la demande de Mme B A le 12 juin 2023. Par ailleurs, les allégations de la requérante sur le caractère non frauduleux de la reconnaissance de paternité de son deuxième enfant, qui est de nationalité française, sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que le préfet de la Somme n'a pas retenu ce motif pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par l'intéressée. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la requérante n'établit pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels qui justifieraient son admission au séjour en France. Par suite, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Mme B A soutient que l'arrêté attaqué priverait ses enfants de la présence de leur mère. Toutefois, la requérante ne se prévaut d'aucune circonstance qui empêcherait ses enfants de poursuivre leur scolarité en République démocratique du Congo, pays dont elle est ressortissante. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en son pays d'origine, où Mme B A a vécu jusqu'à l'âge de trente ans et où réside son fils majeur, ainsi qu'il résulte des motifs mêmes de l'arrêté attaqué sans que ce point soit contesté par la requérante. Par ailleurs, l'intéressée n'établit pas que les pères de ses enfants participent à leur entretien et à leur éducation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A, au préfet de la Somme et à Me Mangot.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La présidente,

signé

C. Galle

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli Le greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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