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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303114

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303114

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantDRAME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 septembre et 20 octobre 2023,

M. B A, représenté par Me Dramé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a commis un vice de procédure en ne saisissant pas la commission du titre de séjour préalablement à sa décision dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de conjoint de Français ;

- la décision de refus de séjour est disproportionnée par rapport à la menace à l'ordre public que constitue le requérant, dès lors qu'il vit en France avec son épouse depuis près de trois ans et que le requérant réfute avoir été mis en cause dans une affaire d'agression sexuelle ; il a eu un parcours pénitentiaire sans problème au cours duquel il a suivi des formations ; il bénéficie d'une promesse d'embauche à la sortie de détention ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle lui interdisant le retour sur le territoire français méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, conformément à l'article

R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boutou, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Dramé pour M. A, qui maintient ses conclusions et moyens qu'il précise et soutient en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors que la demande de titre de séjour de

M. A est toujours en cours.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de répondre à une demande de titre de séjour du requérant. Par suite, d'une part, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Aisne a commis un vice de procédure en négligeant de consulter la commission départementale du titre de séjour est inopérant et doit être écarté. D'autre part, le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur d'appréciation de la menace que représente le requérant pour l'ordre public au regard des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concerne également les conditions de délivrance d'un titre de séjour, est également inopérant et doit être écarté.

2. En deuxième lieu, si le requérant soutient à l'audience que le préfet ne pouvait ordonner son éloignement dès lors qu'une demande de titre de séjour était en cours d'instruction à la date de la décision attaquée, il ressort seulement des pièces du dossier et notamment du courrier que lui a adressé le préfet de la Marne le 3 juillet 2023 que sa demande de titre de séjour a fait l'objet d'un refus au guichet de la part de cette autorité. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la suite de ce refus, M. A aurait déposé une nouvelle demande de titre. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

3. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. A soutient avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors qu'il est marié avec une ressortissante française, qu'il est entré en France en 2021 et qu'il démontre avoir eu un comportement pénitentiaire exemplaire. L'intéressé, qui se borne à produire une copie de son livret de famille ne justifie nullement avoir mené une vie commune avec son épouse et n'établit pas comme il l'allègue que certains membres de sa famille vivent sur le territoire français. S'il ressort des pièces du dossier qu'il a suivi des formations au cours de son incarcération et qu'il dispose d'une promesse d'embauche, la gravité de la menace pour l'ordre public qu'il représente, même en excluant de la liste des infractions citées par le préfet celle d'agression sexuelle pour laquelle il indique n'avoir reçu aucune condamnation, ne permet pas de démontrer, compte tenu également de son entrée récente en France et de ce qui est dit avant sur l'absence de preuve de la réalité d'une vie familiale avec son épouse, que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de la décision attaquée. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant les décisions d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour sur le territoire français et le moyen doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A.Ribière

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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