vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302922 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE PRESIDENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 30 août, 8 et 11 septembre, 12 octobre et 6 novembre 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 11 août 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Somme a confirmé sa décision du 30 mars 2023 par laquelle il a décidé de réduire ses droits au revenu de solidarité active à hauteur de 50 % pendant trois mois à compter du 1er mai 2023 et à hauteur de 100 % les quatre mois suivants.
Il soutient que le département n'a pas tenu compte d'un document ou d'une explication qu'il lui a donné, qu'il a du mal à vivre et à chercher du travail sans ressources.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2024, le président du conseil départemental de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, ont été entendus le rapport de M. Wavelet et les observations de Mme C représentant le département de la Somme, qui s'en rapporte à ses écritures, puis la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) depuis octobre 2012, a été orienté vers Pôle Emploi en application de l'article L. 262-29 du code de l'action sociale et des familles et a signé, le 15 décembre 2022, un projet personnalisé d'accès à l'emploi (PPAE). Par une décision du 30 mars 2023, le département de la Somme a décidé de réduire ses droits au revenu de solidarité active à hauteur de 50 % pendant trois mois à compter du 1er mai 2023 et à hauteur de 100 % les quatre mois suivants, en raison du non-respect de ses engagements. Par une décision du 11 août 2023 dont M. A demande l'annulation, le président du conseil départemental de la Somme, rejetant le recours administratif préalable exercé par l'intéressé, a confirmé sa décision du 30 mars 2023.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette prestation d'aide sociale qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
3. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-28 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle ". Aux termes de l'article L. 262-29 du même code : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : / 1° De façon prioritaire, lorsqu'il est disponible pour occuper un emploi au sens des articles L. 5411-6 et L. 5411-7 du code du travail ou pour créer sa propre activité, soit vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du même code, soit, si le département décide d'y recourir, vers l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-4 du code du travail ou encore vers un des réseaux d'appui à la création et au développement des entreprises dont la liste est fixée par arrêté du ministre chargé de l'emploi, en vue d'un accompagnement professionnel et, le cas échéant, social ; / () ".
4. D'autre part, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 262-35 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers un organisme participant au service public de l'emploi autre que l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai d'un mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion professionnelle ". Aux termes de l'article L. 262-37 du même code : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : / () / 2° Lorsque, sans motif légitime, les dispositions du projet personnalisé d'accès à l'emploi ou les stipulations de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas respectées par le bénéficiaire ; / () / Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois. / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-68 de ce code : " La suspension du revenu de solidarité active mentionnée à l'article L. 262-37 peut être prononcée, en tout ou partie, dans les conditions suivantes : / 1° Lorsque le bénéficiaire n'a jamais fait l'objet d'une décision de suspension, en tout ou partie, le président du conseil départemental peut décider de réduire l'allocation d'un montant qui ne peut dépasser 80 % du montant dû au bénéficiaire au titre du dernier mois du trimestre de référence pour une durée qui peut aller de un à trois mois ; / () / Lorsque la décision a été fondée sur un motif erroné, il est procédé à une régularisation des sommes non versées ".
5. Il résulte de ces dispositions que le président du conseil départemental est chargé d'orienter le bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le cadre des démarches qui lui incombent en vertu de l'article L. 262-28 du code de l'action sociale et des familles. Afin de déterminer les engagements réciproques du département et du bénéficiaire en matière d'insertion, il conclut un contrat avec cette personne, sauf si elle est titulaire d'un revenu de remplacement au titre de l'indemnisation des travailleurs involontairement privés d'emploi ou est orientée vers Pôle emploi. Le président du conseil départemental est en droit de suspendre le versement du revenu de solidarité active lorsque le bénéficiaire, sans motif légitime, soit fait obstacle à l'établissement ou au renouvellement de ce contrat par son refus de s'engager à entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion, soit ne respecte pas le contrat conclu. En revanche, il ne peut légalement justifier une décision de suspension par la circonstance que le bénéficiaire n'aurait pas accompli des démarches d'insertion qui ne correspondraient pas aux engagements souscrits dans un contrat en cours d'exécution.
6. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté, d'une part, que M. A ne s'est pas présenté au rendez-vous " d'accompagnement global " fixé le 23 janvier 2023 par sa référente insertion dans le cadre de sa recherche d'emploi et de son parcours d'insertion, d'autre part, que le président du conseil départemental de la Somme lui a adressé un courrier du 22 février 2023 l'invitant à présenter ses observations sur le non-respect de ses engagements devant l'équipe pluridisciplinaire, chargée d'examiner sa situation le 24 mars 2023 en vue d'une éventuelle sanction de réduction de droits au RSA, et qu'il ne s'est pas davantage présenté à ce rendez-vous ni n'a justifié son absence. Pour contester la décision attaquée du 11 août 2023 du président du conseil départemental de la Somme confirmant sa décision du 30 mars 2023 de réduire les droits au revenu de solidarité active de l'intéressé, en raison du non-respect de ses engagements, à hauteur de 50 % pendant trois mois à compter du 1er mai 2023 et à hauteur de 100 % les quatre mois suivants, M. A se borne à soutenir que le département n'a pas tenu compte d'un document ou d'une explication qu'il lui a donné et qu'il a du mal à vivre et à chercher du travail sans ressources. Ce faisant, il ne fournit aucune précision suffisante ou pièce justificative au soutien de ses allégations de nature à remettre en cause les motifs de la décision attaquée. Les moyens tels que présentés par M. A ne peuvent dès lors qu'être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 août 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Somme a rejeté son recours administratif préalable à l'encontre de la décision du 30 mars 2023.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F. Wavelet La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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