jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303148 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FERRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 et 20 septembre 2023, M. D A, représenté par Me Ferrand, demande au tribunal :
1°) d'interroger, à titre préjudiciel, le juge judiciaire afin de déterminer s'il est français';
2°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du juge judiciaire ;
3°) d'ordonner le sursis à exécution de l'arrêté du 17 septembre 2023 par lequel le préfet de la Somme, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours';
4°) subsidiairement, d'annuler cet arrêté et très subsidiairement d'annuler ses modalités d'exécution ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 440 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il existe un doute sérieux sur sa nationalité française justifiant une question préjudicielle';
- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence';
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les perspectives raisonnables d'éloignement ne sont pas établies';
- il est disproportionné dès lors qu'il est contraint de se rendre au commissariat trois fois par semaine muni de ses effets personnels et de demeurer à son domicile chaque jour de 14 à 17 heures.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile';
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Menet, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 21 septembre 2023
à 15 heures 30 :
- le rapport de M. Menet, magistrat désigné,
- et les observations de Me Ferrand, pour M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant vénézuélien, né le 1er avril 1985, demande l'annulation d'un arrêté du 17 septembre 2023, par lequel le préfet de la Somme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'exception de nationalité :
2. D'une part, aux termes de l'article 29 du code civil : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l'ordre administratif ou judiciaire à l'exception des juridictions répressives comportant un jury criminel ". Aux termes de l'article 30 du code civil : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ". L'exception de nationalité française ne constitue, en vertu de l'article 29 du code civil, une question préjudicielle que si elle présente une difficulté sérieuse.
3. D'autre part, aux termes de l'article 22-1 du code civil : " L'enfant mineur dont l'un des deux parents acquiert la nationalité française, devient français de plein droit s'il a la même résidence habituelle que ce parent ou s'il réside alternativement avec ce parent dans le cas de séparation ou divorce. / Les dispositions du présent article ne sont applicables à l'enfant d'une personne qui acquiert la nationalité française par décision de l'autorité publique ou par déclaration de nationalité que si son nom est mentionné dans le décret ou dans la déclaration ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'un enfant ne peut devenir français de plein droit par l'effet du décret qui confère la nationalité française à l'un de ses parents que s'il est mineur, et qu'à condition, d'une part, que ce parent ait porté son existence, sauf impossibilité ou force majeure, à la connaissance de l'administration chargée d'instruire la demande préalablement à la signature du décret et, d'autre part, qu'il ait, à la date du décret, résidé avec ce parent de manière stable et durable sous réserve, le cas échéant, d'une résidence en alternance avec l'autre parent en cas de séparation ou de divorce.
5. Il ressort des pièces du dossier que les parents de M. A avaient divorcé suivant un arrêt de la cour d'appel de Douai du 26 avril 1990 et que le père de M. A a été naturalisé français par un décret du 15 juillet 1996.
6. Ce décret ne comporte pas le nom de M. A. L'intéressé qui ne justifie pas d'un certificat de nationalité considère qu'il a nécessairement dû bénéficier de l'effet collectif de la naturalisation dès lors qu'il a bénéficié de la francisation de son nom à l'instar de celui de son père selon une rectification de son état civil en date du 6 février 2020. Toutefois, cette considération n'établit aucunement que le père de M. A aurait porté son existence à la connaissance de l'autorité chargée d'instruire la demande préalablement à la signature du décret ni qu'il vivait en alternance avec chacun de ses parents à la date du décret de naturalisation, ses parents étant divorcés à cette date. Par suite, la question de la nationalité de M. A ne présente pas de difficulté sérieuse nécessitant de saisir le juge judiciaire d'une question préjudicielle. Les demandes de question préjudicielle et de sursis à statuer ne peuvent qu'ainsi être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme C B, sous-préfète d'Abbeville qui a reçu délégation de signature pour signer de tels actes par un arrêté du préfet de la Somme du 31 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "'L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable'".
9. Il ne ressort nullement des pièces du dossier qu'il n'existerait aucune perspective raisonnable d'éloignement de M. A qui se borne à indiquer le contraire. Ce moyen doit ainsi être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "'L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage'". Aux termes de l'article L. 733-2 du même code : "'L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures'".
11. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de vérifier que l'administration pouvait légalement, eu égard aux conditions prévues à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, prendre une mesure d'assignation à résidence à l'encontre d'un étranger et de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans le choix des modalités de cette mesure. Si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Par ailleurs, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision contestée, qui oblige
M. A qui demeure à Abbeville (Somme) à se présenter les lundis, mardis et jeudis à 9 heures au commissariat de cette ville et à demeurer à son domicile tous les jours de 14 heures
à 17 heures serait disproportionnée au regard des buts poursuivis.
13. Toutefois, l'obligation faite à l'intéressé de se présenter " avec ses effets personnels ", excède dans cette dernière mesure ce qui est nécessaire et adapté à la nature et à l'objet de ces présentations hebdomadaires, dont l'objectif est uniquement de s'assurer que l'intéressé n'a pas quitté le périmètre dans lequel il est assigné. Le requérant est par suite fondé à soutenir que le préfet de la Somme, en lui imposant, par l'arrêté contesté, de se munir de ses effets personnels lors de ses présentations hebdomadaires au commissariat d'Abbeville (Somme), a pris une mesure qui n'est ni nécessaire ni adaptée à l'objectif poursuivi. Il y a lieu en conséquence d'annuler la décision contestée dans cette seule mesure.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 er : L'arrêté du préfet de la Somme du 17 septembre 2023 assignant M. A à résidence est annulé en tant qu'il lui fait obligation de ses munir de ses effets personnels pour se présenter au commissariat d'Abbeville (Somme).
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
M. Menet
La greffière,
Signé
A. Ribière La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2303148
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026