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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303065

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303065

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2023, M. B C, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités espagnoles comme étant responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile ou de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnait les dispositions des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a bénéficié des documents d'information prévus par ces dispositions au cours d'un entretien individuel, dans une langue qu'il comprend ;

- le préfet ne démontre pas que les autorités espagnoles ont été destinataires d'une demande de prise en charge ni qu'elles auraient accepté une telle demande ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que sa famille se trouve en France, que son transfert en Espagne aurait de graves conséquences sur sa santé mentale et qu'il ne disposerait ni d'attache ni de ressource sur le territoire espagnol ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013, dès lors qu'il est pris en charge sur le territoire français par l'association Coallia, qu'il ne parle pas espagnol ce qui constituerait un frein à sa vie quotidienne et à son intégration en cas de transfert vers l'Espagne et que son père ainsi que sa fratrie résident sur le territoire français.

Le préfet du Nord a produit des pièces, enregistrées le 14 septembre 2023.

Mme A a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 11 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Demurger, présidente ;

- et les observations de Me Niquet, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B C, ressortissant congolais né le 12 mai 1992, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations et dispositions sur lesquelles il se fonde, notamment celles du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et précise les éléments de faits relatifs à la situation de M. C, notamment la circonstance selon laquelle l'intéressé a présenté une demande d'asile en France le 7 juin 2023, qu'il est apparu à cette occasion que ses empreintes digitales avaient été enregistrées en Espagne le 20 janvier 2022 et que les autorités espagnoles, saisies par la France le 12 juin 2023, ont explicitement accepté de le prendre en charge le 27 juin 2023. Il est également fait état de ce que M. C se déclare en concubinage et père de trois enfants qui ne l'accompagnent pas. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits (). 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie. D'autre part, aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. (). / () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'Etat membre soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend (). Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. (). / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'un entretien individuel a été réalisé en préfecture le 7 juin 2023, durant lequel M. C a pu présenter ses observation et à l'issue duquel il s'est vu délivrer, deux brochures d'informations en langue française, comprise par l'intéressé, dont l'une dite " A " intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", l'autre dite " B " intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Ces deux brochures remises à l'intéressé, portant sa signature, comportent l'ensemble des informations rendues obligatoires par les dispositions précitées. Ainsi, M. C a reçu les informations requises lui permettant de faire valoir ses observations avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2023 doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a saisi les autorités espagnoles le 12 juin 2023 d'une demande de prise en charge du requérant, demande qui a été explicitement acceptée le 27 juin 2023. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de cette demande et de cette acceptation manque en fait.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Si M. C se prévaut de la présence régulière de son père et de sa fratrie sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré récemment et irrégulièrement sur le territoire et que, s'il se déclare en concubinage et père de trois enfants, sans toutefois le démontrer, ces derniers ne l'accompagnent pas. Par ailleurs, la circonstance alléguée des graves conséquences sur la santé mentale en cas de transfert en Espagne n'est pas établie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, si M. C soutient qu'il est pris en charge par l'association Coallia et que son père ainsi que sa fratrie résident sur le territoire français, ces circonstances ne suffisent pas à établir que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation. Par ailleurs, la circonstance selon laquelle il ne parle pas espagnol ne constitue pas, par elle-même, une situation de vulnérabilité imposant d'instruire sa demande d'asile en France. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen ou, pour les mêmes raisons, d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La présidente,

Signé

F. DemurgerLa greffière,

Signé

V. Martinval

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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